Pourquoi certaines compagnies aériennes ne laissent-elles pas embarquer les musiciens avec leur instrument ?
Certaines compagnies aériennes low cost, comme Volotea, refuseraient que les musiciens prennent l’avion avec l’étui de leur instrument. Lufthansa a modifié sa réglementation pour accepter des instruments « ne mesur[a]nt pas plus de 125 cm (hauteur + largeur + longueur) ».
Une nouvelle difficulté pour les compagnies aériennes à bas coûts. Si ce n’est pas le cas pour toutes, certaines interdisent aux musiciens d’embarquer avec l’étui de leur instrument. Cela a été le cas pour Julien Moquet, violoniste et directeur artistique du Festival d’Autan, qui a raconté sa mésaventure à bord d’un vol Volotea sur les réseaux sociaux. « Aujourd’hui, situation absurde à l’embarquement. Pour pouvoir voyager, nous avons dû monter dans l’avion avec le violon et les archets… mais laisser les étuis en soute », explique le musicien.
Il souligne qu’un violon n’est pas « un bagage « de confort » » mais plutôt « un outil de travail », et déplore « des règles incohérentes, variables d’un vol à l’autre ». De plus, il s’indigne de l’obligation de payer un supplément, pouvant aller jusqu’à « un deuxième siège pour transporter correctement un instrument pourtant accepté depuis des années en cabine dans des dimensions compatibles ». Cela l’amène à réclamer « une réglementation claire, harmonisée et adaptée aux réalités des instruments de musique », ainsi qu’à ceux qui les transportent fréquemment par voie aérienne « pour faire vivre la culture ».
### Un cas loin d’être isolé
Ce problème n’est pas nouveau pour les musiciens professionnels. À la lumière des (très) nombreux commentaires sous le post de Julien Moquet, il semble que cette situation soit récurrente. « J’ai eu le problème […]. L’hôtesse a littéralement mesuré les dimensions de ma boîte mais la somme des trois longueurs respectait la limite… Elle m’a dit « vous verrez bien à la sécurité s’ils vous laissent passer mais ce n’est pas sûr » », raconte une internaute. « Exactement pareil, avec un accès à l’avion sous la pluie, sans bus, violon sous le manteau », témoigne un autre. Plusieurs regrettent le manque d’explications et de transparence sur les politiques des compagnies aériennes.
Fin 2025, la violoniste allemande Carolin Widmann a partagé sa mauvaise expérience sur un vol Lufthansa reliant Helsinki à Leipzig avec une escale à Francfort. Pour la première fois, on lui a demandé d’enregistrer son étui à violon en soute. Son Guadagnini de 1782, précieux, a dû être enveloppé dans son pull pour que l’étui parte seul en soute. « Je vous invite à saisir l’occasion offerte par cet incident choquant et scandaleux pour revoir les politiques de votre compagnie et ajouter une annexe aux règles relatives aux bagages à main concernant les petits instruments », a-t-elle déclaré dans une lettre ouverte à Lufthansa.
### Une question de… dimensions
Il reste à déterminer ce qui pourrait empêcher un étui d’accompagner (et de protéger) son instrument de musique en cabine. Contactée par *20 Minutes*, Volotea n’a pas pu répondre dans les délais, en raison de l’absence de porte-parole. Un examen des politiques de la compagnie révèle qu’il est possible de voyager avec son instrument à la place d’un bagage cabine « à condition qu’il ne dépasse pas les dimensions maximales autorisées ». Cela n’est pas précisé si l’étui est inclus ou non. Les conditions sont généralement similaires pour toutes les compagnies aériennes, bien que les dimensions des bagages cabine varient d’une compagnie à l’autre, et peu mentionnent si « étui compris » ou « housse de protection comprise ». Anticiper est donc difficile.
De plus, un violon professionnel mesure plus de 60 centimètres, alors que les dimensions maximales autorisées pour un bagage cabine ne dépassent souvent pas 55 centimètres. Une situation qui nécessite une politique spécifique pour les instruments de musique, comme le souligne Carolin Widmann. « Un étui à violon standard dépasse vos dimensions autorisées de 55 cm x 40 cm x 23 cm », indique-t-elle, en ajoutant que « son volume est inférieur d’un tiers à celui d’un bagage autorisé ». En d’autres termes, bien que le violon soit plus long, il occupe moins d’espace qu’une valise standard. C’est pourquoi de nombreux musiciens demandent une harmonisation des règles en vigueur et une prise en compte de leur profession.
Lufthansa a agi après l’incident de la violoniste allemande en modifiant sa réglementation pour accepter désormais des instruments « ne mesur[a]nt pas plus de 125 cm (hauteur + largeur + longueur) ». Cela correspond mieux à la réalité. D’autres compagnies, comme Transavia et easyJet, offrent des dimensions spécifiques pour les instruments de musique, bien que les conditions varient. Cependant, certaines n’ont pas encore intégré cette spécificité dans leur réglementation, sans aucune harmonisation existante. Aux États-Unis, les compagnies aériennes sont tenues d’accepter les petits instruments dans leurs étuis s’ils peuvent être rangés dans les coffres. Une règle qui pourrait servir d’exemple au-delà de l’Atlantique.

