À la veille de la Pride de Bruxelles, Le Refuge dénonce le rejet des jeunes LGBTQIA+
Pour son 30e anniversaire, la Pride de Bruxelles a pour slogan « When times get darker, we shine brighter ». En 2025, Unia et l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes ont recensé 311 faits signalés d’agression dans l’espace public, harcèlement ou insultes sur les réseaux sociaux.
Pour son trentième anniversaire, la Pride de Bruxelles arbore le slogan « When times get darker, we shine brighter » (quand les temps s’assombrissent, nous brillons plus fort). Ce message souligne que les droits de la communauté LGBTQIA+ sont toujours menacés dans le monde et que les violences qu’elle subit persistent.
La Belgique n’est pas épargnée. Unia et l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes ont enregistré 311 incidents d’agressions dans l’espace public, de harcèlement ou d’insultes sur les réseaux sociaux en 2025, soit presque un signalement par jour.
« La société belge a très bien évolué, en termes de droits on est super, mais parfois malheureusement, les mentalités ne suivent pas le droit », déclare Oliviero Aseglio, porte-parole d’Unia. Même si la Belgique se classe quatrième parmi les pays européens en matière de respect des droits des personnes LGBTQIA+, elle a perdu des positions.
Dans le cadre de cette Pride, il est essentiel de souligner que la communauté LGBTQIA+ est souvent perçue comme un « bouc émissaire » des violences. « Les gens considèrent que dans l’espace public, vous ne pouvez pas vous habiller comme vous voulez, vous exprimer comme vous voulez, vous maquiller si vous le voulez, que vous devez vous conformer aux attentes patriarcales. Ça mène parfois à des situations de violences, pour lesquelles on doit parfois aller en justice tellement les faits sont graves », explique Oliviero Aseglio.
Dimitri Verdonck, cofondateur de l’asbl bruxelloise Le Refuge, qui accueille les personnes LGBTQIA+ en situation d’exclusion, témoigne : « On accueille chaque année des jeunes qui sont jetés de chez eux, parce que leurs parents les ont rejetés en raison de leur appartenance à cette communauté, parfois les violentent. » Selon lui, « on parle dans les études anglo-saxonnes de 30% de représentation de la communauté LGBT dans la population de personnes sans-abri. Le rejet que ces jeunes subissent, c’est une fabrique à sans-abri ».
Pour le sociologue David Paternotte, les personnes homosexuelles et transsexuelles demeurent des boucs émissaires dans la société : « Comme c’est une communauté plus petite, où pendant longtemps plein de gens ne connaissaient personne qui appartenait à ces groupes-là, c’est plus facile d’avoir des mécanismes de bouc émissaire. Aujourd’hui, je dirais que ce sont surtout les personnes trans qui jouent ce rôle. »
Concernant la normalisation des discours homophobes et masculinistes chez les jeunes hommes, un incident homophobe contre un adolescent en Flandre a conduit le journal De Morgen à rappeler qu’en 2023, 18,3% des jeunes Belges trouvaient les violences envers les homosexuels acceptables. Olivier Aseglio précise que « l’homophobie et la LGBTphobie sont partagées par beaucoup de gens, quelle que soit la classe sociale, l’origine ou la religion ». Les auteurs d’agressions sont souvent des jeunes hommes influencés par « une idéologie, notamment masculiniste », qui se propage sur les réseaux sociaux, selon David Paternotte.
Le porte-parole d’Unia souligne alors que « l’école est un des seuls endroits où on arrive à regrouper tous nos jeunes, à faire en sorte qu’ils n’aient pas trop leur téléphone sur eux, et où on peut en faire des bons citoyens, leur apprendre à comprendre les nuances d’être humain, pourquoi nous vivons ensemble, et comment on va faire pour respecter son voisinage ».
Ce retour de l’intolérance chez les jeunes renvoie à un mouvement plus global, réactionnaire et homophobe. Oliviero Aseglio note : « Certains mouvements politiques appuient ce genre d’idées, disent que la fête est finie, et qu’il faut arrêter de donner des droits à tout le monde ». Pour David Paternotte, « il y a des spécificités sur les discours homophobes et transphobes, mais l’idée d’égalité, de lutte contre les discriminations ne fait plus consensus, y compris parmi les partis politiques démocratiques ».
Face à la polarisation croissante de la société, alimentée par des discours de haine et d’opposition, Oliviero Aseglio propose de répondre par l’idée d’émancipation : « Ce n’est pas une question individuelle, mais une question politique. L’émancipation des uns sert tout le monde ».
David Paternotte insiste également sur le fait que « les attaques contre les personnes LGBT font office de canari dans la mine. C’est-à-dire que c’est un signe avant-coureur d’autres agressions et d’attaques qui risquent d’arriver dans le futur ».
► Écoutez ci-dessus l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première.

