Belgique

« Marie-Hélène Ska (CSC) dénonce des projets demandés par personne »

Une manifestation nationale est prévue ce mardi à Bruxelles pour protester contre la hausse des prix de l’énergie et les réformes du gouvernement fédéral. La réforme des pensions doit arriver ce mercredi au Parlement pour être débattue dans le but d’être votée in fine.


Les syndicats intensifient leur lutte contre le gouvernement. Une manifestation nationale est programmée ce mardi à Bruxelles pour dénoncer la hausse des prix de l’énergie et les réformes du gouvernement fédéral. Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la Confédération des syndicats chrétiens (CSC), déclare sur La Première-RTBF que ces réformes constituent une « déstructuration sans précédent du monde du travail« . Elle précise que « C’est tout l’inverse du progrès social« .

La secrétaire de la CSC souligne « des projets qui ne sont demandés par personne ». « Par exemple, l’autorisation de réaliser des contrats de travail d’une demi-journée par semaine. Je ne sais pas comment on sécurise la vie des uns et des autres avec des contrats d’une demi-journée par semaine, qui sont considérés comme du travail convenable. Ce n’était pas une demande des patrons, ce n’était certainement pas une demande de notre part. Cela n’apporte absolument rien aux différents secteurs concernés« .

Le gouvernement, de son côté, parle de « flexibilisation » ou de « modernisation », en autorisant notamment le travail de nuit ou en étendant les flexijobs. Ces mesures sont saluées par certains secteurs qui en avaient besoin pour se développer. « Je constate plutôt que les employeurs commencent à se plaindre du fait qu’ils doivent jongler avec beaucoup de systèmes différents« , répond-elle. « On nous dit qu’il fallait que les travailleurs soient égaux, c’est un mot que nous entendons avec plaisir puisque nous avons beaucoup lutté pour qu’à travail égal, salaire égal. Or aujourd’hui, pour le même poste, vous pouvez avoir soit un CDI, soit un travailleur en flexijob qui ne gagne pas la même chose, soit intérimaire, soit un étudiant. Et donc on perd complètement la notion de référence entre un travail, et un salaire qui est lié« .

Le sujet des pensions sera également au cœur de la manifestation syndicale, signale la secrétaire de la CSC. « Vous avez travaillé toute votre vie, vous ne pouvez pas refaire votre carrière et vous allez avoir le malus pension qui vous mettra dans une situation extrêmement précaire« , souligne-t-elle.

La réforme des retraites sera débattue ce mercredi au Parlement, en vue d’un vote. Les débats concernant le budget, qui inclut l’indexation plafonnée, pourraient cependant être retardés par les députés de l’opposition. « Je ne sais pas quel est le calcul des parlementaires« , rejette Marie-Hélène Ska, qui exerce une pression considérable sur les parlementaires, y compris ceux de la majorité. « Ce que je sais, c’est que chaque parlementaire devra pouvoir expliquer pourquoi il a voté certaines réformes, et il faudra une autre excuse que « cela faisait partie de l’accord de gouvernement ». Il y a 150 parlementaires, ce sont 150 personnes, citoyens libres, qui doivent pouvoir expliquer pourquoi ils cautionnent ou pas. Personne n’a un couteau sous la gorge« .

Le gouvernement a choisi de limiter l’indexation à 4000 euros bruts pour un employé, à deux reprises, au cours des prochains mois et années. Le Groupe des Dix, regroupant des représentants patronaux et syndicaux, a proposé une alternative. « Nous avons toujours dit que l’inflation devait être reflétée convenablement dans l’indice et donc nous avons fait deux propositions très concrètes. D’abord, celle de prendre en compte dans cet indice tous les contrats d’énergie en cours et pas simplement les nouveaux contrats« .

Cette proposition permettrait de réduire les effets de choc énergétique sur l’indexation. Les contrats d’énergie en cours, en particulier les contrats fixes, ne deviennent plus onéreux immédiatement en cas d’augmentation des prix, mais uniquement à leur date anniversaire. Cela permet d’éviter une indexation salariale trop rapide. La première proposition concernant l’énergie est complétée par une deuxième disposition : « nous proposons de regarder l’impact d’une hausse des prix sur une année complète et pas sur quatre mois, ce qui permet de lisser les effets des chocs énergétiques, sans rien changer au final, puisque personne ne perd et personne ne gagne. L’inflation augmente un peu moins vite et redescend un peu moins vite« .

