Vacances : Comptez les insectes sur votre plaque pour la science.
L’application Bugs Matter, lancée en France, permet de compter le nombre d’insectes qui s’éclatent sur les plaques d’immatriculation des voitures, avec l’objectif de quantifier leur population d’une saison à l’autre, de mi-avril à octobre. Vigie-Nature, co-porté par le Muséum d’Histoire naturelle, invite chaque année 50.000 personnes et 12.000 élèves à participer à divers programmes de collecte de données sur la faune.
« On se refusait à des programmes que nous trouvions un peu morbides, comme compter les animaux morts au bord des routes. Pourtant, l’idée de cette application est si géniale que nous avons décidé de franchir le pas. » Grégoire Loïs, co-directeur de Vigie-Nature, exprime son enthousiasme alors que l’application Bugs Matter est lancée en France. Bugs Matter ? C’est une application gratuite, simple à utiliser, qui permet d’aider la science à… compter le nombre d’insectes qui se heurtent à la plaque d’immatriculation de nos voitures ! En pleine période de déplacements, 20 Minutes vous explique comment participer.
Une collecte de données à grande échelle
Depuis 20 ans, Vigie-Nature, le programme de sciences participatives co-porté par le Muséum d’Histoire naturelle, invite chacun à participer à diverses collectes de données : évaluation des populations d’oiseaux communs, des insectes pollinisateurs en milieu urbain, des papillons… « Chaque année, 50 000 personnes et 12 000 élèves s’impliquent dans nos différents programmes », se réjouit Anne Dozières, directrice de Vigie-Nature. La plupart du temps, cela consiste à observer, à effectuer des relevés et à transmettre les informations recueillies. Au bout du compte, des indicateurs émergent et, au-delà des observations réalisées, autant de données sont produites pour soutenir les politiques publiques.
Une nouvelle mission démarre ce printemps 2026 : quantifier les insectes en France et mesurer l’évolution de leur population d’une saison à l’autre (de mi-avril à octobre). Pour cela, Vigie-Nature a établi un partenariat avec l’association anglaise Buglife et Kent Wildlife Trust, qui se consacrent à la conservation des invertébrés et à la protection de la nature. Ces deux entités ont développé l’application Bugs Matter (en français : Les insectes, ça compte !). Le concept consiste à utiliser les plaques minéralogiques des véhicules pour comptabiliser les insectes. Ces plaques standardisées de 580 cm² reçoivent malheureusement les coups de moucherons, petits coléoptères, cyrphes (une variété de mouches), guêpes, abeilles et papillons de nuit lors de nos trajets en voiture…
Des milliards de kilomètres parcourus
« Avec Bugs Matter, nous comptons sur des milliers de participants qui parcourront des millions de kilomètres », ajoute Grégoire Loïs, co-directeur de Vigie Nature. Avec 40 millions de voitures en France et une moyenne de 11 500 km parcourus par chacune par an (soit 500 milliards de kilomètres au total), le potentiel pour collecter massivement des données est immense.

Utiliser l’application est très simple : il suffit de nettoyer sa plaque minéralogique avant de partir, de lancer un trajet sur son smartphone, puis, une fois arrivé à destination, de photographier sa plaque et de partager la photo dans Bugs Matter. Ensuite, l’IA (pour « Analyse d’image » !) s’occupe de faire le comptage, ainsi que d’établir une cartographie précise. En attendant que les impacts verts, oranges et rouges sur la plaque minéralogique soient identifiés et associés à tel ou tel insecte, il sera, par exemple, possible d’observer l’impact de l’utilisation de pesticides dans certaines zones. « Il est également important de documenter les trajets sans aucun impact », prévient Grégoire Loïs.

Vigie-Nature souhaite convaincre un maximum d’utilisateurs. Des conducteurs, mais également des passagers de bus qui pourront photographier la plaque d’immatriculation de leur moyen de transport une fois arrivés à destination. Ou encore des entreprises ayant des flottes de véhicules et qui, selon Grégoire Loïs, « voudraient faire un peu de greenwashing ». C’est peut-être aussi une manière de sensibiliser les enfants à la cause des drôles de petites bêtes que sont Patouch la mouche, Frédéric le moustique ou Léon le puceron (même si leur aventure s’est brutalement arrêtée lors d’un crash avec la voiture de papa ou maman…).
« Cela transforme les relations entre la science et la société. Les impacts de la science participative sur ceux qui y participent sont significatifs en termes de connaissances, mais aussi de changement de perspective sur l’environnement », remarque Anne Dozières, la directrice de Vigie-Nature. D’autant plus qu’il y a urgence. Citant une expérience menée en Allemagne avec des pièges à insectes, Colin Fontaine, chercheur au Centre de Conservation et des Sciences de la Conservation, mentionne une réduction de leur nombre de cinq fois entre 1990 et 2015 ! De son côté, Gilles Bloch, président du Muséum national d’Histoire naturelle, reste optimiste : « Il n’est jamais trop tard, nous faisons face à une population dont une partie peut se régénérer ».

