Belgique

Grande-Bretagne : les ‘link up’ provoquent une véritable panique

Les rassemblements chaotiques appelés « link up » ont fait leur apparition fin mars 2026 à Birmingham et dans d’autres grandes villes comme Londres, Milton Keynes ou encore Brighton, où plusieurs centaines de jeunes se mobilisent. En 2025, Londres a enregistré 97 homicides, soit le chiffre le plus bas depuis 2014, tandis que la criminalité générale est d’environ 104 crimes pour 1000 habitants, indiquant un niveau modéré de sécurité par rapport à des villes comme New York ou Berlin.


Ils sont apparus à la fin du mois de mars 2026 à Birmingham, ainsi que dans d’autres grandes villes comme Londres, Milton Keynes ou Brighton. À l’origine, ce sont des jeunes qui se mobilisent. Ils sont des centaines à participer. Néanmoins, leurs rencontres basculent rapidement de la fête à la violence.

Nombreux sont ceux qui estiment que ces « link up » perturbent la vie locale et créent de l’insécurité, comme l’explique Emeline Vin, correspondante de la RTBF sur place. « Rassemblement chaotique, c’est très bien résumé. Ce sont des dizaines d’ados qui se donnent rendez-vous dans un endroit, une rue, un quartier, qui se mettent à courir tous dans la même direction. Ça bloque le trafic, ça donne l’impression d’un énorme mouvement de foule. Tout le monde panique. Plus le bruit, plus les débordements. C’est vraiment impressionnant, au point que les autorités ont dû envoyer des renforts, et parfois disperser ces ados à coups de gaz lacrymogènes. Plusieurs policiers ont été blessés, plusieurs magasins, plusieurs restaurants ont rapporté des pillages. En anglais, on évoque aussi le terme de « swarming », un terme réservé normalement aux essaims d’insectes comme les sauterelles, si vous voyez l’image ».

Le quotidien conservateur The Daily Telegraph a vu dans le pillage d’un Marks & Spencer l’illustration « d’un pays devenu sans fois ni loi ». « Les images n’étaient pas surprenantes pour quiconque connaît la triste réalité du Royaume-Uni contemporain », a déploré le quotidien britannique. Londres est devenue, aux yeux de la droite, l’épicentre de la délinquance juvénile et des vols à l’étalage. « Les vidéos de ces incidents ont écorné l’image de ville sûre défendue par le maire, Sadiq Khan », confirme le Financial Times.

Cette vague de jeunes est apparue pendant les vacances de Pâques. « C’est parti d’un message posté sur le réseau social Snapchat et sur TikTok », confirme la correspondante de la RTBF. « On ne sait pas très bien qui a lancé l’appel. Il s’agit d’une invitation à une bataille d’eau géante. Gaz hilarant et marijuana bienvenue. Et ça dégénère. Ce n’est pas la première fois qu’on voit ce genre de rassemblement. C’est déjà arrivé pendant le Covid, par exemple ».

Comme le souligne The Londoner, se retrouver dans la vraie vie après un appel sur les réseaux sociaux n’a rien de nouveau, mais « Ce qui change, cette fois, c’est l’organisation via des applications vidéo et le fait de tout filmer, en poussant le bouchon le plus loin possible pour les gens qui regarderaient de l’autre côté de l’écran ».

Il est assez compliqué de prendre contact avec ces jeunes qui déferlent en ville. Selon les journalistes présents sur place, leur objectif, « leur motivation » serait de tuer l’ennui. Comme l’explique Emeline Vin : « On remarque que ça se passe surtout pendant les vacances, au cours des week-ends, dans des quartiers où il n’y a pas grand-chose à faire en fait. Les centres de jeunesse sont tous fermés, petit à petit, après la cure d’austérité des années 2010. Et les transports coûtent cher pour des budgets d’adolescents. Donc se rassembler, chahuter tous ensemble, c’est une manière de s’occuper. Encore une fois, ça va au-delà de l’occupation puisqu’on parle quand même d’actes délictueux ».

Les forces de l’ordre tentent d’anticiper chacune de ces manifestations. « On fait une veille sur les réseaux sociaux, donc on sait à l’avance qu’un rassemblement est prévu. On investit les lieux en amont avec un policier et un agent de sécurité devant chaque porte », précise Patrick Ryder, chef de la police du comté de Nassau, dans l’État de New-York. À Washington, les autorités ont temporairement imposé un couvre-feu pendant trois jours pour limiter ces rassemblements.

Londres est sous le contrôle des travaillistes depuis dix ans et la droite accuse le maire Sadiq Khan d’être trop à gauche, de mal gérer la ville, d’être trop laxiste. « En gros, ils l’accusent de laisser la ville aux mains des délinquants, des voleurs de téléphone et des cyclistes qui rouleraient trop vite », résume la correspondante de la RTBF sur place. « La sécurité, c’est l’un des gros arguments électoraux des conservateurs, de la droite radicale, de ReformUK. Il faut noter que ce sont surtout les journaux de droite qui s’en sont fait l’écho de ces link-up, de ces rassemblements chaotiques ». Plusieurs chercheurs estiment cependant qu’il est risqué de trop médiatiser ce genre de phénomène viral.

Quoi qu’il en soit, les chiffres sont là. Londres connaît une baisse significative des homicides, atteignant 97 cas en 2025, le chiffre le plus bas depuis 2014. La criminalité générale (environ 104 crimes pour 1000 habitants) présente un niveau modéré. Cela fait de la capitale britannique une ville sûre par rapport à New York ou Berlin. Les délits les plus fréquents sont les vols à l’arraché et les pickpockets, particulièrement dans les zones touristiques.

Des chiffres publiés par la Greater London Authority (GLA) et diffusés le 12 janvier dernier.