Belgique

Droits du football belge : Voo, Orange et Proximus font un retour.

Proximus, Voo et Orange ont acquis les droits du football belge à DAZN pour un montant de 420 millions d’euros, soit 84 millions par an pendant cinq ans. DAZN a annoncé au début de la saison 2025-2026 que les matchs de football ne seront consultables que via son application mobile et PC, pour un montant d’environ 20€ par mois.


Les opérateurs télécoms Proximus, Voo et Orange ont récemment annoncé l’achat des droits de diffusion du football belge à DAZN, acquis auprès de la Pro League pour un montant de 420 millions d’euros, soit 84 millions par an pendant cinq ans, à partir de la fin de 2024. Ces accords surprennent par leur timing, surtout après les négociations infructueuses entre ces opérateurs l’automne dernier.

Le montant de 420 millions d’euros durant cinq ans était « moins cher que lors du contrat précédent, mais des observateurs estimaient que le prix restait surévalué« , note Pierre Maes, spécialiste des droits de diffusion du football belge. En d’autres termes, DAZN aurait payé ces droits trop cher, ce qui va influer sur les développements suivants.

En général, DAZN revend les droits acquis aux opérateurs historiques comme Proximus, Orange, Voo et Telenet, par le biais de contrats multimillionnaires permettant à DAZN d’amortir son investissement de 420 millions d’euros, et à ces opérateurs de conserver une clientèle férue de football dans un contexte de concurrence intense.

Cependant, « la situation financière des opérateurs télécoms a évolué en cinq ans. Le sport n’est plus clairement leur priorité, étant donné leurs investissements importants à réaliser dans les infrastructures, comme la 5G« , analyse Pierre Maes. Les longues négociations entre DAZN et ces opérateurs échouent, DAZN étant parfois accusé de « demander trop » pour compenser son achat à un prix jugé trop élevé.

En conséquence, au début de la saison 2025-2026, DAZN annonce que les matchs de football seront accessibles uniquement via son application mobile et PC, pour un tarif d’environ 20 euros par mois. Un modèle qui risque de conduire DAZN à des pertes structurelles, puisque « traditionnellement, les contrats avec les opérateurs couvrent 80% de l’investissement« , indique l’expert.

**Décembre 2025 : DAZN suspend les paiements**

Après quelques mois de compétition, DAZN annonce de manière inattendue la résiliation du contrat le liant à la Pro League. Sa justification : n’ayant pas réussi à revendre les droits, ce qui était essentiel au contrat, celui-ci n’est plus valide.

DAZN souhaite alors minimiser ses pertes, chaque journée de championnat lui coûtant 250.000 euros, comme l’expliquait Pierre Maes à l’époque, après avoir déboursé environ 7% du montant total du contrat. Il espère ainsi ne pas avoir à payer le reste des 420 millions d’euros.

« C’est une catastrophe potentielle pour nos clubs, surtout les plus petits, pour qui le montant des droits télévisés est relativement plus important« , admettait Loryn Parys, directeur de la Pro League, sur le plateau de la Tribune (RTBF). « Si DAZN ne paie pas ce qui est prévu dans les contrats, certains pourraient faire faillite. »

L’affaire se règle devant les tribunaux d’arbitrage privés de la CEPANI, qui rend une décision temporaire en faveur de la Pro League. « Cela signifie que DAZN doit continuer à effectuer les paiements comme convenu contractuellement, assurer la production et diffusion des matchs, respecter les mesures anti-piratage et géoblocage, et négocier avec les opérateurs de télécommunications pour conclure des accords de distribution« , précise la décision, à laquelle DAZN se conforme.

Cependant, cette décision n’est que temporaire. « Ces mesures s’appliquent provisoirement jusqu’à la fin de la saison ou jusqu’à ce que le tribunal en charge du dossier rende une décision sur le fond« , explique le communiqué de la Pro League.

Pour la Pro League, la victoire est partielle car la décision est temporaire. En cas de gain de cause pour DAZN à l’avenir, la Pro League serait contrainte de lui rembourser l’ensemble des frais engendrés durant la saison en cours.

**Mai 2026 : les opérateurs reprennent contact**

Ces derniers jours, un retour à la normale semble se dessiner. DAZN a conclu des accords avec les quatre opérateurs (Proximus, Voo, Orange et Telenet). Comment ce qui était impossible durant plusieurs mois a-t-il pu se résoudre en quelques jours ?

Deux hypothèses, non exclusives, coexistent. D’une part, DAZN aurait pu assouplir ses exigences envers les opérateurs pour tenter de réduire ses pertes accumulées, en attendant la décision finale de la CEPANI. D’autre part, l’acquisition par Canal + des droits du football européen, en cours de détention par RTL et la RTBF, a peut-être perturbé le marché, rendant ainsi ces accords possibles.

Néanmoins, la bonne nouvelle est pour les consommateurs, qui bénéficieront d’un accès facilité au football belge via un opérateur de télévision classique. De plus, la concurrence entre les quatre acteurs pourrait offrir des prix attractifs sur les bouquets.

**La Pro League et les clubs dans l’incertitude**

Pour les clubs et la Pro League, l’histoire n’est pas encore terminée. Tous attendent la décision de fond de la CEPANI, qui pourrait obliger la Pro League à rembourser DAZN. Il est donc envisageable que la Pro League retienne les fonds perçus de DAZN, sans les redistribuer aux clubs, en attendant la décision.

« La seule certitude« , conclut Pierre Maes, « c’est qu’à l’expiration du contrat dans cinq ans, les futurs acquéreurs des droits qui succéderont à DAZN proposeront un montant inférieur aux 84 millions d’euros par an, en raison des difficultés de rentabilisation de l’investissement de DAZN. Cela se traduira par des revenus moindres pour les clubs à terme.«