Marie-Hélène Ska admet que cette proposition pourrait sembler paradoxale pour les syndicats, car elle pourrait retarder l’indexation salariale. « Nous ne sommes pas dans une course à l’indexation« , répond-elle, en reconnaissant un geste des syndicats envers le patronat. « Bien sûr, un accord c’est un accord. Et celui-ci permet de prendre mieux en compte l’ensemble des contrats d’énergie, mais nous aurions déjà dû le faire dans le passé« , même si cet accord est légèrement moins favorable pour les allocations et salariés à court terme.

La deuxième proposition du Groupe des Dix stipule que « dans cette période où l’inflation est élevée, nous avons besoin que les citoyens soient protégés, qu’ils soient pensionnés, travailleurs du secteur public ou privé, et que ce n’était certainement pas le bon moment de venir avec une adaptation du mécanisme de l’indexation automatique des salaires« .

La proposition des partenaires sociaux a aussi l’avantage de simplifier le système, selon Marie-Hélène Ska, car « l’indexation au forfait (limitée à 4000 euros bruts par mois pour les travailleurs, ndlr) complexifie de manière importante la gestion des salaires sur le terrain« .

Le gouvernement a prévu d’interroger les partenaires sociaux sur la réforme du mécanisme de l’indexation automatique des salaires d’ici la fin de l’année.

Marie-Hélène Ska conclut en notant : « Cela fait un certain temps que nous n’avons plus eu d’accord de cette importance » entre syndicats et patronat. Malgré cet accord, le gouvernement a refusé de considérer la proposition des partenaires sociaux. « Le gouvernement nous avait dit que si nous venions avec une alternative valable, il l’examinerait. Or hier, c’est tout l’inverse qui s’est produit« , déplore-t-elle. Cette proposition alternative sera toutefois discutée à nouveau lors d’une réunion ministérielle restreinte à la fin de la semaine.

Le Bureau du Plan estime que cette proposition alternative coûterait davantage aux finances publiques que l’indexation plafonnée définie par le gouvernement. Pour cette raison, le gouvernement l’a rejetée. « On peut faire dire aux chiffres beaucoup de choses« , répond Marie-Hélène Ska. « Nous sommes convaincus, et nous l’avons chiffré, que la proposition sur la table est au moins neutre budgétairement pour l’État. C’est un point important, nous ne sommes pas irresponsables. Nous savons que la situation budgétaire n’est pas facile aujourd’hui. Et nous savons aussi qu’il y a des alternatives à la politique budgétaire actuelle« .

Les gouvernements successifs depuis Charles Michel ont distribué plusieurs milliards d’euros aux entreprises, sans qu’aucune demande ne soit enregistrée.

Le gouvernement actuel tente de résoudre les problèmes budgétaires par la réduction des dépenses, via l’exclusion du chômage après deux ans ou la diminution du nombre de malades de longue durée. Les syndicats, pour leur part, soutenus par plusieurs études récentes, appellent à examiner également les recettes, notamment à travers des exonérations de cotisations sociales ou d’impôts pour les entreprises.

« Il faut s’interroger sur la façon dont on a pu vider les poches de l’État avec l’assentiment plein et entier de l’État. Effectivement, l’État a injecté de l’argent en temps de crise, c’est son rôle pour protéger les entreprises et les travailleurs. Mais les poches de l’État ont été vidées sciemment par des mesures linéaires non évaluées. On a diminué de manière importante les rentrées de l’État, les cotisations de sécurité sociale« .

Marie-Hélène Ska illustre sa réflexion sur la mauvaise utilisation des fonds publics à travers l’exemple : « Si vous êtes une association ou un particulier et que vous voulez obtenir une subvention de 50.000 euros, vous devez soumettre un projet, le justifier, etc. L’État et les gouvernements successifs depuis Charles Michel ont distribué plusieurs milliards d’euros aux entreprises, il n’y a jamais eu un dossier rentré. Il n’y a jamais eu un gramme d’évaluation qui a été fait, et tout cela de manière automatique« .

Elle conclut en affirmant : « Donc nous pensons qu’il y a un problème budgétaire et qu’il faut le résoudre. Mais il faut d’abord aller rechercher l’argent qui a été indûment dépensé. Ensuite, nous entendons que le gouvernement a demandé au Bureau du Plan de faire appel à des experts, sans les définir, pour trouver des solutions. C’est particulier de la part d’un gouvernement qui nous dit d’un côté « je décide, je sais ce que je veux » et qui, de l’autre, ne demande pas l’avis de ceux qui ont des idées là-dessus, c’est notre cas, et qui demande à des experts sans aucune légitimité démocratique de venir avec des solutions« .