« My Father’s Scent » de Mohamed Siam : en salles en Tunisie la semaine prochaine
« My Father’s Scent » de Mohamed Siam a été découvert aux JCC 2026 et sera prochainement sur nos écrans. Le film aborde une confrontation larvée entre Omar et son fils Farouk, où les émotions circulent dans les silences épais et les gestes maladroits.
Tout se joue en une nuit. Une nuit trop courte pour réparer, trop chargée pour être anodine. Ce ne sont pas des retrouvailles au sens habituel du terme, mais plutôt une confrontation sous-jacente, faite de silences lourds, de gestes maladroits et de paroles plus blessantes que réconfortantes. Présenté aux JCC 2026, « My Father’s Scent » (cologna) de Mohamed Siam sera prochainement sur nos écrans.
La Presse — Dès les premières images, « My Father’s Scent » établit une atmosphère : quelque chose de lourd, de suspendu, presque irrespirable. Le premier long métrage de fiction de Mohamed Siam ne cherche ni à séduire ni à rassurer. Il s’immisce lentement, comme une présence persistante dont il est difficile de se défaire.
Tout se joue en une nuit. Celle où Omar, père absent ayant émergé d’un coma de six mois, retrouve son fils Farouk. Une nuit trop courte pour réparer, trop chargée pour être anodine. Entre eux, il n’y a pas de retrouvailles comme habituellement entendues, mais une confrontation sous-jacente, faite de silences épais, de gestes maladroits et de paroles qui font plus de mal qu’elles ne rapprochent.

Le film privilégie l’économie à l’explication. Ici, rien n’est mis en avant. Les émotions circulent en biais, à travers les regards fuyants, les corps fatigués, les espaces fermés. La maison familiale devient un piège : un lieu chargé d’histoire, où chaque mur semble garder quelque chose qui n’a jamais été exprimé. Visuellement, Mohamed Siam adopte une esthétique de l’effacement. La pluie continuelle, les vitres embuées, les lumières trouble construisent un monde instable, presque liquide. On a parfois l’impression que l’image elle-même hésite à se montrer clairement, comme si voir trop nettement était déjà une forme de violence.
C’est cependant dans les interactions entre les deux acteurs que le film trouve sa véritable intensité. Kamel El Basha donne au père une dureté sèche, presque implacable, sans jamais le réduire à un personnage unidimensionnel. En face, Ahmed Malek interprète un fils en tension constante, oscillant entre détachement et implosion. Leur relation ne se raconte pas : elle se ressent dans chaque silence prolongé, chaque mot mal placé.
« My Father’s Scent » évoque moins la réconciliation que l’impossibilité. Impossible de déclarer l’amour, impossible de réparer, même l’entière compréhension de ce qui a été perdu semble inatteignable. Pourtant, quelque chose circule — fragile, presque imperceptible — comme si, derrière la violence, demeurait une forme d’attachement indéfectible.
Le film évite soigneusement le mélodrame. La maladie, la mort imminente, tout ce qui pourrait susciter une forte émotion est maintenu à distance. Ce refus du spectaculaire confère au récit une tonalité unique, plus âpre mais aussi plus honnête.
En fin de compte, Mohamed Siam filme une question simple et vertigineuse : que reste-t-il quand on n’a jamais su aimer autrement que de manière biaisée ?
Un film discret mais persistant, qui continue de résonner bien après sa dernière scène.
