France

À Nantes, des dentistes licenciés pour ne pas imposer des couronnes « made in China »

Le cabinet VYV dentaire de Nantes a annulé 250 rendez-vous sur une période récente en raison de la mise à pied de cinq dentistes. En 2025, VYV3 Pays de la Loire a mentionné que « 70 % des achats de prothèses (en valeur) provenaient de France ».


Des dentistes en difficulté, « sous pression » et menacés de sanctions lourdes. Pour les patients du cabinet VYV dentaire de Nantes, il est inadéquat d’avoir une carie ou une rage de dents en ce moment. « Prendre un rendez-vous cette semaine est compliqué », voire impossible, confie une employée du cabinet au téléphone, précisant que « nous avons seulement deux dentistes sur sept » disponibles.

Tous les dentistes ont été informés en octobre : « S’ils ne respectent pas l’obligation de travailler à 30 % avec des fournisseurs de prothèses dentaires étrangers, ils seront sanctionnés », indique Anthony Kerdreux, délégué syndical France Ouvrière de VYV3 Pays de la Loire. En conséquence, cinq d’entre eux ont été suspendus au cours des deux dernières semaines pour ne pas avoir « imposé » aux patients des couronnes ou des implants chinois, selon une source proche du cabinet. Ce changement a entraîné l’annulation de 250 rendez-vous durant cette période.

Les patients se tournent vers des couronnes françaises. Début 2025, des employés normands du groupe mutualiste s’étaient déjà plaints de l’utilisation de prothèses provenant de Chine ou de Turquie. Cette même situation a également été observée chez des professionnels de santé bretons depuis le printemps 2024. Pour le groupe mutualiste, la motivation est financière : les prothèses sont achetées à des prix largement inférieurs, tout en étant revendues au prix des prothèses françaises, afin de soutenir la filière. Cette explication ne convainc pas une partie des professionnels.

Au cabinet nantais, les dentistes proposent deux options à leurs patients : des couronnes ou implants chinois ou français. « Comme il n’y a pas de différence de prix, les patients optent majoritairement pour le produit français », souligne Anthony Kerdreux. Toutefois, la quota de 30 % n’est pas atteinte, ce qui irrite la direction.

Concernant la conscience professionnelle, les dentistes avancent plusieurs arguments : l’augmentation de l’empreinte écologique, la remise en cause de la liberté de prescription, la menace pour la santé des patients qui nécessitent un suivi étroit avec le prothésiste, l’augmentation du taux de marge et la perte d’emplois locaux. Le député républicain de la Loire, Jean-Pierre Taite, a posé une question au Journal officiel en mai 2024, pointant que « les prothésistes dentaires français ne peuvent pas rivaliser avec les prix bas des produits en provenance de Turquie, de Chine ou de Madagascar et sont contraints de cesser leurs activités ». Il a aussi mentionné que « de plus en plus de dentistes font produire leurs prothèses à l’étranger à des prix dérisoires (25 euros la céramique en Turquie) contre 150 en France, pour ensuite être facturées entre 600 et 900 euros à la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) ».

Interrogé par *20 Minutes*, VYV3 Pays de la Loire a défendu sa décision d’utiliser des prothèses importées, affirmant qu’en 2025, « 70 % des achats de prothèses (en valeur) provenaient de France ». Ils ont précisé que, dès 2024, deux laboratoires étrangers ont été référencés en complément des partenaires locaux, avec une mise en œuvre progressive. « Cette organisation assure un modèle économique durable, essentiel au maintien d’une offre de soins de proximité, accessible et de qualité », soutient le groupe, qui refuse de commenter la situation actuelle à Nantes.

Les chirurgiens-dentistes restent sceptiques. « Nous avons déjà tenté d’organiser une grève nationale, mais la mobilisation n’a pas été complète », déclare un professionnel de la région. Une pétition a été lancée début 2025, sans succès, car « nous avons peur que cela nous porte préjudice ».

Les praticiens du cabinet de la rue Noire ont contacté à plusieurs reprises l’Agence régionale de santé (ARS), qui a répondu, selon un document consulté par *20 Minutes*, qu’elle ne pouvait pas trancher ce type de litiges. Pour Anthony Kerdreux, la situation évoque maintenant une « souffrance morale et psychologique » chez les dentistes. En attendant, ce sont les patients qui en souffrent.