France

1er-Mai : La figure de Jeanne d’Arc ne disparaît pas au Rassemblement national

Ce jeudi, le Rassemblement national organise un grand meeting à Mâcon, en Saône-et-Loire, à l’occasion du 1er-Mai. En 2023, l’événement du 1er-Mai prend le nom de « Fête de la Nation » pour mieux s’écarter des années de polémiques.


Ce jeudi, le Rassemblement national réunit ses membres à l’occasion du 1er Mai : Jordan Bardella et Marine Le Pen organisent un grand meeting à Mâcon, en Saône-et-Loire. Depuis plusieurs années, le RN a décidé de remplacer son traditionnel défilé parisien en hommage à Jeanne d’Arc par la « Fête de la Nation ». Bien que l’hommage principal à la « pucelle d’Orléans » ne soit plus la priorité du mouvement, sa figure continue d’apparaître dans les discours et les célébrations des héritiers du Front national.

### Rompre avec « le Menhir »

En 2016, le Rassemblement national choisit de se distancer de la tradition établie par Jean-Marie Le Pen depuis 1998. L’année précédente, en 2015, cet événement avait été profondément perturbé, marqué par l’interruption d’activistes Femen, des agressions de journalistes et le retour inattendu de Jean-Marie Le Pen, qui avait été écarté par sa fille. Vêtu d’une parka rouge, le « Menhir » s’était montré sur scène pour être acclamé par le public après avoir lancé un « Jeanne, au secours ! » devant la statue de la « sainte » à la place des Pyramides. Face à cet épisode chaotique, la direction du parti avait décidé, l’année suivante, d’organiser un « banquet patriote » porte de la Villette. Ce changement avait été qualifié de « rupture considérable avec la ligne du FN » par le fondateur du mouvement.

« Il y a eu une volonté de rompre avec le passé incarné par Jean-Marie Le Pen. Mais également d’abandonner un événement souvent émaillé d’incidents parfois violents, impliquant des groupuscules tels que des skinheads, dont l’une des violences avait conduit à la mort de Brahim Bouarram », rappelle Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès. Le 1er Mai 1995, ce Marocain de 29 ans avait perdu la vie après avoir été poussé dans la Seine par des militants d’extrême droite en marge du défilé.

Dès 2023, l’événement du 1er Mai adopte le nom de « Fête de la Nation » afin de se démarquer de ces périodes controversées. « C’est beaucoup plus rassembleur, beaucoup plus large. L’hommage à Jeanne d’Arc s’adressait surtout aux catholiques et à un électorat plus « conservateur ». La Fête de la Nation, c’est la fête de tout le monde. Cela correspond bien au slogan « ni droite, ni gauche » défendu par Marine Le Pen », ajoute le spécialiste de l’extrême droite.

### Jeanne d’Arc au second plan ?

Jeanne d’Arc est-elle donc délaissée par le parti ? « Pas du tout, nous y tenons beaucoup, c’est un très beau symbole », défend Julien Odoul, député RN de l’Yonne. Il souligne que Jeanne d’Arc est une héroïne du roman national, une figure de résistance, un symbole du patriotisme, et une enfant du peuple dédiée à la libération du pays. Elle incarne des valeurs très fortes », ajoute le porte-parole du mouvement, qui lui rend hommage chaque année dans sa circonscription.

En 2023, lors de la première « Fête de la Nation » au Havre, Marine Le Pen et Jordan Bardella s’arrêtent à Bonsecours, près de Rouen, pour déposer des fleurs devant le monument dédié à Jeanne d’Arc. Toutefois, la « pucelle » ne figure plus au centre des événements du 1er Mai au RN. Sa présence est évoquée dans les discours, mais souvent au détour d’une phrase, comme durant le meeting du 1er Mai 2025 où le président du RN déclare : « Jeanne n’est pas seulement une figure de l’Histoire de France, c’est une leçon de courage que le temps n’a pas effacée ». Marine Le Pen pour sa part évoque « l’une des pages les plus extraordinaires de notre Histoire nationale ».

Cette mise à l’écart incite Marion Maréchal à organiser son propre hommage annuel à Jeanne d’Arc à partir de 2024 dans le village de Domrémy-la-Pucelle, son lieu de naissance dans les Vosges. Elle « reprend le flambeau lorsque le RN choisit le renoncement au nom de la dédiabolisation », justifiait à l’époque un proche à Radio France.

Pour annoncer l’événement de ce vendredi, Marine Le Pen a diffusé une vidéo sur X : « Nous serons à Mâcon avec Jordan Bardella pour un grand meeting populaire. Nous y célébrerons le travail, le mérite, la solidarité, et aussi, Jeanne d’Arc ! », déclare-t-elle. Bien que reléguée en fin de liste, la « pucelle d’Orléans » conserve donc sa place dans l’échiquier symbolique du RN, preuve que le parti n’entend pas abandonner ses emblèmes historiques.