France

Superprofits de Total : entre indifférence et indignation des automobilistes

Le groupe Total a annoncé un bénéfice record de 5 milliards d’euros pour le premier trimestre 2026, en croissance de 51 % sur un an. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a déclaré qu’une redistribution pouvait être envisagée en cas de résultats exceptionnels, sans se montrer décidé concernant une taxe ponctuelle sur les superprofits.


« On apprend à vivre comme ça », se contente de dire Bilel, qui vient faire le plein de son fourgon de travail à la station Total de l’Estaque, à l’entrée de Marseille, près de l’A55. Peu touché par l’annonce du groupe Total concernant un bénéfice record de 5 milliards d’euros pour le premier trimestre 2026, en hausse de 51 % par rapport à l’année précédente en raison de l’augmentation des prix des carburants, le jeune homme reste fataliste : « Ils ont toujours fait des profits, en profiteront toujours et juste en ce moment, ils en profitent fortement. »

« C’est bien, non ? Une entreprise française en pleine croissance et santé ? », ajoute avec ironie Foued, qui parcourt 50 km chaque jour pour se rendre au travail. « L’aide de l’Etat de 50 euros, c’est déjà ça. Mais là ce n’est pas normal. Et je ne parle pas seulement des bénéfices de Total : les profits, plus les taxes de l’Etat et la TVA par-dessus tout… Non, c’est trop. »

De nombreux automobilistes pas informés

Cette colère est partagée par Arsnel et Isma, qui accusent Total d’être des « profiteurs de crise. Ils nous font les poches, avec la complicité du gouvernement. Il faut les taxer sur leurs superprofits », demandent le couple franco-espagnol venu faire le plein de leur Clio. « Entre les prix bloqués et les petits avantages de la carte de Total, je trouve ça pas mal. Et il est vrai qu’ils font plus d’argent en ce moment, mais c’est bien joué à eux », répond Christine.

Avec son véhicule fonctionnant au GNL (1,09 le litre, + 8 cts depuis février), la quinquagénaire, « davantage choquée par les stations qui affichent des prix à 2,40 ou 2,50 euros le litre de gazole », est en effet la seule à sourire dans cette station Total, qui reste pleine toute la matinée. Nombreux sont ceux qui ignorent l’évolution des bénéfices et se contentent d’observer la hausse continue des prix des carburants. « Presque tout le monde fait du profit, non ? », évacue Aron, étudiant en soins infirmiers de 21 ans.

L’annonce par Total de son bénéfice record et de la distribution d’un acompte sur dividende de 90 cents (en hausse de 6 %) pour chacune des 2,2 milliards d’actions en circulation a suscité de vives réactions au sein de la classe politique. Interrogé sur une éventuelle taxe ponctuelle sur les superprofits, le Premier ministre Sébastien Lecornu n’a pas écarté l’idée, sans pour autant se montrer décidé. « S’il y a des résultats exceptionnels, cela pose la question d’une redistribution », a-t-il déclaré. Total a répondu que son blocage des prix à la pompe constituait déjà une forme de redistribution.