Participation d’Israël à l’Eurovision 2026 : entre boycott et pétitions.
Plus d’un millier d’artistes, dont Peter Gabriel et Roger Waters, appellent à boycotter l’Eurovision en raison de la participation d’Israël, en signant un texte intitulé « Pas de musique pour un génocide », le mercredi 22 avril. Pour l’édition 2026, Noam Bettan représentera Israël après avoir gagné l’équivalent israélien de la Nouvelle Star et interprétera une chanson intitulée Michelle.
Peter Gabriel, l’ancien membre de Pink Floyd Roger Waters, et le groupe Massive Attack… Le casting serait exceptionnel s’il s’agissait de la programmation d’un festival estival. Cependant, ces artistes, plus de mille au total, sont ceux qui appellent à boycotter l’Eurovision en raison de la participation d’Israël, en signant un texte intitulé * »Pas de musique pour un génocide »*, le mercredi 22 avril. Le concours se tiendra du 12 au 16 mai à Vienne, en Autriche, et, pour l’instant, la délégation israélienne se prépare, comme si de rien n’était (ou presque). Franceinfo fait le point sur la situation à quelques semaines de l’édition 2026 de l’Eurovision.
### Une chanson qui se veut tout sauf polémique
En 2025, Israël était représenté à l’Eurovision par Yuval Raphael, une survivante des attaques terroristes du 7 octobre. Pour l’édition 2026, c’est le chanteur Noam Bettan qui défendra les couleurs d’Israël. Il a été sélectionné, comme le prévoit la procédure, après avoir remporté l’équivalent israélien de la Nouvelle Star. L’artiste, dont la famille est originaire de France, interprétera « Michelle » sur la scène viennoise. Il ne s’agit pas d’une reprise des Beatles, mais d’une chanson écrite par plusieurs auteurs, dont Yuval Raphael.
Les paroles de « Michelle », en français (beaucoup), en hébreu et en anglais (un peu), abordent la difficulté de surmonter un amour toxique, sans aucune référence à la guerre en cours, contrairement aux deux dernières prestations israéliennes dans le concours. Rien à voir avec l’édition 2024, lorsqu’Eden Golan, la concurrente israélienne, avait été contrainte de remplacer sa chanson * »October Rain »* par * »Hurricane »*, à la suite d’une polémique sur une possible référence aux attentats de 2023 dans le titre et les paroles.
Avec « Michelle », le choix d’une mélodie pop et presque sucrée est tout sauf anodin, a reconnu Noam Bettan à la télévision publique, Kan, rapporté par *The Times of Israel* : * »C’est une chanson incroyable. Les dernières années, nous avons envoyé beaucoup de ballades. Les Israéliens recherchent une énergie différente. Nous voulons être heureux, tout le pays en a soif »*, a argumenté le chanteur, saluant une chanson * »qui touche à la palette entière des émotions »*.
*Simple, mais pas simpliste, sur-mesure pour le chanteur charismatique, produit dans l’esprit agité de notre époque, tout en conservant la douce brume de fumée de cigarette d’une brasserie parisienne des années 1970*, juge le quotidien israélien *Yediot Aharonot*. Israël compte donc sur ses chances de remporter la victoire après une série de places d’honneur.
### Un règlement modifié pour apaiser les tensions
À l’issue du dernier concours, la tension était palpable entre les pays participants, entre ceux qui soutiennent l’inclusion d’Israël dans la compétition (la France, l’Allemagne, l’Autriche, etc.) et ceux qui souhaitent le voir exclu pour dénoncer les actions du gouvernement de Benyamin Nétanyahou à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban. Cinq pays ont quitté la compétition, et pas des moindres : l’Irlande (sept victoires à l’Eurovision), les Pays-Bas (cinq succès), l’Espagne (membre du * »Big Five »*, le groupe des pays qui contribuent le plus), la Slovénie et l’Islande.
Cependant, plusieurs changements de règlement ont convaincu d’autres pays majeurs, notamment scandinaves, de maintenir leur participation. Chaque téléspectateur n’a plus droit qu’à dix votes, et des mesures seront mises en place pour * »détecter et prévenir toute activité de vote frauduleuse ou coordonnée »*, en plus d’un meilleur contrôle pour empêcher * »les campagnes promotionnelles disproportionnées »*, comme celles menées par l’État hébreu pour appeler à voter pour Yuval Raphael l’an dernier. La candidate israélienne avait terminé deuxième de la compétition, remontant de la 15e place du classement grâce au vote du public (et notamment grâce à une mobilisation spectaculaire des téléspectateurs européens).
### Des coulisses apaisées
En coulisses, plusieurs mesures ont été instaurées pour faire baisser la tension. En 2024, le chanteur néerlandais Joost Klein avait été exclu après un incident et des tensions avec la délégation israélienne. Des zones sans caméras ont ainsi été prévues pour les artistes, ainsi qu’un plus grand nombre de répétitions sans la presse. Le diffuseur, la chaîne publique autrichienne ORF, s’est engagé à ne pas utiliser de technologie pour atténuer les sifflets, et à ne pas interdire les drapeaux palestiniens, comme l’a rapporté Reuters mi-décembre.
Noam Bettan s’attend à chanter dans une ambiance pour le moins hostile lors de sa demi-finale. * »Ce sera comme entrer dans la fosse aux lions »,* a imaginé le chanteur israélien dans une interview à la radio Kan Gimmel. * »Mais je peux vous dire que, quand je verrai les quelques drapeaux israéliens dans le public, j’aurai conscience d’avoir une nation entière derrière moi. C’est vraiment un privilège. »*
### Des remous chez les artistes
Contrairement à la pétition signée par plus d’un millier d’artistes, il existe également une contre-pétition appelant à soutenir la présence de l’État hébreu dans le concours. * »Cette série de combats n’est pas une guerre qu’Israël a voulue ni déclenchée »*, peut-on lire dans ce texte rédigé par l’ONG Creative Community for Peace et signé par des artistes comme les acteurs Mila Kunis et Liev Schreiber ou le scénariste Matthew Weiner. * »Punir Israël serait une inversion de la justice »*, soutiennent-ils. * »Ceux qui réclament l’exclusion d’Israël vont à l’encontre de l’esprit même du concours et détournent cet événement, qui célèbre l’unité, pour en faire un instrument politique. »*
Plusieurs participants au concours 2026 ont exprimé leur malaise à l’idée de concourir sur la même scène qu’un concurrent israélien. La violoniste finlandaise Linda Lampenius a d’abord qualifié sur ses réseaux sociaux la participation israélienne d’* »erreur »* et dénoncé la situation * »inhumaine »* en Palestine, fin février, avant de faire marche arrière. Dans une interview sur la chaîne YouTube Curiously mi-avril, elle a estimé que la musique ne devait pas être liée à la politique, avant d’appeler à ne pas * »haïr »* les candidats en raison de leur nationalité.
La chanteuse Felicia a quant à elle déclaré à la télévision suédoise qu’Israël * »ne devrait pas être là [à l’Eurovision]. Il y a beaucoup de meurtres qui continuent, je ne pense pas que ça soit une bonne chose »*. Une déclaration qui lui a valu un rappel du règlement par l’UER. * »J’ai fait savoir que j’avais mon opinion et que je n’hésiterais pas à l’exprimer »*, a insisté la Suédoise dans une interview au journal Aftonbladet.
*Un article écrit par Pierre Godon, publié le 30 avril 2026 à 07h34.*

