Amine Kessaci dénonce : les narcotrafiquants ne font pas rêver les jeunes en cités.
Amine Kessaci avait 17 ans lorsque son grand frère, Brahim, a été tué en 2020 dans un règlement de compte lié au narcotrafic. En novembre 2025, son petit frère Medhi est assassiné alors qu’il n’était impliqué dans aucun trafic.
Amine Kessaci a 17 ans lorsque son frère aîné, Brahim, est tué en 2020 dans un règlement de comptes lié au trafic de drogue. Originaire des quartiers nord de Marseille, il décide alors de s’engager contre les narcotrafiquants en créant une association pour aider les habitants des zones défavorisées. Quelques années plus tard, en novembre 2025, son frère cadet Medhi est assassiné alors qu’il n’était impliqué dans aucun trafic ; il souhaitait même devenir policier.
Amine Kessaci vit aujourd’hui sous protection policière, car il a reçu des menaces de mort. « La DZ mafia a mis un contrat sur ma tête. Ils ont mis 100 000 euros pour pouvoir m’assassiner », déclare-t-il. Cette situation impacte considérablement sa vie quotidienne : « La protection policière, ça veut dire ne plus sortir, ne plus travailler, ne plus pouvoir être dans son logement. C’est compliqué de ne plus être dans son appartement, c’est compliqué de ne plus avoir de travail », précise-t-il sur La Première.
Il souligne que les narcotrafiquants « se substituent à l’Etat ». « Ils ne peuvent remplacer l’Etat donc ils viennent se substituer à l’Etat », constate Amine Kessaci. En tant que militant et adjoint au maire de Marseille, Benoit Payan (Parti Socialiste), il détaille comment « dans des endroits où l’Etat a arrêté de financer des programmes l’été pour les jeunes, les narcotrafiquants viennent payer, dans des quartiers, des piscines pour que les jeunes puissent s’amuser. C’est le cas dans des villes autour de Marseille ».
Amine Kessaci parle également de l’emprise des narcotrafiquants sur les cités, où ils imposent leurs codes et leur vision de la société. « Ils ont imposé leurs coutumes, leur façon de voir, de concevoir la société, leur façon de parler, de s’habiller. Et donc, les narcotrafiquants ont compris qu’ils pouvaient créer une marque », ajoute-t-il.
Il s’inquiète de la représentation des narcotrafiquants dans les médias : « Quand on regarde un film où Pablo Escobar est vu comme un super-héros ou que des grands trafiquants de drogue dans des séries policières sont vus comme des gentils, on participe en quelque sorte à ce système et à la banalisation de ce qu’est la narcocratie. »
Pour le militant, il est nécessaire d’adopter des réponses politiques pour lutter contre le narcotrafic : « Il faut des réponses politiques, des programmes politiques mais c’est aussi une question de société. Une question de comprendre comment nous, consommateurs de séries télévisées ou de films, concevons la narcocratie. Aujourd’hui, ce qui fait rêver les jeunes dans les cités, ce sont les narcotrafiquants. »
Amine Kessaci souligne l’importance de la prévention, et refuse une approche uniquement punitive : « Aujourd’hui, on a besoin de vrais plans ambitieux mais on a surtout besoin de protéger des gens. » Il appelle à améliorer la protection des personnes menacées, mentionnant ceux qui perdent des proches à cause du narcotrafic : « Il existe des gens qui sont menacés par ces réseaux, il existe des gens qui perdent des petits frères, qui sont assassinés pour rien, parce qu’ils étaient des petits frères. »
Face à la violence, il exhorte la population à ne pas abandonner : « Aux personnes qui osent parler, aux personnes qui se lèvent, aux personnes qui, dans les quartiers, pensent que la lueur d’espoir s’est éteinte… Je veux dire que jamais nous ne devons baisser ni les yeux, ni les bras, ni la tête face aux narcotrafiquants. »
Il décrit le problème comme une « guerre de civilisation » : « Soit les narcotrafiquants réussissent à imposer leur vision de la société, c’est-à-dire que l’argent vaut plus que la vie humaine, soit c’est nous qui réussissons, à travers la justice sociale, des plans de santé publique, la prévention, la sécurité, à travers des plans d’emploi, des formations pour les jeunes. »
Amine Kessaci fait également un constat sur l’évolution de la narcocratie : « Aujourd’hui, la narcocratie s’organise à l’échelle internationale. » Il annonce la création d’une association européenne des maires luttant contre le trafic de drogue, espérant que le bourgmestre de Bruxelles rejoindra cette initiative : « Nous devons avoir un socle commun, une association européenne qui apporte des réponses européennes sur ces sujets. »
« Les narcotrafiquants ont pris du terrain. Aujourd’hui, la lutte contre le narcotrafic doit être organisée à l’échelle internationale. On assiste à un fléau. A force d’avoir fermé les yeux, l’Europe et le monde se réveillent face à un monstre qui s’est infiltré partout, dans tous les systèmes », conclut-il.

