Tunisie

Textile tunisien sur le marché européen : Inverser la tendance est encore possible

La Tunisie enregistre une contraction de 3,6 % en valeur et une diminution de 0,14 point de part de marché, passant de 2,50 % à 2,36 % sur l’année 2024-2025. La baisse enregistrée en 2024-2025 ne traduit donc pas un déclin structurel, mais un choc de concurrence lié aux avantages tarifaires nouveaux dont bénéficient les pays asiatiques.

Bien que connaissant un recul entre 2024 et 2025, la Tunisie possède des atouts majeurs pour demeurer un fournisseur textile clé pour l’Union européenne et retrouver une dynamique positive dans un marché en pleine mutation.

La Presse — En réponse aux évolutions rapides du marché textile européen, les dernières données fournies par « Eurostat » ont révélé une baisse significative des exportations tunisiennes de vêtements vers l’Union européenne.

Pour l’année 2024-2025, la Tunisie observe une diminution de 3,6 % en valeur et une réduction de 0,14 point de part de marché, passant de 2,50 % à 2,36 %. Ce recul, le plus important parmi les trois pays d’Afrique du Nord figurant dans le top 10 des fournisseurs au vieux continent, survient dans un contexte international bouleversé par l’essor des pays asiatiques et une série d’accords commerciaux redéfinissant la hiérarchie mondiale.

Un cadre concurrentiel asymétrique

Des pays comme l’Inde, le Bangladesh, le Pakistan ou le Cambodge tirent parti de nouvelles facilités tarifaires accordées par l’Union européenne ou par les États-Unis.

L’émergence de ces producteurs est ainsi renforcée par des accords de libre-échange qui réduisent progressivement les barrières douanières et améliorent leur compétitivité-prix.

Dans ce contexte, les fournisseurs historiques de proximité tels que la Tunisie ou la Turquie voient leur position affaiblie non pas par une perte de savoir-faire, mais en raison d’une concurrence asymétrique.

Néanmoins, la Tunisie reste un acteur textile crucial pour l’Europe. Son modèle repose sur une combinaison rare d’agilité industrielle, de proximité géographique et de spécialisation technique, trois éléments essentiels pour les marques européennes.

À une époque où les disruptions logistiques mondiales ont mis en évidence la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement basées en Asie, la Tunisie demeure l’un des rares pays à pouvoir fournir rapidement des petites séries, à s’adapter à des commandes fluctuantes et à répondre à des exigences croissantes en matière de qualité.

Le pays se repose également sur un savoir-faire reconnu dans le domaine de la confection technique et du co-développement de produits.

De nombreuses marques perçoivent les entreprises tunisiennes non comme de simples sous-traitants, mais comme de véritables partenaires en matière de conception, d’industrialisation et d’optimisation des processus.

Cette compétence, difficilement duplicable à grande échelle en Asie, constitue un avantage comparatif critique dans un marché européen qui accorde de plus en plus d’importance à la valeur ajoutée, à la différenciation et à la durabilité.

Montée en gamme technologique

La transition écologique représente une opportunité pour la Tunisie de se repositionner. Les donneurs d’ordre constatent une multiplication des exigences en matière de traçabilité, d’économie circulaire et de certification environnementale. Le tissu industriel tunisien s’est déjà engagé dans cette direction, avec une montée en gamme technologique et une adhésion croissante aux normes internationales de durabilité. Dans un marché européen en faveur des fournisseurs alliant qualité, transparence et proximité, la Tunisie dispose de réels atouts pour regagner du terrain.

Pour retrouver une dynamique positive, le pays devra néanmoins intensifier sa modernisation industrielle et renforcer sa compétitivité globale. Les investissements dans les technologies avancées, la formation spécialisée, l’innovation textile et l’intégration de chaînes de valeur plus complètes seront déterminants.

L’enjeu est aussi politique et commercial : il s’agit d’optimiser l’accord d’association UE-Tunisie et de repositionner le pays dans une optique de partenariat stratégique, à un moment où l’Europe cherche à sécuriser ses approvisionnements dans son voisinage immédiat.

La baisse observée en 2024-2025 ne reflète donc pas un déclin structurel, mais un choc concurrentiel lié aux avantages tarifaires dont bénéficient les pays asiatiques.

Dans ce contexte en évolution, la Tunisie maintient des fondamentaux solides, une réputation établie et des capacités d’adaptation reconnues.

Elle a ainsi la possibilité de transformer cette phase de ralentissement en une opportunité de modernisation et de repositionnement, et de redevenir un pilier du nearshoring textile en Méditerranée.