La consommation de poulet augmente, mais la production locale ne suit pas.
La consommation de poulet en Belgique a augmenté, un ménage dépensait 144€ par an pour du poulet au magasin il y a dix ans, contre 156€ aujourd’hui. En Wallonie, un poulet consommé sur deux vient de Flandre ou de l’étranger, tandis que la production locale n’augmente pas proportionnellement à la demande.
La filière du poulet s’envole avec la mode du crousty
Le succès du poulet est largement alimenté par la tendance du crousty : ce filet de poulet frit, souvent servi sur du riz avec de la sauce, est proposé par des chaînes telles que KFC, Tasty Crousty, Hector Chicken, ainsi que par des snacks et des restaurants indépendants qui poussent en milieu urbain, arborant des noms évoquant « chicken », « tasty », « crousty », « master », et plus encore. Ces établissements remplacent des restaurants de sushis, de burgers, et de pizzerias.
Ce phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes. Ces enseignes sont très actives sur les réseaux sociaux, où l’on peut trouver de nombreuses vidéos d’inaugurations avec des files d’attente de clients sur les trottoirs. Des concours sont fréquemment organisés, offrant en jeu des trottinettes, des consoles de jeux, et des smartphones. Les stratégies marketing sont bien huilées et les ventes de poulets connaissent un essor exponentiel.
À domicile, la consommation de poulet est également en progression, bien que moins spectaculaire que celle « hors domicile ». En Belgique, un ménage dépensait en moyenne 144 euros par an pour du poulet dans les supermarchés il y a dix ans ; ce montant a aujourd’hui atteint 156 euros.
Les raisons d’un nouveau changement d’habitude alimentaire
Le poulet présente plusieurs avantages :
- Tout d’abord, il s’agit d’une viande économique pour le consommateur : dans ces restaurants spécialisés, une barquette de riz au poulet frit coûte environ une dizaine d’euros, et les portions sont généreuses. On y mange plus pour moins cher qu’au fast-food traditionnel.
- De plus, le poulet est apprécié dans toutes les cultures, sans interdits religieux comme pour le porc, par exemple.
- La volaille produit un meilleur bilan carbone que les viandes rouges.
- Enfin, elle bénéficie d’une image de « santé » : riche en protéines et pauvre en graisses. Or, les aliments protéinés sont en vogue, avec un marketing particulièrement axé sur ces produits dans le milieu sportif, notamment dans les salles de musculation.
Une production locale qui ne suit pas la hausse de la consommation
Malgré une forte hausse de la consommation, la production a peine augmenté, bien en deçà de la demande. En Wallonie, un poulet sur deux consommé provient de Flandre ou de l’étranger, en particulier des poulets de batterie. Bien que la Wallonie continue à produire de nombreux poulets bio et fermiers, les poulets élevés spécifiquement pour l’industrie alimentaire, que l’on trouve dans les fast-foods, sandwicheries et snacks, viennent majoritairement de l’étranger : Pologne, Pays-Bas, Thaïlande, Brésil.
Ces importations devraient encore croître avec les récents accords de libre-échange négociés par l’Europe, notamment avec le Mercosur, qui est entré en vigueur le 1er mai et englobe plusieurs pays d’Amérique Latine.
C’est là le paradoxe du poulet : la consommation est en forte progression, mais une réticence persiste à augmenter la production localement.

