Etienne Davignon, homme d’État belge, est décédé à 93 ans.
Etienne Davignon est décédé à l’âge de 93 ans, annonce ce lundi matin La Libre, une information confirmée à la RTBF. En juin 2025, le parquet fédéral a décidé de rouvrir le premier chapitre de sa vie en réclamant son renvoi devant le tribunal correctionnel dans le cadre de l’assassinat de l’ancien Premier ministre congolais, Patrice Lumumba, en 1961.
L’homme d’État et ancien commissaire européen Etienne Davignon est décédé ce lundi matin à l’âge de 93 ans, annonce La Libre, information confirmée par la RTBF.
Né en 1932, le vicomte Etienne Davignon commence sa carrière professionnelle dans le domaine diplomatique. En tant que jeune stagiaire diplomate au Congo au début des années 60, il devient ensuite chef de cabinet de Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères. « La relation était paternelle et filiale. Apprendre, dans ce contexte chaleureux, son métier de quelqu’un dont on n’a pas de raison de contester l’autorité, ça vous fait gagner 10 ans », a déclaré Etienne Davignon au sujet de cette période lors d’une interview en 2019. Ses fonctions lui permettent de côtoyer des personnalités influentes et de traiter des dossiers tels que la prise d’otage de Stanleyville en 1964.
Etienne Davignon devient également chef de cabinet du Premier ministre Pierre Harmel à partir de 1965 avant d’être nommé, l’année suivante, directeur général de la politique étrangère belge. En 1973, il prend la présidence de l’Agence internationale de l’énergie, dont la Belgique est membre.
À partir de 1977, sa deuxième vie de vicomte s’écrit au sein des institutions, notamment en tant que commissaire européen aux affaires industrielles, puis vice-président de la Commission européenne. Il gère des dossiers cruciaux tels que la restructuration de la sidérurgie européenne, considérée comme la période la plus difficile de sa vie. « C’est un très lourd poids individuel parce que d’un côté, vous êtes persuadé qu’il faut agir, mais que vous savez, compte tenu du fait qu’on s’y est pris trop tard, qu’il faut un remède de cheval, et qu’il y aura beaucoup d’emplois perdus avec tout ce que ça implique », a-t-il confié en 2019 lors de la présentation de ses mémoires.
Le dernier grand chapitre de la vie d’Etienne Davignon s’écrit dans le monde des affaires. En 1985, il rejoint la Société générale de Belgique et en devient le président de 1988 à 2001. Cet établissement, fondé avant l’indépendance de la Belgique, a joué un rôle majeur dans l’économie belge, tant dans les secteurs bancaire qu’industriel.
Peu après son arrivée à la Société générale, celle-ci est la cible d’une offre publique d’achat lancée par l’italien Carlo De Benedetti, un entrepreneur connu pour redresser des entreprises. En Belgique, une mobilisation s’ensuit pour sauvegarder la Société générale. À l’époque, Etienne Davignon est un homme d’affaires influent siègeant à de nombreux conseils d’administration, son réseau lui permettant de contrer la manœuvre de De Benedetti.
Pour sauver la Société générale, un accord est mis en place entre Suez (France) et le groupe GBL (Belgique) d’Albert Frère, permettant à ce dernier de renforcer sa position dans Suez tout en offrant à Suez la possibilité de prendre progressivement le contrôle des activités énergétiques de la Société générale, dont Tractebel et Electrabel (devenue Engie). Accusé par certains d’avoir vendu une part de l’économie belge à l’étranger, Etienne Davignon s’est défendu : « Est-ce que ça a fait perdre des emplois en Belgique ? Est-ce qu’on a payé moins d’impôts ? Est-ce que ça a affecté la situation économique normale de la Belgique ? Sur ces questions-là, la réponse est non. »
En 2001-2002, il se retrouve de nouveau en première ligne après la faillite de la Sabena, la compagnie aérienne belge, mettant en place un projet avec Maurice Lippens pour relancer l’ancienne entreprise sous le nom de « SN Brussels Airlines », aujourd’hui « Brussels Airlines ».
Une autre tentative d’Etienne Davignon sur la scène des affaires se solde par un échec. En 2008, son nom est proposé pour la présidence de la banque Fortis, à un moment où cette dernière est en difficultés financières. Lors de l’assemblée générale, des actionnaires le tiennent responsable de la vente de plusieurs entreprises belges, et il ne parvient pas à obtenir la présidence.
Depuis 2004, Etienne Davignon est Ministre d’État et a été élevé au rang de comte en 2017.
En 2019, il publie ses mémoires intitulées « Souvenirs de trois vies ». Toutefois, en juin 2025, le parquet fédéral décide de rouvrir un chapitre de sa vie en demandant son renvoi devant le tribunal correctionnel concernant l’assassinat de l’ancien Premier ministre congolais, Patrice Lumumba, en 1961. En 2011, une enquête pénale avait été ouverte suite à une plainte déposée par la famille Lumumba pour « crimes de guerre » liés à cet assassinat. Etienne Davignon, dernier survivant parmi les personnalités belges visées par cette plainte, était en poste en tant que jeune diplomate au moment des faits.

