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Kemi Seba, influenceur déchu de nationalité française, arrêté en Afrique du Sud.

Kemi Seba a été arrêté en Afrique du Sud, visé par un mandat d’arrêt au Bénin pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion ». Il a été placé en détention provisoire en attendant leur comparution le 20 avril et fait l’objet d’une procédure d’extradition.


L’influenceur panafricaniste Kemi Seba a été arrêté en Afrique du Sud, faisant l’objet d’un mandat d’arrêt au Bénin, où il est poursuivi pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion ». Il est notamment accusé d’avoir soutenu une tentative de coup d’État contre le président béninois Patrice Talon, qui a finalement échoué grâce à l’aide des alliés nigérians et français.

Kemi Seba a été appréhendé avec l’un de ses fils alors qu’ils avaient « l’intention de poursuivre leur route vers l’Europe » en provenance du Zimbabwe, selon la police locale. Ils ont été placés en détention provisoire en attendant leur comparution le 20 avril et font l’objet d’une procédure d’extradition. Mais qui est Kemi Seba, né à Strasbourg ?

Partisan du kémitisme, Stellio Gilles Robert Capo Chichi, de son vrai nom, a 44 ans. D’origine franco-béninoise, il compte 1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux et dirige une ONG, « Urgences panafricanistes ». Né en Alsace, il a passé une partie de sa jeunesse en Île-de-France avant de découvrir, lors d’un voyage à Los Angeles, le mouvement « Nation of Islam ». Il adhère un temps à sa branche française avant de se tourner vers le kémitisme, une religion axée sur les anciens dieux égyptiens.

Il participe à la fondation du Parti kémite en 2002, puis établit son propre mouvement, la Tribu Ka, en 2004 après une scission. C’est à ce moment qu’il adopte le pseudonyme de « Kemi Seba », qui signifie « étoile noire » en égyptien ancien. « On doit nous laisser nous organiser entre nous. On n’est plus des enfants. On en a marre des Blancs et des Arabes qui veulent guider nos pas. Nous sommes contre l’intégration », affirmait-il au Figaro en 2007. Accusé, entre autres, d’antisémitisme, ce groupuscule avait été dissous en 2006 à la demande du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy. Deux ans plus tard, Kemi Seba a été jugé pour avoir tenté de reconstituer ce groupe sous le nom de « Génération Kemi Séba ».

Il a été condamné pour violences en réunion, contestation de crime contre l’humanité et incitation à la haine raciale. Par ailleurs, il était un temps proche de Dieudonné et d’Alain Soral, tout en défendant un rapprochement avec Jean-Marie Le Pen, rapporte Courrier International en 2017.

Kemi Seba est critique vis-à-vis du « néocolonialisme » des puissances occidentales en Afrique. Au cours de son parcours, il a organisé ou participé à de nombreuses manifestations contre le franc CFA en Afrique. Il a régulièrement été interpellé, expulsé ou refoulé, notamment en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Guinée, soutenant des régimes militaires issus de coups d’État au Sahel. La junte nigérienne lui a même délivré un passeport diplomatique.

Proche de la Russie, il s’est rendu dans ce pays pour des conférences, tout comme en Iran. En octobre 2024, l’influenceur avait été placé en garde à vue en France, interrogé sur des soupçons « d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère […] de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ». Un an plus tôt, plusieurs médias avaient publié les Wagner Leaks, provenant d’un piratage de documents internes du groupe paramilitaire russe Wagner, indiquant que son fondateur, Evgueni Prigojine, avait financé et dirigé certaines actions de Kemi Seba en Afrique entre 2018 et 2019. Il a été privé de sa nationalité française la même année.

« Leur chasse à l’Homme me va si bien. Merci au colon blanc et à son vassal noir de participer une nouvelle fois, en me pourchassant officiellement, à l’écriture de notre destin commun », écrivait-il en février 2026 sur son compte X, suivi par plus de 314 000 personnes, où il se définit comme un « Révolutionnaire africain au XXIe siècle ». En janvier 2025, il avait annoncé son intention de se présenter à l’élection présidentielle au Bénin.