Belgique

Commission d’enquête sur l’audiovisuel public : 5 questions après 6 mois.

Le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public français, publié le 5 mai 2026, suggère de « réduire d’un tiers le budget des sports de France Télévision », ce qui pourrait entraîner « 50 millions d’euros d’économies par an ». Charles Alloncle, le rapporteur, propose également de « modifier le mode de désignation des dirigeants de l’audiovisuel public pour qu’ils soient nommés par le président de la République ».


« Il semblerait, en synthèse, que notre audiovisuel public soit inadapté aux enjeux de notre époque », affirme Charles Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public français, à l’issue de six mois d’auditions souvent intenses. Son rapport, publié ce mardi matin, met fin à une période marquée par des interrogations, des insinuations et des controverses touchant France Télévision et Radio France.

Pourquoi cette commission d’enquête a-t-elle été mise en place ? Comment se sont déroulées les auditions ? Que contient le rapport final ? Quels en étaient les objectifs réels ? Et quelles pourraient être ses suites ? Voici cinq questions clés pour mieux comprendre cette commission d’enquête sur l’audiovisuel public en France.

### 1. Pourquoi cette commission d’enquête ?

Cette commission sur l’audiovisuel public a été instaurée le 28 octobre 2025, grâce à une « niche parlementaire ». Celle-ci permet à chaque parti d’opposition de soumettre une question ou une loi à l’Assemblée nationale alors que l’ordre du jour est généralement fixé par le gouvernement.

Le 28 octobre 2025, c’était au tour de l’Union des Droites pour la République (UDR), parti d’Éric Ciotti allié au Rassemblement national (RN), de demander la création d’une commission sur l’audiovisuel public.

Cette demande fait suite à une polémique relancée par les médias d’extrême droite, ayant diffusé une vidéo où deux journalistes de Radio France et France Télévisions, Thomas Legrand et Patrick Cohen, sont filmés à leur insu partageant un café avec des membres du Parti socialiste. Un extrait d’une minute a été diffusé par le magazine L’Incorrect, qui vise à rapprocher la droite et l’extrême droite.

### 2. Comment se sont déroulées les auditions ?

Les auditions, qui ont commencé le 12 novembre 2025 et se sont achevées le 27 avril 2026, ont vu 234 personnalités de l’audiovisuel interrogées pendant 200 heures. Parmi les auditionnés figuraient la patronne de France Télévisions, Delphine Ernotte, les présentateurs de journaux télévisés Laurent Delahousse et Léa Salamé, ainsi que plusieurs journalistes et anciens dirigeants de France Télévisions et Radio France.

Ces séances ont été marquées par des échanges parfois tendus entre Charles Alloncle et les personnes auditionnées. Alloncle a notamment été accusé d’avoir déjà rédigé ses conclusions avant même la fin des auditions. Le président de la commission a même dû suspendre les travaux pour établir de nouvelles règles interdisant au rapporteur de commenter les auditions en direct et de diffuser ses opinions personnelles dans les médias.

### 3. Que contient le rapport final ?

Le rapport, dont la publication a été fortement débattue, propose 70 recommandations, parmi lesquelles la réduction d’un tiers du budget des sports de France Télévisions, permettant ainsi d’économiser 50 millions d’euros par an. D’autres propositions incluent la fusion de chaînes et la réorganisation de certaines émissions.

Charles Alloncle a également recommandé d’instaurer un devoir de réserve renforcé pour les personnalités de l’audiovisuel public et a suggéré que les dirigeants soient nommés par le président de la République, après avis des commissions parlementaires.

Delphine Ernotte a dénoncé dans un communiqué un « rapport à charge », indiquant qu’il est devenu un terrain de « procès politique ».

### 4. Quel était réellement l’objectif de cette commission ?

Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a exprimé ses doutes sur la bonne foi de certains membres, notamment concernant le souhait de privatiser l’audiovisuel public. Il a souligné que l’extrême droite pourrait chercher à préparer l’opinion publique en faveur d’une telle privatisation, ce qu’il a regretté.

### 5. Quelles suites à ce rapport ?

Le rapport, bien qu’il ait été voté pour publication, pourrait ne pas entraîner de changements substantiels, selon le spécialiste des médias Frédéric Antoine. Bien qu’il ne préconise pas explicitement la privatisation de l’audiovisuel public, cela reste un sujet dans le programme du RN. Un débat se dessine donc entre le renforcement ou la réduction de l’audiovisuel public, avec des économistes et des acteurs politiques plaidant pour sa légitimité et son avenir dans le paysage médiatique français.