Festival de Cannes 2026 : « C’est très rentable » pour la police contre les vols de montres de luxe
La police a présenté un plan d’action musclé pour protéger les touristes durant le Festival de Cannes face au phénomène des « arracheurs » de montres. Entre 2024 et 2025, le nombre de vols ou tentatives est passé de 27 à 17 sur la zone, représentant une baisse de 37 %.
Le soleil brille, les hôtels de luxe affichent complet et les montres de valeur – parfois valant plusieurs centaines de milliers d’euros – se montrent sans réserve sur la Croisette. Cependant, avec le début du Festival de Cannes sur la Côte d’Azur, cet étalage de richesse suscite également des convoitises. Pour protéger les touristes durant cette quinzaine, la police a présenté, ce mardi, un plan d’action renforcé pour lutter contre le phénomène des « arracheurs » de montres. « C’est très rentable comme activité criminelle », constate le commissaire divisionnaire Eric Antonetti, chef du service interdépartemental de la police judiciaire.
Pour endiguer ce fléau qui ternit l’image de la Riviera, la police a mis en place une contre-attaque. « Nous avons créé un groupe spécifiquement dédié au sein du SIPJ de Nice », explique Eric Antonetti à 20 Minutes. La stratégie semble « porter ses fruits » : entre 2024 et 2025, le nombre de vols ou tentatives a chuté de 27 à 17 dans la zone. Une « baisse sensible » de 37 %, souligne le policier. Il précise qu’en 2023, les enquêteurs de la PJ ont arrêtés 31 suspects.
Des malfaiteurs « internationaux et très mobiles »
Face aux forces de l’ordre, les malfaiteurs ne sont pas des novices. Ce sont de véritables « techniciens de l’arrachage », décrit Julien Hausknecht, secrétaire départemental du syndicat Alliance Police 06. Leur mode opératoire est bien rodé. « Ils repèrent leur proie à la sortie des hôtels et les suivent à moto. Au niveau d’un feu rouge ou d’un stop, ils arrachent la montre. Ça prend quelques secondes. Il n’y a pas de violence, ils défont les fermoirs assez rapidement et prennent la fuite. »
Ces équipes spécialisées transgressent les frontières. Le chef de la PJ dresse le profil de malfaiteurs « internationaux et très mobiles », capables d’opérer à Cannes, mais aussi à Saint-Tropez, Barcelone ou Genève. En 2025, sur la Croisette, 60 % des faits ont été commis par des étrangers. Parmi eux, des réseaux originaires d’Espagne (40 %), comprenant des équipes vénézuéliennes ou maghrébines, et d’Italie (25 %).
Pour démanteler ces filières, la PJ française mise sur la coopération européenne et l’échange massif de renseignements. « Nous collaborons avec les policiers italiens car nous avons constaté en 2024 que 10 vols ou tentatives avaient été réalisés par des malfaiteurs napolitains », précise Éric Antonetti. Grâce au soutien d’Europol, des officiers espagnols et italiens sont d’ailleurs présents sur le terrain cette année. Leur mission : aider leurs collègues français à identifier les profils suspects dans la foule avant même que le fermoir ne soit forcé.
« C’est la démesure la Côte d’Azur »
Les réseaux prennent de tels risques en raison d’un marché noir très rentable. « La rareté fait le prix. On vend plus cher une montre d’occasion qu’une neuve », explique le commissaire Antonetti. Face à des acheteurs prêts à débourser des sommes « bien supérieures » au prix initial pour éviter des listes d’attente interminables, la montre volée se vend à prix d’or en un temps record.
« Il faut identifier des personnes capables de reconnaître les montres, il faut très bien connaître l’horlogerie », continue le chef de la PJ. Après avoir été dérobées, les pièces partent souvent à l’étranger pour être modifiées. Pour réaliser un profit, le réseau doit « blanchir » l’objet. « Il faut redonner une apparence légale à une montre volée, en la remontant ou en changeant des éléments, afin de la réintégrer dans le circuit légal. »
Sur la Croisette, le luxe côtoie une réalité plus dure. « La société s’appauvrit, la vie est chère et ici, nous sommes au balcon de la richesse. C’est la démesure la Côte d’Azur », déclare Julien Hausknecht, d’Alliance Police. Dans cette région « assez huppée », la police espère que son plan de sécurisation permettra aux festivaliers de garder leurs montres au poignet et l’esprit tranquille.

