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Hugues Dayez : « Le Diable s’habille en Prada 2 », inventive 20 ans plus tard.

Dans le film « Le Diable s’habille en Prada 2 », Andrea Sachs, incarnée par Anne Hathaway, devient journaliste après avoir été assistante de Miranda Priestley. « Die my love », réalisé par Lynne Ramsay, a été présenté au Festival de Cannes 2025, mais n’a pas été récompensé par le jury.

Le Diable s’habille en Prada 2

Petit rappel des faits : dans le film originel, on suivait les premiers pas d’Andrea Sachs (Anne Hathaway), aspirante journaliste qui devenait presque par hasard l’assistante de l’impitoyable Miranda Priestley (Streep), déjà servie par une première assistante, Emily (Emily Blunt). Heureusement, Andrea pouvait compter sur la bienveillance de Nigel (Stanley Tucci), fidèle bras droit de Miranda, pour tenter de déjouer toutes les chausse-trapes du monde de la mode. Ce « Cendrillon au pays de la fashion week« , enlevé et spirituel, avait connu un énorme succès critique et public.

A Hollywood, l’idée d’une suite surgit ; mais dans le monde des grosses productions, tout prend du temps. D’autant plus que Meryl Streep est la plus difficile à convaincre : elle a pour principe de ne jamais jouer deux fois le même personnage (elle a fait une exception pour la suite de « Mamma Mia ! », mais n’y faisait qu’une apparition). Néanmoins, le miracle s’est produit : les producteurs et le réalisateur David Frankel ont réussi à réunir, vingt ans plus tard, les quatre stars du film originel.

« Le Diable s’habille en Prada 2 » © DR

L’intelligence de la scénariste Aline Brosh McKenna (qui ne s’est pas basée sur le deuxième roman de Weisberger) est d’avoir écrit un script à 100% ancré dans notre époque. Andrea a réalisé son rêve, elle est devenue journaliste, mais elle est victime d’un licenciement collectif (cf. la crise, réelle celle-là, du Washington Post). Elle parvient à se faire embaucher comme rédactrice à Runway, mais le titre traverse une période de turbulence : les magazines en papier glacé, à l’heure du scrolling sur les Iphones, n’ont plus la cote, nombreux estiment que Miranda Priestley a fait son temps, des économies drastiques sont exigées par les nouveaux dirigeants, et Runway risque d’être racheté par un milliardaire inculte et vulgaire… Bref, rien ne va plus. Que vont devenir Andrea, Miranda, Nigel et Emily dans cette tempête ?

Streep, Hathaway, Blunt et Tucci retrouvent avec aisance leurs personnages respectifs comme s’ils ne les avaient jamais quittés, le réalisateur les retrouve avec plaisir, et la scénariste cisèle ses dialogues pour traduire la mélancolie de l’ancienne génération face aux « nouvelles tendances ». Donner une suite à un succès vingt ans plus tard ? Le défi était de taille, il est relevé avec élégance.

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Die my love

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« Die my love », c’est le portrait d’un jeune couple : Grace (Jennifer Lawrence) et Jackson (Robert Pattinson) fuient l’agitation de New York pour s’installer au cœur de la nature dans un ranch du Montana, que Jackson a hérité de son père défunt. Sa tante (Sissy Spacek) et son oncle (Nick Nolte) vivent non loin de là… Grace est enceinte, vit bien sa grossesse, mais peu après la naissance de son bébé, elle sombre dans une dépression post-partum, et supporte de plus en plus mal l’isolement du ranch. Elle se sent incomprise, Jackson se sent impuissant, et le couple se délite, dans des disputes de plus en plus violentes…

Derrière la caméra, la cinéaste écossaise Lynne Ramsay, à qui on doit le drame très puissant « We need to talk about Kevin », a choisi une narration éclatée pour épouser au plus près le trouble et le mal-être de Grace, incarnée avec une énergie impressionnante par Jennifer Lawrence, qui se dépense sans compter dans ce rôle exigeant. Hélas, cette narration délibérément très chaotique donne rapidement au spectateur le sentiment pénible que le film tourne en rond, et met sa patience à rude épreuve.

