Tunisie

Tunisair : Un paradoxe persistant sur le tarmac

Selon le ministre des Transports, durant les quinze derniers jours, Tunisair n’a enregistré aucun retard. Le ministre a dessiné les contours d’une flotte de 21 appareils à l’horizon 2026.


Selon le ministre des Transports, au cours des quinze derniers jours, Tunisair n’a enregistré aucun retard. Cela mérite d’être célébré ! Pour ceux qui ont vécu les difficultés temporelles de notre compagnie nationale, cette statistique ressemble à une mélodie de ponctualité retrouvée, annonçant un redressement espéré. Devant les députés, le ministre a présenté un projet ambitieux : une flotte de 21 avions d’ici 2026. L’initiative est louable, la stratégie de développement est logique, et il est nécessaire de saluer ce désir de redonner de l’ampleur à notre transporteur historique.

Cependant, il ne faut pas se laisser emporter uniquement par la brillance des nouveaux appareils ou de ceux rénovés. Bien que l’augmentation du nombre d’avions opérationnels soit une bonne nouvelle, il est essentiel de poser les questions difficiles, celles qui ne se situent pas dans les nuages, mais sur le tarmac. Le véritable point faible de Tunisair, ce « point de rupture » où la mécanique de précision se dérègle, réside dans la gestion de ses ressources humaines, en particulier ces « petites mains » qui orchestrent le fonctionnement complexe au sol.

Élargir la flotte est une condition nécessaire, mais elle sera insuffisante sans une réforme de l’éthique des services au sol. Le problème est profond : il se trouve dans une culture d’absentéisme chronique, avec ces « congés de maladie » abusifs qui affaiblissent les équipes lors des pics d’activité, et dans la gestion parfois opaque des pièces de rechange. Peu importe d’avoir 21 avions si quelques « petits couteaux » de l’entreprise, par fatigue ou manque de professionnalisme, choisissent de quitter leur poste plus tôt ou prétextent une urgence domestique pour s’absenter.

À notre modestement avis, la restructuration dépend d’un équilibre délicat entre une flotte performante et des cadres qualifiés capables de rétablir une discipline rigoureuse. Il est nécessaire de rompre avec ce climat de morosité qui a trop longtemps miné Tunisair Handling ou Technics. Soutenir Tunisair aujourd’hui ne revient pas à minimiser ses efforts, mais à exiger que l’excellence opérationnelle promise par le ministre atteigne le dernier échelon de la chaîne logistique. Pour que la Gazelle retrouve son vol souverain, elle doit impérativement corriger ses faiblesses.