À la galerie Selma Feriani : Corps, matière et perception en débat
Une double exposition s’est ouverte au public à Tunis depuis le jeudi 30 avril 2026, réunissant les expositions personnelles Steel Genetics de Jessica Boubetra et A Never-Ending Masquerade de Dora Dalila Cheffi, commissariée par Racha Khemiri. Les œuvres de Jessica Boubetra, générées par modélisation 3D paramétrique et imprimées en céramique, sont retravaillées manuellement, tandis que l’exposition de Dora Dalila Cheffi mobilise peinture, vidéo et installation dans un ensemble de compositions visuelles.
Deux propositions personnelles explorent, chacune à leur manière, les relations entre corps, image et transformation. Steel Genetics et A Never-Ending Masquerade, réunies dans un espace principal et une mezzanine, illustrent des processus où se rencontrent technologie, perception et matérialité.
La Presse — À Tunis, une double exposition est ouverte au public depuis le jeudi 30 avril 2026, rassemblant deux expositions personnelles occupant des espaces distincts. Dans l’espace principal, Jessica Boubetra présente Steel Genetics. En mezzanine, Dora Dalila Cheffi propose A Never-Ending Masquerade, une exposition curatée par Racha Khemiri.
Au cœur de la pratique de Jessica Boubetra, la science-fiction est envisagée comme méthode et cadre conceptuel. Les œuvres de Steel Genetics sont générées par modélisation 3D paramétrique, à l’aide de logiciels reposant sur des paramètres mathématiques plutôt que sur une approche visuelle directe. Des algorithmes créent ainsi des formes organiques selon une logique computationnelle. Ces structures numériques sont ensuite matérialisées par impression céramique 3D.
Une fois produites, ces formes subissent une phase de transformation manuelle. L’artiste décompose les éléments imprimés, qu’elle traite comme des fragments. Ceux-ci sont ensuite retravaillés selon une méthodologie artisanale et tactile : chaque composant est modelé, lissé et ajusté à la main. Les éléments en céramique sont cuits en biscuit, puis émaillés, les couleurs développées individuellement. L’ensemble est recomposé par collage sculptural, donnant lieu à des formes hybrides issues d’un processus alliant calcul numérique et intervention manuelle.

Née en 1989, Jessica Boubetra vit et travaille à Paris. Sa pratique se situe à l’intersection de l’artisanat et du numérique, notamment grâce à la céramique imprimée en 3D. Ses œuvres résonnent avec des thématiques de science-fiction, où la technologie prolonge le monde naturel. Elles interrogent la matérialité, la mémoire et le corps dans des contextes où les avancées technologiques redéfinissent ces notions. Ses sculptures peuvent être perçues comme des artefacts d’environnements spéculatifs, où la croissance naturelle est médiatisée par des procédés numériques, soulevant des questions sur le « naturel » dans un cadre post-numérique.
En mezzanine, A Never-Ending Masquerade de Dora Dalila Cheffi se déploie comme un ensemble d’œuvres alliant peinture, vidéo et installation. L’exposition se caractérise par une atmosphère où les formes et les corps se détachent de structures fixes et de certitudes anatomiques. Les compositions mettent l’accent sur le ressenti et introduisent des espaces légèrement désaxés, parfois comprimés, comme si les éléments avaient été ajustés pour coexister dans un même champ.
Les images se construisent par superposition de couches chromatiques. Les arrière-plans apparaissent denses, parfois peu lisibles, avec des combinaisons de couleurs qui tendent vers une accumulation avant d’atteindre un point d’équilibre. Les figures semblent animées par une temporalité diffuse, comme recouvertes d’une fine pellicule, tout en préservant la persistance de leur empreinte.
Née en 1990 à Helsinki, Dora Dalila Cheffi vit et travaille entre Helsinki et Tunis. Sa pratique englobe la peinture, la vidéo et l’installation. Formée en éducation artistique à l’Aalto University School of Art, Design and Architecture, où elle a également étudié la sculpture et la peinture, elle a progressivement développé une approche centrée sur la traduction de l’observation et de l’expérience immédiate en images. Son travail se distingue par l’usage de couleurs et de formes qui structurent des compositions issues de perceptions directes.
L’exposition en mezzanine est curatée par Racha Khemiri, dont la pratique aborde des questions de recherche portant sur l’histoire, la représentation et la mémoire critique. Issue d’une formation en langue, littérature et civilisation anglaises à la faculté des Sciences humaines et sociales de Tunis, elle développe un travail influencé par des perspectives féministes et critiques, mobilisant la littérature, la philosophie et les archives comme cadres de réflexion.
Cette double exposition réunit deux démarches distinctes qui engagent des processus de transformation — liés à la matérialité, à l’image ou à la perception — et propose une mise en relation entre des pratiques interrogeant les conditions de production et de lecture des formes contemporaines.
