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Vincent Bolloré sous pression : conflit avec Grasset et offre colossale sur Universal Music Group

Le 21 avril, Vivendi tiendra son assemblée générale, date à laquelle un calendrier de réponse à l’offre de Bill Ackman sur Universal Music Group pourrait être dévoilé. Aujourd’hui, ni Vivendi, ni le groupe Bolloré, ni Tencent n’ont commenté l’offre, un silence qui nourrit les doutes sur sa faisabilité.


Le 21 avril, le groupe de médias Vivendi, également détenu par Bolloré, organisera son assemblée générale, au cours de laquelle un calendrier de réponse à l’offre de l’investisseur américain Bill Ackman concernant Universal Music Group pourrait être révélé.

Cette opération pourrait atteindre 55 milliards de dollars. Le fonds américain Pershing Square, sous la direction de Bill Ackman, cherche à acquérir le premier groupe musical mondial, qui compte parmi ses artistes Taylor Swift, Bob Dylan, Lady Gaga et Sting. Bill Ackman, un investisseur activiste reconnu à Wall Street, estime qu’Universal est sous-évalué en Europe. Cotée à Amsterdam depuis 2021, la société serait affectée, selon lui, par un marché trop limité et une gouvernance peu claire. Son projet consiste à transférer la cotation à New York par le biais d’une fusion financière et à offrir aux actionnaires un mélange de liquidités et d’actions.

**Vincent Bolloré, décisionnaire clé**

La galaxie Bolloré détient près de 28 % du capital d’Universal, soit directement soit par l’intermédiaire de Vivendi. En d’autres termes : sans son accord, aucune avancée n’est possible. Universal occupe une position particulière dans l’empire Bolloré. Ce n’est ni un média d’opinion, ni un outil idéologique, mais un pôle patrimonial : un actif global, extrêmement rentable, rapportant près de 300 millions d’euros de dividendes par an pour le groupe Bolloré. C’est une assise financière qui assure l’autonomie du reste de l’ensemble.

À l’origine, le groupe Bolloré s’est inscrit dans un capitalisme classique, à la fois industriel et financier. Son principal domaine d’expansion, pendant près de 30 ans, a été l’Afrique, avec des ports, des terminaux à conteneurs et des concessions ferroviaires à Abidjan, Dakar, Douala, Conakry, Lomé et Cotonou. Cette expansion se s’inscrit dans les grandes vagues de privatisations des années 1990, impulsées par le FMI et la Banque mondiale, dans des États fragilisés et dépendants.

Des enquêtes de Mediapart, dès 2009, ainsi que celles du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM), ont mis en lumière un système basé sur la rente, des liens étroits avec les pouvoirs politiques africains et français, et des contrats très favorables.

De l’infrastructure au transport, Bolloré contrôlait des corridors entiers de la richesse africaine.

**De l’industrialisme à l’influence**

En décembre prochain, Vincent Bolloré sera jugé à Paris, notamment pour corruption d’agent public étranger au Togo entre 2009 et 2011.

Aujourd’hui, il a dissocié son pôle africain, ayant cédé ses actifs portuaires à la compagnie maritime suisse MSC pour près de six milliards d’euros.

Le capitalisme industriel a fait place au capitalisme d’influence. Vincent Bolloré, catholique ultraconservateur, est convaincu que la civilisation chrétienne occidentale est menacée par l’immigration, l’islam et le féminisme. Ce changement idéologique a pour but de refondre la droite française, en promouvant la convergence entre une droite économique libérale et une extrême droite identitaire. Au service de cette croisade, les médias de l’univers Bolloré. CNews devient une chaîne de confrontation idéologique permanente, tandis que les éditions — Fayard, Grasset, Hachette — contribuent à structurer cette vision du monde sur le long terme, tant sur le plan culturel qu’intellectuel.

Aujourd’hui, l’empire Bolloré est organisé en pôles distincts : Universal pour la rentabilité financière ; Havas pour la communication et l’influence économique ; télévision, radio et presse écrite pour l’agenda médiatique.

**Universal, la pierre angulaire financière de Bolloré**

Universal n’est pas un outil idéologique. Elle représente le pôle financier et patrimonial qui assure la stabilité économique d’un groupe dont les autres activités.

Concernant l’opération menée par Bill Ackman, une cotation à New York soumettrait Universal à des règles de gouvernance beaucoup plus strictes, entraînant une pression accrue des actionnaires sur la rentabilité et la performance. Un cadre moins compatible avec le mode de contrôle discret et familial de Vincent Bolloré, ce qui limiterait sa capacité d’influence à long terme. Pour l’heure, ni Vivendi, ni le groupe Bolloré, ni Tencent, l’actionnaire chinois, n’ont commenté l’offre, un silence qui alimente les doutes sur sa faisabilité.