Maroc

L’appel implicite de la Banque mondiale à des réformes profondes.

La Banque mondiale indique que « le Maroc pourrait générer 1,7 million d’emplois de plus d’ici 2035 et augmenter son PIB réel de près de 20 % au-dessus du niveau de référence ». Selon l’organisme international, les réformes actuelles sont jugées insuffisantes ou incomplètes et nécessitent une accélération sur des chantiers sensibles tels que ceux du marché du travail et de l’éducation.


« Le Maroc pourrait générer 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035 et augmenter son PIB réel de près de 20 % au-dessus du niveau de référence », selon des rapports analytiques publiés par la Banque mondiale le mardi 28 avril. L’institution financière internationale souligne que « ce potentiel ne se concrétisera que si un programme de réformes ambitieux est mis en œuvre ».

Ces rapports, rédigés en collaboration étroite avec le gouvernement marocain, non seulement fournissent des données probantes et une feuille de route pour réaliser cette transformation, mais renvoient également plusieurs messages implicites très clairs.

Le principal message de ces documents, intitulés « Rapport sur la croissance et l’emploi au Maroc » et « Diagnostic du secteur privé au Maroc », est un appel explicite à des réformes structurelles profondes.

Bien que exprimées de manière diplomatique, il est évident que l’organisme juge les réformes actuelles insuffisantes ou incomplètes, suggérant de faire avancer des chantiers sensibles tels que le marché du travail, l’éducation, la concurrence, le rôle de l’État et le climat des affaires.

Pour mieux comprendre la portée de ce message, il est pertinent de rappeler une déclaration similaire du Fonds monétaire international (FMI) en mars dernier, qui avait exhorté le Maroc à accélérer les réformes du marché du travail pour encourager l’emploi durable. Dans un ton tout aussi diplomatique, le FMI avait également réitéré des recommandations sur ce sujet à la suite d’une mission dirigée par Laura Jaramillo, effectuée du 29 janvier au 11 février au Maroc, appelant à davantage de réformes liées au marché du travail.

Le deuxième message implicite souligne que l’économie marocaine a un potentiel important de progrès, mais qu’elle n’exploite pas encore pleinement ses capacités en matière de productivité, d’emploi et d’investissement.

Selon les auteurs des rapports, bien que l’économie marocaine ait réalisé des avancées significatives, « la croissance ne s’est pas encore traduite par une création d’emplois à la hauteur des besoins, en particulier pour les femmes et les jeunes ».

Pour illustrer la situation, la Banque mondiale rappelle qu’« entre 2000 et 2024, la population en âge de travailler a progressé près de 2,5 fois plus vite que l’emploi. Alors que 40 % des industries évoluent dans un environnement peu concurrentiel, les entreprises peinent à se développer et à accroître leur productivité. Le taux d’activité des femmes demeure parmi les plus faibles au monde, malgré une amélioration de leur niveau d’études, et continue de s’éroder ».

Le troisième message suggère que la croissance actuelle est insuffisante. L’organisme international indique que le scénario actuel (sans réformes majeures) conduirait à une croissance plus faible, ce qui signifie que la trajectoire actuelle est considérée comme perfectible, voire limitée.

Dans son Rapport sur la croissance et l’emploi, l’institution met en lumière les contraintes structurelles et formule des recommandations stratégiques autour de quatre axes : des marchés plus efficaces et compétitifs, des entreprises plus dynamiques, des investissements publics à fort impact et des marchés du travail plus inclusifs qui se renforcent mutuellement.

Selon les experts de l’organisme, la création d’emplois supplémentaires à l’horizon 2035 et 2050, ainsi que la hausse du PIB réel au-dessus du niveau de référence, permettra de transformer « les ambitions du Nouveau modèle de développement en une trajectoire atteignable ».

Pour Ahmadou Moustapha Ndiaye, directeur de division à la BIRD pour le Maghreb et Malte, « le Maroc a construit des bases solides et, grâce aux recommandations du Rapport sur la croissance et l’emploi, le Royaume peut aller encore plus loin, créer des millions d’emplois, approfondir les investissements privés et créer de réelles opportunités pour les femmes et les jeunes. Le Groupe de la Banque mondiale s’engage pleinement dans cette entreprise aux côtés du Maroc ».

En définitive, le message total n’est pas uniquement que « le Maroc peut réussir », mais que le pays pourrait faire beaucoup mieux qu’aujourd’hui, ce qui dépendra de décisions politiques difficiles et rapides.