Belgique

Tous capables de boucler un marathon : vrai ou faux ?

Le marathon de Paris du dimanche 12 avril a réuni 57.464 coureurs, parmi lesquels 47% s’essayaient pour la première fois à cette distance. Arthur Nepper, qui a couru son premier marathon après six mois d’entraînement, a déclaré : « Je partais vraiment de rien et c’est surtout la motivation de se dépasser, d’avoir un objectif et de réaliser quelque chose qui n’est réalisé que par 1 ou 1,5% de la population. »


Est-ce que je suis capable de courir un marathon ? Cette question, tous les coureurs se l’ont probablement posée. Pourtant, derrière cette question apparemment simple, la réponse demeure complexe. Courir 42,195 km reste, dans l’imaginaire collectif, un défi exceptionnel.

Il y a quelques années, cette discipline était réservée aux sportifs expérimentés. Aujourd’hui, de nombreux débutants s’engagent dans cette aventure. Sur les réseaux sociaux, les récits de novices devenus marathoniens en quelques mois se multiplient. « Je partais vraiment de rien et c’est surtout la motivation de se dépasser, d’avoir un objectif et de réaliser quelque chose qui n’est accompli que par 1 ou 1,5% de la population », raconte Arthur Nepper, un étudiant qui a couru son premier marathon après six mois d’entraînement.

Le marathon de Paris, qui s’est tenu le dimanche 12 avril, illustre parfaitement cette tendance. Selon un rapport de l’application Strava, parmi les 57.464 coureurs, 47% se lançaient pour la première fois sur cette distance.

### Une accessibilité à nuancer

Si certains témoignages donnent l’impression que tout est possible, les experts appellent à la prudence. « Comme c’est un sport d’endurance, c’est accessible à tout le monde à partir du moment où on prend le temps et qu’on travaille », souligne Christopher Christiaens, coach sportif chez Coaching Zone.

En théorie, toute personne en bonne santé peut envisager de courir un marathon. En pratique, les conditions sont strictes. « Les points les plus importants ce sont la régularité, la progressivité et la patience. Si l’on part débutant, pour moi, il faut deux saisons d’entraînement », estime Christopher Christiaens.

« Il y en a qui y arrivent parce que les programmes sont remarquablement bien faits avec un dosage de l’effort qui permet d’atteindre cet objectif, même si l’on n’est pas coureur, en quatre mois. Mais il y en a aussi qui brûlent les étapes », nuance Gilles Goetghebuer, rédacteur pour le magazine de course à pied Zatopek.

De son côté, Arthur Nepper, ayant complété son premier marathon après six mois de préparation, reconnaît les limites de cette accessibilité. Son expérience, bien que réussie, a été couverte de blessures, de fatigue intense et d’une exigence physique soutenue.

### Une préparation exigeante

La préparation, bien qu’individuelle, doit se faire progressivement, surtout pour les débutants. Christopher Christiaens préconise une préparation en différentes phases : apprentissage de la course, puis progression vers les 5 km et 10 km, ensuite le semi-marathon, pour finir avec le marathon.

Il est crucial d’ »apprendre à courir » correctement. Ce qui peut sembler anodin est essentiel pour éviter les blessures. Les distances peuvent être franchies une à une. « Une fois qu’on est à l’aise avec les autres distances, il faut être capable de courir des semi-marathons régulièrement et donc d’avoir déjà effectué deux ou trois semi-marathons avant de s’engager dans un marathon », signale le coach.

Les experts recommandent un programme comportant plusieurs entraînements hebdomadaires, incluant des sorties longues pouvant atteindre 30 kilomètres. Cette préparation aide à habituer le corps à l’effort et à limiter les risques de blessures. Car ces risques sont bien réels : genoux, tibias, chevilles, etc. Les blessures sont fréquentes, en particulier chez les débutants qui augmentent trop rapidement leur charge d’entraînement.

### Le mental avant tout ? Pas toujours…

Le marathon est souvent perçu comme un défi avant tout mental, ce qui n’est pas totalement exact. « Le mental ne représente qu’une partie de la performance », rappelle le coach sportif, en évaluant son importance à environ 30%. L’essentiel repose sur les capacités physiques. Le corps doit être préparé à supporter des efforts prolongés et répétés.

Le fameux « mur », ressenti au 30e kilomètre, en est une illustration. À ce stade, la fatigue musculaire et mentale s’intensifie considérablement. « En fait, tu prends un énorme coup mental parce que ça fait plus de trois heures que tu cours. Et tu commences vraiment à avoir l’impression que tout commence à te lâcher. Les jambes te font de plus en plus mal. Tu sens que si jamais tu appuies trop fort dans une foulée, tu peux avoir une crampe, ce n’est vraiment pas facile, il faut s’accrocher », témoigne Arthur Nepper.

### Entre motivation personnelle et pression sociale

De Paris à Londres, en passant par Namur, la réussite du marathon s’inscrit dans une tendance plus large. La course à pied attire un nombre croissant d’adeptes. Selon Gilles Goetghebuer, cet engouement reflète une volonté de reprendre le contrôle de sa santé.

À cette dynamique s’ajoute l’influence des nouvelles technologies. « En course à pied, on a beaucoup progressé. Les chaussures sont de plus en plus performantes, les montres connectées aussi. On peut désormais tout savoir de sa vitesse, de ses moyennes, de ses distances et même de la puissance », souligne l’expert. Le marathon devient ainsi un défi visible et valorisé.

De plus, les motivations pour courir un marathon sont variées. Certaines relèvent d’un choix personnel : se dépasser, améliorer sa santé ou performer. Souvent liées à l’âge, certains coureurs considèrent le marathon comme leur Everest à eux. « Tous les alpinistes rêvent de faire l’Everest, et la plupart des coureurs rêvent de faire un marathon. Dans cette démarche, il y a une part d’objectifs raisonnés », constate Gilles Goetghebuer.

D’autres motivations sont influencées par l’environnement social. « Il faut distinguer les motivations intrinsèques et extrinsèques », explique le journaliste. Lorsque le projet est guidé par un effet de mode, notamment à travers les réseaux sociaux, la pression devient inévitable et le sentiment de comparaison qui en découle aussi. Le marathon peut alors se transformer en contrainte plutôt qu’en objectif personnel.

De plus, l’objectif n’est plus forcément la performance, mais simplement d’achever la course. Le récit d’Arthur Nepper illustre ce phénomène : « Je m’en souviendrai toujours, je commençais déjà à avoir des émotions aux 40e kilomètres, parce que je me disais, ça y est, je vais le finir. Après, tu passes le 41e, 42e et les 200 derniers mètres, c’était énormément d’émotions. Quand j’ai commencé en janvier, je partais vraiment de rien. J’étais un peu en surpoids, j’avais perdu près de 10 kilos pendant ma préparation. Et là je passe la ligne d’arrivée et c’est une sensation inexplicable. Il faut vraiment le vivre pour le comprendre. »