Tribune contre Bolloré : trauma du cinéma français après Canal+
Le président du CNC, Gaétan Bruel, a déclaré lundi que la réaction de Maxime Saada, patron de Canal+, à une tribune signée par plus de 600 professionnels du cinéma était « une réaction à chaud » mal maîtrisée. Chaque année, Canal+ injecte 170 millions d’euros dans la production de longs-métrages et coproduit la moitié des films qui sortent au cinéma.
Le président du CNC a appelé au calme lundi suite aux déclarations remarquables du directeur de Canal+, Maxime Saada, qui a exprimé son intention de boycotter 600 professionnels du cinéma ayant signé une tribune anti-Bolloré. Agacé, Maxime Saada a déclaré dimanche lors du festival de Cannes :
« Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste. »
Cette réaction faisait suite à une tribune publiée mardi dans le journal *Libération*, signée par plus de 600 professionnels du cinéma, parmi lesquels figurent les acteurs Swann Arlaud, Juliette Binoche et Jean-Pascal Zadi.
### « Une réaction qui aggrave les clivages »
La tribune critique « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le secteur du cinéma par l’intermédiaire de Vincent Bolloré, actionnaire majoritaire de Canal+, déjà contesté dans le domaine de l’édition par environ 200 auteurs édités chez Grasset.
Lundi matin, le président du Centre national du cinéma (CNC), Gaëtan Bruel, a qualifié cette réaction de « réaction à chaud » mal maîtrisée. Il a ajouté : « On peut regretter sa réaction qui aggrave les clivages. »
Canal+ représente l’un des principaux soutiens financiers du cinéma français, investissant chaque année 170 millions d’euros dans la production de longs-métrages et coproduisant la moitié des films projetés en salle.
### La liberté d’expression en question
Gaëtan Bruel a souligné que la réponse de Maxime Saada interrogeait la liberté d’expression : « Parce que le droit à la critique, ça fait partie de ce principe fondamental. » Tout en indiquant que Canal+ avait toujours soutenu « tous les cinéastes », le patron du CNC a exprimé son souhait de voir toutes les parties retrouver le calme pour travailler ensemble.
Sur le plan politique, plusieurs personnalités de gauche ont exprimé leur indignation face à la déclaration de Maxime Saada. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a dénoncé : « L’extrême droite n’a jamais aimé la liberté, ni la création, ni le service public. » Il a ajouté : « Bienvenue dans un monde où seul l’argent dicte la pensée. »
La députée LFI Clémence Guetté a plaidé pour le démantèlement de « l’empire médiatique Bolloré », comme le prévoit son parti dans son programme présidentiel. Elle a déclaré : « Après la télévision, la radio, la presse écrite et l’édition, Bolloré s’attaque à la liberté du cinéma. »
### La « dimension politique » du groupe Bolloré
D’autres personnalités, comme le député Renaissance Sylvain Maillard, ont défendu la position de Maxime Saada. Il a déclaré sur France 2 : « Je n’ai jamais entendu Canal+ être accusé de ne pas assumer une diversité dans les films qu’il coproduit. » Il a encouragé les signataires de la tribune à se concentrer sur leur art et non à faire de la politique.
Jusqu’à la réponse de Maxime Saada, la tribune n’avait pas suscité beaucoup d’écho à Cannes. Arthur Harari, cinéaste et signataire de la tribune dont le film *L’Inconnue* est en compétition cette année, a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une critique des équipes de Canal, mais d’un « questionnement sur la dimension politique du groupe Bolloré. »
Un autre réalisateur signataire de la tribune est attendu en compétition mercredi. Emmanuel Marre y présentera son film *Notre Salut* avec Swann Arlaud, également signataire, qui raconte l’histoire d’un petit fonctionnaire cherchant sa place dans les rouages du régime de Vichy.

