Voile : « On rêve tous d’un F1 : Drive to Survive », vers un succès médiatique pour la course au large.
La course au large connaît un renouveau avec la sortie d’Ultim, au-delà des limites, sur Novo 19 et Prime, ainsi que la présentation au festival de Canneseries de Vendée Globe, seuls autour du monde. Le SailGP, championnat de catamarans volants, est diffusé en direct par Canal+ depuis 2021 et les bateaux y filent à 100 km/h.
Elle a un peu perdu de sa superbe, l’image des passionnés de mer de la course au large. Le marin solitaire et taciturne, avec sa chevelure en bataille sur un quai après de longs mois passés en mer avec les oiseaux, les étoiles et les poissons volants comme seules compagnies, appartient désormais au passé. Aujourd’hui, les bateaux progressent plus vite que les poissons et le vent, laissant de côté les clichés traditionnels. Ce constat est renforcé par la sortie d’Ultim, au-delà des limites, sur Novo 19 et Prime, ainsi que par la présentation au festival de Canneseries de *Vendée Globe, seuls autour du monde*. Deux séries télévisées qui illustrent la course au large sous divers angles.
Ce renouveau est salutaire pour un sport extrême toujours en quête de fraîcheur, dont l’économie repose sur le sponsoring, donc sur l’exposition médiatique. Une approche qui a réussi à la Formule 1, un autre sport automobile, avec le succès de *Drive to Survive* depuis 2019.
### « On rêve tous d’un « Drive to Survive » de la course au large »
« Effectivement, on rêve tous d’un “Drive pour survivre”, confie à *20 Minutes* Julie Coutts, directrice générale d’OC Sport, promoteur notamment de la Route du Rhum. Il y a de nombreuses similitudes avec la F1 : la performance humaine, la haute technologie, les enjeux financiers, et tout un récit qui, raconté sous forme de série, peut prendre une autre dimension — les rivalités, les secrets technologiques, les coulisses… » « Cela a redonné un coup de jeune et du dynamisme à la F1 », constate également Thomas Ruyant, tenant du titre de la Route du Rhum en Imoca, et l’un des six skippeurs et skippeuses de la série filmée lors du Vendée Globe 2024 dans *Seuls autour du Monde*, produite par Red Bull et France TV. « Ce qui est certain, c’est qu’il y a beaucoup d’histoires à raconter, en particulier tout ce qui se passe en coulisses, qui est assez fascinant. Qu’un acteur comme Red Bull s’engage dans un tel projet est un bel encouragement », se réjouit le skippeur, actuellement à la recherche d’un nouveau sponsor après *Advens*.
« Une série sur les Ultim, qui représentent les F1 de la course au large, offre une perspective différente sur le sport et aide à en appréhender la complexité », ajoute Justine Mettreux, 8e du dernier Vendée Globe. « Tout ce qui procure de la visibilité à la course au large est positif, mais je me demande si une série comme celle-ci peut avoir autant d’impact que celle produite par Netflix auparavant », nuance la skippeure de TeamWork et de la Snef.
### Cockpits fermés, skippeurs casqués
L’aspect visuel de la voile a considérablement évolué ces dix dernières années. Les voiliers volent grâce à leurs foils et atteignent des vitesses proches de 100 km/h pour les Ultim. Les cockpits sont très protégés, voire fermés, et les postes de pilotage bénéficient d’écrans rétroéclairés affichant de nombreuses données telles que les vitesses, les directions et les forces du vent. « L’apparition des foils en monocoque a contribué à transformer l’image de ce sport. Les bateaux sont plus rapides, plus puissants, ce qui rend cette discipline encore plus physique et engagée », explique Thomas Ruyant.
Et l’esthétique à l’écran s’en trouve améliorée : « C’est un sport incroyablement stimulant qui a très peu été représenté », ajoute Frédéric Joly, directeur du Brand content chez Mediawan, qui a coproduit avec Actual *Ultim, au-delà des limites*. « Ce n’est pas seulement une série sportive, mais une aventure humaine qui vise, espérons-le pour Actual, à élargir son audience. »
### Le SailGP et ses catamarans à 100 à l’heure
Pendant que la course au large prépare ses grandes narrations télévisuelles, une nouveauté dans le domaine de la voile sportive a déjà fait ses preuves depuis 2021 : le SailGP, championnat de catamarans volants, diffusé en direct par Canal+. Les manches, très succinctes, se déroulent à proximité des côtes et du public, qui peut s’installer sur des tribunes à Saint-Tropez, Sydney, San Francisco ou Plymouth. Les embarcations atteignent les 100 km/h, avec des accélérations surprenantes, des dépassements spectaculaires, et parfois des collisions. De plus, selon une interview publiée dans le magazine *Yacht* avec Russel Coutts, le fondateur de la série, la moitié des équipes opéreraient de manière rentable.
« J’adore. Ils ont réussi à rendre ce sport très visuel et accessible à tous. Cependant, le SailGP et la course au large demeurent deux disciplines très distinctes, même s’il existe des passerelles technologiques. Les courses au SailGP sont beaucoup plus courtes, alors que les miennes peuvent durer jusqu’à 80 jours », souligne Thomas Ruyant.
### « Peut-être une poésie qui n’existe pas en F1 »
Les limites de la comparaison avec la F1 se situeraient ici. « Ce qui fait rêver les gens en F1, c’est que les voitures atteignent 300 km/h alors que vous conduisez une Twingo », estime Jean-Paul Mouren, skippeur d’un peu plus de 70 ans comptabilisant près de 30 participations à la Solitaire du Figaro. « En bateau, il y a quelque chose de l’ordre du déraisonnable, de l’homme qui défie la nature. Peut-être une élégance, une poésie qui n’existe pas en F1. » Cette poésie, qui a participé à forger la légende des courses au large à la fin des années 1980, sera-t-elle étouffée par les récentes évolutions médiatiques et sportives, où les skippers et skippeuses sont désormais plus souvent des ingénieurs que des écrivains, et où les équipiers sont autant vidéastes que marins ? « Il y aura toujours une place pour le plus poétique des marins, espère Jean-Paul Mouren. Ce sera lui ou elle qui capturera l’attention médiatique pour continuer à participer aux courses », envisage encore le Marseillais.
Capturer l’attention médiatique, telle est la meilleure planche de salut pour les acteurs des grandes courses au large. Ce qu’exprime Julie Coutts : « Un produit mieux marketé, avec un large public, cela attire les partenaires. La voile était difficile d’accès pour le grand public, avec une forte culture du marin solitaire et taciturne. Mais nous sommes désormais à une nouvelle époque et nous avons compris qu’il est nécessaire d’exister dans la production de contenus, d’images et de vidéos. » Autrement dit : suivre le vent.

