Moins de restaurants à Bruxelles récompensés par Michelin, refus de paiement ?
Le Guide Michelin a décerné ses nouvelles étoiles lors d’une cérémonie qui s’est déroulée à Anvers, où deux restaurants, un à Knokke et un à Anvers, ont obtenu le rang des deux étoiles. En 2023, Bruxelles comptait 38 étoiles, un chiffre qui n’a pas changé en 2026, tandis que le nombre d’établissements étoilés en Flandre est passé de 90 à 102 sur la même période.
C’est un sujet délicat que soulève, dans La Libre, Ludivine de Magnanville, ancienne présidente de la Fédération Horeca de Bruxelles et actuelle députée MR au Parlement bruxellois.
Au début de cette semaine, le Guide Michelin a attribué ses nouvelles étoiles lors d’une cérémonie qui s’est tenue à Anvers. Les restaurants flamands ont été particulièrement récompensés, avec deux établissements à Knokke et Anvers qui obtiennent deux étoiles. Sur les dix nouveaux étoilés, huit se trouvent en Flandre, tandis qu’un se situe dans le Brabant wallon et un autre en province de Luxembourg. En revanche, Bruxelles ne s’est pas doté de nouveaux étoilés ; aucun restaurant de la capitale n’a décroché sa première étoile et aucun n’a progressé dans le classement. Les deux étoiles existantes ont été maintenues pour certains, tandis que d’autres ont été rétrogradés.
Pour Ludivine de Magnanville, ce succès du Guide Michelin pour les établissements du nord du pays ne serait pas fortuit. Elle estime que le choix d’Anvers comme ville hôte de la cérémonie, où la ville a investi pour accueillir l’événement, en comparaison à Bruxelles qui a refusé d’accueillir la cérémonie, en serait une explication.
Pour devenir « ville hôte » d’une telle cérémonie, il faut investir. En 2024, pour sa première fois en tant qu’hôte, Anvers aurait dépensé près de 400.000 euros, selon plusieurs sources rapportées par Le Soir. Avant Anvers, Mons avait accueilli la cérémonie. Selon Ludivine de Magnanville, Bruxelles aurait pu prendre la suite. Elle raconte : « Quand j’étais encore présidente de la Fédération Horeca, j’avais été approchée en 2022 pour convaincre le gouvernement bruxellois d’être la ville suivante après Mons pour obtenir la cérémonie des Michelin qui se déroule de dimanche à lundi soir ».
Elle note que cela représenterait un coût « non négligeable » de 500.000 euros par an, avec un contrat d’un minimum de trois ans, recommandant même cinq ans. D’autres frais, tels que la location de salles ou de théâtres, devraient également être considérés. Elle se souvient d’une réunion où elle a questionné un directeur commercial du Michelin sur l’intérêt pour Bruxelles de cette dépense, ayant constaté qu’“aucune mention de Mons” n’était faite lors des résultats.
Il lui a alors été répondu que l’on pouvait indiquer aux inspecteurs de se concentrer davantage sur la région bruxelloise, qui ne compte pas beaucoup d’étoiles. Ludivine de Magnanville s’est rendu compte que cette suggestion était subtile mais pertinente.
Finalement, Bruxelles n’aurait pas pris le risque, car le coût aurait dissuadé le gouvernement bruxellois, sans garantie de retombées positives. L’ancien ministre-président bruxellois, Rudy Vervoort, a d’ailleurs confirmé cette position dans les colonnes de La Libre.
Aujourd’hui, alors que la cérémonie récompense principalement des établissements du nord, Ludivine de Magnanville souligne un lien avec le fait qu’Anvers soit la ville hôte. Elle relève que « En 2023, il y avait 38 étoilés à Bruxelles. En 2026, il y en a toujours 38. Et concernant la Flandre, on est passé de 90 à 102 établissements entre 2023 et 2026. Ce n’était pas qu’une théorie ».
Elle reconnait que ceux qui ont des étoiles le méritent, mais note aussi une orientation régionale, en ajoutant qu’il y a énormément de restaurants et d’établissements de qualité à Bruxelles. Elle regrette également un manque de transparence de la part du Michelin.
Contacté, le Guide Michelin a démenti les accusations de favoritisme envers les établissements flamands. Il précise que « l’insinuation selon laquelle les restaurants bruxellois recevraient moins d’étoiles parce que la Ville de Bruxelles aurait refusé une proposition d’être la ville hôte » est « complètement infondée ». Le Guide insiste sur l’indépendance de son équipe d’inspecteurs, qui détermine chaque année la sélection des restaurants.
Concernant les contrats et les paiements des villes hôtes, le Guide Michelin déclare ne pas fournir d’informations à ce sujet.
Pour Eric Boschman, expert en gastronomie, l’idée que Michelin privilégie la Flandre parce qu’Anvers a investi est « une foutaise ». Il souligne que ce n’est pas simplement une question d’argent, mais également une question de cooptation et de promotion. À Bruxelles, le responsable de la gastronomie a même déclaré que les étoilés n’attiraient pas de touristes.
Il explique que la différence réside dans les approches et le soutien des autorités. En Flandre, les initiatives autour de la gastronomie sont soutenues par l’État, tandis qu’en Wallonie, cette dynamique manque. Eric Boschman suggère que les Flamands ont réussi une promotion de leur gastronomie similaire à celle réalisée par les Catalans et les Danois.
Il conclut en disant que les établissements gastronomiques en Wallonie attirent une clientèle flamande, car manger dans un restaurant étoilé y est moins cher qu’en Flandre. Selon lui, les travaux et les problèmes de mobilité à Bruxelles auraient aussi pu nuire à la visibilité des restaurants gastronomiques de la capitale.

