Maroc

Toumastine : un groupe musical pour les nomades depuis des années

La 21e édition du Festival international des nomades s’est déroulée du 3 au 5 avril à M’hamid El Ghizlane, sous le thème « Un héritage vivant, une édition tournée vers l’avenir ». Le groupe Toumastine, créé à Niamey en 2014, est composé de cinq membres provenant de différentes régions et chante en tamasheq, sa langue propre.


Venus de Niamey, la troupe musicale nigérienne Toumastine a laissé une empreinte marquante lors de la 21e édition du Festival international des nomades, qui s’est tenu récemment à M’hamid El Ghizlane, une commune rurale de la province de Zagora. Leur performance a offert une expérience artistique et culturelle unique, reflétant l’identité et les préoccupations des nomades.

Le groupe se positionne comme un ambassadeur de l’identité touareg, un peuple amazigh nomade régnant sur de vastes régions sahariennes en Afrique du Nord et de l’Ouest, notamment au Niger, au Mali et en Libye. Composé de cinq amis originaires de différentes régions et tribus, allant de Tombouctou au Mali à Agadez au Niger, Toumastine écrit et chante en « tamasheq », sa langue maternelle. Ces jeunes artistes ont uni leurs voix et leur passion pour préserver leur héritage culturel touareg.

Leur histoire débute modestement; alors que le groupe est récemment formé, il peine à se procurer des instruments de musique professionnels. Déterminés et ingénieux, les cinq amis ont rapidement trouvé des alternatives, transformant des câbles d’embrayage de voitures en cordes de guitare et un thermos en instrument de percussion. Ainsi, ils réalisent leur rêve en lançant leur premier album en 2018.

Dans une déclaration à la MAP, Hassan Chaïbou Nari, manager du groupe, explique que Toumastine est ancré dans le patrimoine et s’inspire d’artistes touaregs et internationaux tels que Tamikrest, Bombino, Carlos Santana et Bob Marley. Leur musique crée une belle symphonie où les sonorités apaisantes de la musique touareg se mêlent aux rythmes dynamiques du rock.

Selon Hassan, l’objectif principal de cette formation influencée par le blues africain est de proposer une expérience créative qui célèbre le patrimoine local. D’où le nom « Toumastine », signifiant « ma culture » en tamasheq. Sur les débuts de leur aventure artistique, le musicien précise que le groupe a été fondé à Niamey en 2014 par des jeunes unis par une forte amitié et un profond attachement à la culture nomade. La musique du groupe porte un message de paix et de sérénité, offrant une vision humaine et nuancée du monde touareg.

Leur premier album, « Tahnafet », évoque le vaste désert, tandis que le deuxième, intitulé « Assouf », aborde la thématique de la nostalgie, un sujet central dans l’expérience nomade. Quant au choix de chanter en tamasheq, Zouhair Aroudaïni, membre du groupe, indique à la MAP que la musique est un langage universel qui transcende les barrières linguistiques et géographiques, affirmant que la langue n’a jamais constitué un obstacle pour le public international qui, « dès qu’il est touché par notre musique, cherche à comprendre le sens de ce que nous chantons ».

Sur la place de l’environnement désertique dans leur œuvre, Zouhair souligne que le Sahara a profondément influencé leur vision artistique. Pour lui, le Sahara est plus qu’un simple espace géographique; il constitue une véritable muse. « Notre art éclot dans le vaste désert. L’inspiration ne naît pas entre quatre murs », déclare-t-il.

De plus, Zouhair exprime son inquiétude face à la disparition progressive de la culture nomade avec l’évolution des modes de vie, de nombreux nomades devenant sédentaires. Cette transformation suscite une inquiétude chez la nouvelle génération, élevée dans la tradition du nomadisme, mais confrontée à une réalité différente qui nécessite une réévaluation du sens de l’appartenance et des modes de vie.

Les Touaregs, en tant que nomades, ne reconnaissent pas les frontières géographiques et sont présents dans diverses zones désertiques de la région, affirme Hassan, fier de son héritage et de ses racines, auxquels on ne peut renoncer, même en étant constamment en mouvement. Concernant son séjour au Maroc, l’artiste le considère comme une seconde patrie, en insistant sur le fait que les liens humains transcendent les frontières géographiques.

La 21e édition du Festival international des nomades s’est tenue du 3 au 5 avril à M’hamid El Ghizlane, avec pour thème « Un héritage vivant, une édition tournée vers l’avenir ».

Par Bilal Joufi (MAP)