La communauté LGBTQIA+ face aux critiques : ‘Contre-nature, anormalité, propagande’
En 2024, Ipsos publiait une étude de grande ampleur menée dans 26 pays, montrant que 11% de la population belge sont des adultes LGBTQIA+. Les participant·es à la vidéo estiment qu’il n’y a pas de lobby de la communauté LGBTQIA+, mais juste des humains qui revendiquent le droit d’exister sans se cacher.

Exister dans un climat anxiogène
Ces dernières années, les alertes se multiplient. La montée des partis d’extrême droite en Europe s’accompagne fréquemment de discours hostiles envers les minorités sexuelles. Aux États-Unis, de nombreux États ont adopté ou envisagé des lois limitant les droits des personnes LGBTQIA+, notamment sur les questions d’identité de genre et d’éducation.
La Belgique, souvent considérée comme un pays pionnier en matière de droits LGBTQIA+, est également touchée. Les associations constatent une augmentation des agressions, qu’elles soient verbales ou physiques. Dans l’espace public, un sentiment d’insécurité croissant, voire un retour en arrière, est ressenti par beaucoup.
« Déjà, se poser la question de s’il faut se cacher, c’est ça le problème. » Cette réaction de Lola souligne l’enjeu : au-delà des droits formels, il s’agit de la possibilité concrète d’exister en toute sérénité.
Réunir un panel représentatif de la communauté LGBTQIA+ n’a pas été aisé. Les personnes contactées ont toutes été enthousiastes à l’idée de rassembler « les lettres » pour répondre à des messages issus des réseaux sociaux, mais beaucoup n’étaient pas prêtes à se montrer. Et cela se comprend.
Déconstruire les clichés, un par un
Une fois le casting réuni, il restait à préparer des commentaires pour le faire réagir. Parmi les nombreux messages haineux ou ignorants, nous avons sélectionné les plus fréquents pour les soumettre à nos invités.
C’est contre nature
Ce mème commun, souvent moqué, demeure néanmoins présent dans les commentaires. Les participants rappellent que l’homosexualité existe dans de nombreuses espèces animales : « Plus de 1500 espèces recensées.«
« Si quelque chose est ‘contre-nature’, ce serait plutôt l’homophobie elle-même. Il n’y a qu’une seule espèce connue qui soit homophobe et c’est l’humain« , souligne Erynn.
La notion même de ce qui serait ‘contre-nature’, « c’est juste une construction sociale utilisée pour exclure« , estime Pavel.
Je ne comprends pas
Pour ceux qui affirment ne pas comprendre les identités de genre ou les orientations sexuelles, la réponse de Lola est claire : « Tu n’as pas besoin de comprendre, tu as juste besoin d’accepter !«
A travers les réponses des participants, un rappel essentiel émerge : il n’est pas nécessaire de comprendre une personne pour respecter ses droits, qui sont inaliénables, peu importe le genre ou l’orientation sexuelle.
Le lobby LGBT impose son modèle
Les commentaires homophobes recueillis sous nos vidéos véhiculent aussi l’idée d’une « propagande LGBT », un cliché très répandu.
Les intervenants rappellent que la norme dominante reste largement hétérosexuelle : modèles familiaux, représentations médiatiques, attentes sociales… « On est obligé·es de faire des coming out répétés, parce que par défaut, on nous considère comme étant hétéros« , note Leto.
Grandir sans voir sa représentation, devoir préciser son orientation ou son genre parce que cela ne semblerait pas « naturel », naviguer dans un monde conçu pour les autres : des expériences invisibles pour celles et ceux qui ne sont pas concernés, mais vécues quotidiennement par les membres de la communauté.
En 2024, Ipsos a publié une étude majeure menée dans 26 pays. Selon cette étude, 11 % de la population belge sont des adultes LGBTQIA+. Les participants à notre vidéo estiment qu’il n’y a pas de lobbying de la communauté LGBTQIA+, mais simplement des humains revendiquant le droit d’exister sans se cacher.
Les LGBT, c’est comme l’Islam… On ne peut plus rire de rien
« Je ne comprends pas pourquoi vous souhaitez faire de l’humour là-dessus« , s’étonne Jalil. « Vous savez, il est possible d’être drôle sans discriminer les gens. » Eryn et Pavel ajoutent : « On peut rire de tout, mais pas n’importe comment. Et pas aux dépens des autres, finalement. » Pavel insiste même en estimant que la violence verbale peut entraîner des actes de violence physique. « On se sent plus légitime d’aller tabasser, d’aller casser du pédé dans la rue, si on rigole. »
Vivre avec la peur et malgré elle
Au-delà des arguments rationnels, la vidéo donne à entendre des vécus et des expériences subjectives.
Le « radar de sécurité » mentionné par une participante est particulièrement évocateur : analyser un lieu, anticiper les réactions, hésiter à tenir la main de son ou sa partenaire.
Cette vigilance constante contraste avec l’accusation d’exhibitionnisme souvent formulée à l’encontre des couples LGBTQIA+, comme le souligne Sacha. Un geste d’affection, même innocent, peut rapidement devenir risqué.
Un autre témoignage marquant est celui de Lola, qui décrit son grand-père ayant fait son coming out à 60 ans, après une vie entière à devoir se cacher. Selon elle, c’est une illustration frappante du coût humain de l’invisibilisation.
Internet, miroir grossissant des violences
Les participants rappellent une évidence : derrière chaque message, il y a des personnes réelles, parfois proches. Insulter les LGBTQIA+ en ligne, c’est potentiellement viser quelqu’un de son entourage qui n’a jamais osé se dévoiler, surtout s’il ou elle a ressenti une hostilité.
Pour ne pas céder au désespoir face à ces comportements, ils et elles choisissent souvent l’humour. Les auteurs de commentaires haineux deviennent des personnages génériques et caricaturaux : dans la bouche de Leto et Sacha, ils prennent le nom de « Jean-Michel ». « Internet est plein de ressources, Jean-Michel.« , lancent-elles avec malice.
Entre lucidité et espoir
Face à ces commentaires hostiles et à un contexte parfois difficile, les six participants rappellent qu’ils et elles existent et ont le droit de vivre sans se cacher et sans être discriminé·es.
De plus, ils et elles nous rappellent une réalité fondamentale : « Les droits peuvent reculer, les discours peuvent se durcir, mais les personnes, elles, continuent d’exister…«