« Die my love » était un des films très attendus du Festival de Cannes 2025. Il n’a alors séduit ni le jury, qui ne l’a pas récompensé dans son palmarès, ni toute une frange importante de la critique internationale. Lorsque la saison des prix a débuté à l’automne dernier, Jennifer Lawrence a certes décroché une nomination aux Golden Globes, mais le film a été totalement ignoré aux Oscars. C’est une déception pour Jennifer Lawrence (qui pour l’anecdote était réellement enceinte pendant le tournage et qui a coproduit le film). Vu l’accueil très mitigé, « Die, my love » sort donc enfin en France, ironie du sort, près d’un an après sa présentation en première mondiale à Cannes. Reste à espérer que Lawrence, qui traverse une période difficile dans sa carrière, prenne bientôt sa revanche : elle sera au générique de « What happens at night », le prochain film de Martin Scorsese avec Leonardo Di Caprio… Il ne reste plus qu’à croiser les doigts.

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Sauvons les meubles

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Lucile (Vimala Pons), photographe indépendante souvent débordée de travail, est forcée de prendre une pause : sa mère, qui tient une petite boutique de vêtements en Provence, est en phase terminale d’un cancer, et son père est complètement dépassé par les événements. Quand elle retourne avec son frère Paul dans la maison familiale, elle revoit sa mère en plein déni, et surtout elle fait un constat très préoccupant : pour se maintenir à flot, sa mère a accumulé les dettes les plus insensées…

La réalisatrice Catherine Cosme dépeint une situation inextricable qui sent le vécu : comment Lucile va-t-elle à la fois pouvoir affronter son deuil et les énormes problèmes financiers qui lui tombent dessus ? Mais si le postulat dramatique de son film fournit un excellent point de départ, encore faut-il l’enrichir et le développer pour fournir matière à un solide long-métrage… Mais ce n’est pas le cas : une fois les enjeux posés, l’action de « Sauvons les meubles » fait du sur-place. Si un bon sujet peut faire un bon film, l’inverse n’est pas vrai : un bon film se résume rarement à un bon sujet.

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Sukkwan Island

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Tom, qui vit difficilement sa séparation avec sa femme, veut à la fois découvrir de nouveaux horizons et renouer avec son fils de treize ans, Roy. Il prépare un projet ambitieux : emmener l’adolescent avec lui pendant un an, loin de tout, s’occuper de sa scolarité et aller vivre dans une cabane sur une île isolée, dans le Grand Nord. Mais entre son rêve et la réalité quotidienne, Tom va devoir déchanter : la vie sauvage est âpre, et les disputes avec Roy, qui supporte mal cet isolement, se multiplient… A quel prix faut-il assouvir un fantasme de pureté ?

A l’origine, « Sukkwan Island » est un roman de l’écrivain américain David Vann, couronné dans sa traduction française par le Prix Médicis étranger en 2010, et salué par la critique des deux côtés de l’Atlantique. Vladimir de Fontenay s’est risqué à l’adapter, avec Swann Arlaud (« Petit paysan », « Anatomie d’une chute ») pour incarner Tom. Si l’acteur ne démérite pas dans ce rôle difficile, le film déçoit. Manque d’ampleur dans les images, manque de souffle dans la narration. Il faut parfois accepter de ne pas toucher à certains livres…

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Marina, enfant adoptée, orpheline depuis l’enfance, doit chercher un certificat de naissance pour entamer ses études supérieures. Or un mystère entoure cette naissance, et pour le percer, elle est obligée de renouer avec les grands-parents de son père, un couple riche qui réside à Vigo, dans le nord-ouest de l’Espagne, sur la Côte atlantique. Le grand-père veut la soudoyer avec une grosse enveloppe « pour lui payer ses études » – en réalité, pour qu’elle cesse ses démarches et arrête de fouiller dans le passé familial – ce qui ne fait qu’exciter la curiosité de Marina.

La réalisatrice Carla Simon s’est inspirée de son propre vécu pour écrire cette quête d’identité. Si son portrait d’une vieille famille espagnole, réactionnaire et enferrée dans ses tabous et ses secrets, est très juste, la réalisatrice s’embarque ensuite dans un flash-back laborieux pour dépeindre ce que fut l’existence chahutée des parents de Marina. Cette longue partie démonstrative alourdit considérablement le film, et fait mine de dévoiler une clef du mystère… Que le spectateur avait deviné depuis belle lurette.

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Les critiques dans la Grande matinée de Musiq3

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Les chroniques de la Grande matinée, avec Hugues Dayez

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