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C’est exceptionnel : la tomate cerise française ne fait pas le poids face à la marocaine.

Ronan Collet est producteur de tomates à Noyal-Châtillon-sur-Seiche, près de Rennes. En mars, une violente tempête a détruit des milliers d’hectares de serres dans la région de Souss-Massa, selon la presse locale.

« Le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres. » Ronan Collet, producteur de tomates à Noyal-Châtillon-sur-Seiche, près de Rennes, voit ses premières tomates cerises, plantées cet hiver, commencer à produire les petites boules rouges tant prisées par les consommateurs, qui adorent cette touche fruitée à l’apéritif.

Les tomates françaises, chauffées dans des serres alimentées au gaz, ne sont pas idéales d’un point de vue environnemental. Toutefois, elles répondent à une demande constante des consommateurs désireux de les savourer bien avant l’été. Si la France n’offre pas cette option, d’autres pays le feront à sa place. En effet, l’an dernier, près de 400.000 tonnes de tomates provenant du Maroc ont été importées. « Elles font de plus en plus concurrence à la tomate française en période de production », a reconnu le ministère de l’Agriculture.

Proposées à 99 centimes la barquette de 250 grammes, les tomates cerises marocaines ont peu à peu conquis leur public. Cependant, leur présence est plus discrète cette année, et la France compte bien en tirer parti.

La hausse du prix du carburant a-t-elle freiné les exportations de tomates nord-africaines ? Non. Les accords de libre-échange avec le Maroc, qui ont supprimé les droits de douane, ont-ils été annulés ? Non plus. La baisse de présence des tomates d’export est due aux conditions climatiques difficiles rencontrées au Maroc cet hiver. En mars, une tempête violente a ravagé des milliers d’hectares de serres dans la région de Souss-Massa, selon des médias locaux. Les intempéries, comprenant pluie, crues et grêle, ont exacerbé la situation. L’année précédente, des inondations avaient déjà causé de nombreux décès et fragilisé les cultures sous serre, entraînant l’apparition de maladies dans les exploitations.

Les répercussions sont déjà visibles au Maroc : la production a chuté et les prix des tomates ne cessent d’augmenter. Une rumeur concernant une interruption des exportations vers l’Europe a même circulé, bien qu’elle ait été démentie. « C’est exceptionnel ce qui leur arrive. Personne ne s’attendait à ça », admet Lauriane Le Leslé.

Une barquette bleu blanc rouge

La directrice de l’AOP Tomates et concombres de France ne se réjouit pas du malheur des producteurs marocains, mais elle est consciente que cette baisse de production pourrait bénéficier à son secteur. « On avait laissé le marché d’entrée de gamme aux Marocains. C’est à nous de le reconquérir. » L’année dernière, presque tous les producteurs de tomates sous serre ont lancé une « barquette souveraine » pour tenter de relancer leurs ventes. Proposée dans toute la France à 1,29 euro avec un packaging bleu blanc rouge distinctif, elle visait à rivaliser avec son homologue africaine. « C’était un lancement. Certaines enseignes nous ont suivies, d’autres non. Les résultats n’ont pas été spectaculaires non plus », note Ronan Collet, producteur et président de la coopérative bretonne Solarenn.

D'importantes inondations et intempéries ont frappé le Maroc cet hiver. Comme ici, dans la région de Sidi Slimane, dans le nord-ouest du Maroc, le 13 février 2026. Plus de 100.000 hectares avaient été inondés dans cette région très agricole.
D’importantes inondations et intempéries ont frappé le Maroc cet hiver. Comme ici, dans la région de Sidi Slimane, dans le nord-ouest du Maroc, le 13 février 2026. Plus de 100.000 hectares avaient été inondés dans cette région très agricole.  - Abdel Majid Bziouat/AFP

Environ 3.000 tonnes ont ainsi été vendues dans les rayons de la grande distribution sous cette barquette nommée « petit apéro français ». C’est une bonne chose, mais pas excellente. « Cette année, nous avons réussi à convaincre presque toutes les enseignes de nous suivre. Nous espérons doubler ou tripler les ventes cette année. Mais nous ne pouvons rien faire sans le soutien des distributeurs », ajoute Isabelle Georges, directrice de Solarenn.

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Basé près de Rennes, le cinquième plus gros acteur français admet que le début de saison est « très encourageant », d’autant plus en raison de la diminution de la concurrence marocaine. « Nous misons sur un engagement citoyen. Nous espérons que les consommateurs français feront un acte d’achat responsable, pas seulement cette année mais aussi les années suivantes », poursuit la directrice. En France, la tomate est le légume le plus consommé. Cependant, deux tomates sur cinq que nous consommons sont importées. « À l’ère de la souveraineté alimentaire, cela interroge », glisse Ronan Collet.