France

« L’interdiction du CBD alimentaire : les commerçants ne comprennent pas »

La France applique à compter du 15 mai 2023 la réglementation européenne de 1997 « Novel Food » aux produits composés de CBD, nécessitant une autorisation préalable pour les aliments non traditionnellement consommés dans l’Union européenne. Selon l’UPCBD, la part du CBD alimentaire représente près de 40 % dans le marché du CBD estimé à 35.000 emplois.


Adieu les gummies, bonbons, huiles, tisanes et compléments alimentaires à base de CBD (cannabidiol), une molécule naturellement présente dans le cannabis. À partir du 15 mai, la France a appliqué aux produits contenant du CBD la réglementation européenne de 1997 « Novel Food », qui exige une autorisation préalable pour les aliments non traditionnellement consommés dans l’Union européenne.

Cette « interprétation restrictive » du règlement, selon Paul Maclean de l’Union des Professionnels du Cannabis Bien-être et Détente (UPCBD), laisse les commerçants d’un marché évalué à un peu plus de 900 millions d’euros en France en 2025 dans l’incertitude. L’UPCBD estime que la part du CBD alimentaire représente près de 40 % du marché du CBD, qui génère environ 35 000 emplois.

### Les fleurs vendues avec la mention « ne pas fumer » toujours autorisées

« Je ne comprends vraiment pas très bien leur logique », déclare Quentin à *20 Minutes*, employé d’un shop à Marseille et sur le point d’ouvrir son propre commerce, « Nova CBD ». Il souligne que les fleurs de CBD restent disponibles à la vente, même si les emballages portent la mention « ne pas fumer » et qu’elles sont « officiellement » vendues comme infusion.

Pour ce trentenaire, les ventes de CBD alimentaires représentaient entre 10 et 15 % de son chiffre d’affaires, mais cela n’affecte pas son projet d’ouverture. « C’est dommage, car j’avais pas mal de “petits vieux” qui me prenaient des huiles pour soulager leurs douleurs, leurs rhumatismes, et quelques quadragénaires qui avaient arrêté de fumer et m’achetaient des bonbons au CBD, des gummies, car ils ont encore besoin d’un petit tranquillisant ».

Cette clientèle pourrait également être présente en pharmacie et parapharmacie, mais ces établissements semblent peu préoccupés par cette nouvelle interdiction. Les deux pharmacies voisines du shop de Quentin ne proposent aucun produit à base de CBD. Une pharmacie plus éloignée, de plus grande taille, avait en rayon une seule huile de complément alimentaire au CBD, destinée au sommeil et à la relaxation.

### Buralistes et épiciers peu concernés

Dans les grandes surfaces, on trouve au mieux une tisane au CBD dans le rayon thé, tandis que les épiciers se concentrent davantage sur la vente de fleurs et de joints préroulés, tout comme les buralistes. Bien que tous soient peu impactés, ils s’étonnent néanmoins de cette interdiction soudaine.

Pour Benjamin Odul d’« Active CBD », le véritable problème réside ailleurs. « On interdit les gélules et huiles à base de CBD pendant que des molécules de synthèse, autrement plus dangereuses, circulent, parfois vaporisées sur certaines fleurs de CBD. À ce compte-là, autant aller toucher dans un four de Marseille, c’est plus sûr », affirme-t-il, ajoutant : « Je sais que ça peut sembler comme une théorie du complot, mais je pense que l’industrie pharmaceutique a des intérêts là-dedans et préfère que des Français continuent à consommer un Xanax par jour pendant trente ans. »

### Le risque du marché noir

Il existe également la possibilité d’un « marché noir », en continuant à se fournir en ligne en CBD alimentaire dans des pays comme l’Espagne, qui n’ont pas transposé cette réglementation européenne. Bien qu’il n’y ait pas de données spécifiques à la France, une étude du Brightfield Group réalisée en 2023 aux États-Unis indique que 40 % des ventes de CBD se font sur internet. Plusieurs sites français se sont mis en conformité dès le 15 mai en désactivant la possibilité d’achat de tisanes, gummies et autres huiles.

Mais cette interdiction pourrait ne pas être prolongée. Le site de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’organisme chargé d’autoriser la mise sur le marché des nouveaux aliments, souligne « les lacunes persistantes en matière de données » sur le CBD, notamment le manque d’études évaluant les effets de cette substance sur le foie, les grossesses, ses potentielles interactions médicamenteuses ainsi que son impact sur le neurodéveloppement.