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Au Nigeria, les jihadistes sahéliens persistent avant les élections

Le Nigeria fait face à un regain de violence de la part de groupes armés à l’approche des élections prévues en janvier prochain, avec des attaques ayant coûté la vie à des militaires hauts gradés au cours des derniers mois. Selon les données de l’ONG Acled, environ 4.518 personnes ont été tuées en 2025 dans des violences liées au jihadisme, un niveau inédit depuis 2015.


Le Nigeria fait face à une intensification de la violence de la part de groupes armés à l’approche des élections prévues l’an prochain. Des attaques dans le nord-est ont coûté la vie à des militaires de haut rang au cours des derniers mois. Les experts alertent sur l’enracinement de jihadistes étrangers dans l’ouest, en provenance des pays sahéliens.

La nation la plus peuplée d’Afrique rencontre de nombreux défis sécuritaires, entre une insurrection jihadiste qui dure depuis plus de 17 ans dans le nord-est, un conflit entre agriculteurs et éleveurs dans le centre, des violences séparatistes dans le sud-est, et des groupes armés appelés « bandits » qui pillent, tuent et kidnappent dans le nord-ouest.

Le président Bola Tinubu, candidat à sa réélection en janvier et dont une grande partie du programme politique repose sur de vastes réformes économiques, a récemment supervisé le déploiement de soldats américains dans le pays pour soutenir et former les forces armées nigérianes, alors que des flambées de violence attirent l’attention internationale.

« On observe une augmentation des violences, qu’il s’agisse de meurtres de civils, de militaires, et bien sûr d’enlèvements », a déclaré à l’AFP Mohammed Ali Ndume, sénateur de l’État de Borno (nord-est), épicentre de l’insurrection jihadiste. Environ 400 de ses administrés, originaires du village de Ngoshe, sont retenus en captivité par des jihadistes, enlevés plus tôt ce mois-ci, a-t-il ajouté.

Le conflit jihadiste au Nigeria a débuté en 2009 avec les attaques de Boko Haram, atteignant un pic il y a une dizaine d’années. Les forces de sécurité doivent maintenant faire face à de nombreuses factions jihadistes issues de scissions parfois rivales. Plusieurs chercheurs rapportent une recrudescence des violences au cours de l’année écoulée, marquée notamment par la mort de deux généraux de brigade durant les cinq derniers mois.

Deux attentats-suicides à Maiduguri, capitale de l’État de Borno, l’un dans une mosquée en décembre, ont marqué un retour des attaques urbaines mortelles que beaucoup d’habitants pensaient appartenir au passé. Selon l’ONG Acled, environ 4.518 personnes ont été tuées en 2025 dans des violences liées au jihadisme, un niveau inédit depuis 2015. Ce chiffre inclut civils, forces de sécurité, groupes armés et jihadistes.

N. Ndume a attribué en partie cette recrudescence des violences à des attaques « de représailles », survenues après la déclaration de l’état d’urgence en novembre, qui a vu « l’armée passer à la vitesse supérieure ». Pour Mike Ejiofor, ancien directeur de l’agence de renseignement intérieure du Nigeria, il est courant d’observer une recrudescence des attaques à l’approche des élections. Il ajoute que le gouvernement tente de contenir la situation, mais qu’il « reste à voir s’il en fait assez ».

Depuis 2019, la stratégie adoptée par le Nigeria, consistant à regrouper les forces armées dans des « super-camps » fortifiés, a laissé de larges zones rurales sans protection suffisante. Les jihadistes ont su s’adapter à ce système. L’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) réalise souvent des attaques contre ces villes-garnisons, utilisant des drones et des équipements de vision nocturne, selon plusieurs chercheurs.

Le gouvernement a entrepris certaines réformes, notamment la création d’un corps de gardes forestiers et la fin annoncée de la protection policière pour les responsables politiques et personnalités, souvent accusés de bénéficier de privilèges. Cependant, selon le chercheur Malik Samuel, cette dernière mesure « n’existe que sur le papier ».

En parallèle, des inquiétudes grandissantes concernent l’influence de groupes jihadistes sahéliens. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et l’État islamique au Sahel (ISSP), actifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger, étendent leur emprise dans l’ouest du Nigeria. Des vidéos récentes ont montré des affrontements dans l’État de Kebbi entre ces groupes, bien qu’aucune revendication officielle n’ait été faite. Les experts soulignent que ces organisations ont rarement reconnu publiquement leurs rivalités internes.

Selon Wassim Nasr, chercheur au Soufan Center, « les deux groupes sont libres de circuler et d’agir comme ils l’entendent » dans les régions frontalières entre le Niger, le Nigeria et le Bénin. Il note que l’ISSP cherche à renforcer ses liens avec l’Iswap, actif dans le nord-est du Nigeria.

James Barnett, chercheur sur les conflits nigérians et doctorant à l’Université d’Oxford, affirme que « chaque camp se sent relativement à l’aise dans cette région, au point d’avoir atteint une présence suffisamment solide pour défier d’autres groupes ». Toutefois, certains chercheurs estiment que la plus grande menace pour leur expansion pourrait ne pas provenir des forces de sécurité nigérianes. « La menace la plus importante pour chacun d’eux vient de l’autre », estime Wassim Nasr.