Tunisie

Tunisie : réindustrialisation, clé pour éviter le revenu intermédiaire

La Tunisie est aujourd’hui enclavée dans le piège du revenu intermédiaire, avec une part des biens de haute technologie dans ses exportations relativement faible, soit environ 7,7 % des exportations manufacturières en 2023, selon l’OCDE. Le processus d’industrialisation que le pays a entrepris après l’Indépendance a été interrompu prématurément dans les années 1990.


La Tunisie est confrontée à un risque de stagnation économique durable, se retrouvant dans un piège de revenu intermédiaire. Son secteur manufacturier est encore insuffisamment positionné sur les segments à forte valeur ajoutée, et l’intégration aux chaînes de valeur mondiales reste limitée, selon une analyse récemment publiée par l’Association des économistes tunisiens (ASECTU).

La réindustrialisation émerge ainsi comme un levier clé pour promouvoir cette montée en gamme. Renforcer la base industrielle est essentiel pour augmenter la complexité économique, diversifier les exportations et améliorer durablement la compétitivité du pays, souligne cette analyse intitulée « Développer le secteur manufacturier tunisien pour favoriser l’exportation de biens de haute technologie », rédigée par l’économiste Benen Alaya.

Un rapport récent de la Banque mondiale sur le développement mondial, mentionné par l’économiste, révèle que plusieurs pays ont réussi à échapper au piège du revenu intermédiaire en complétant leur processus d’industrialisation, tels que Singapour, Taïwan et la Corée du Sud. Ces nations ont mis en place une combinaison de facteurs. Taïwan a investi dans l’éducation et développé une économie axée sur l’innovation et le soutien à la recherche et développement. Singapour, quant à elle, a concentré ses efforts sur des investissements massifs dans les infrastructures pour attirer entreprises et talents, adoptant des stratégies de développement axées sur l’innovation, l’intégration de technologies mondiales, ainsi qu’une diversification économique vers des secteurs à haute valeur ajoutée et des services financiers compatibles avec les industries technologiques. Le progrès technologique et les innovations promus par l’industrialisation représentent une opportunité pour un rattrapage technologique, réduisant ainsi l’écart du pays par rapport à la frontière technologique.

Ainsi, « afin de pouvoir échapper au piège du revenu intermédiaire, une réindustrialisation à travers le développement du secteur manufacturier constitue un facteur clé dans la production et l’exportation des produits de haute technologie en Tunisie », indique encore le rapport.

Cependant, « la Tunisie est aujourd’hui enclavée dans le piège du revenu intermédiaire. Malgré sa proximité géographique avec l’Europe, la part des biens de haute technologie dans ses exportations demeure relativement faible. Le secteur primaire, à faible valeur ajoutée, reste dominant dans l’économie tunisienne qui peine à s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales. Le processus d’industrialisation initié après l’Indépendance a été interrompu prématurément dans les années 1990. Sur le plan sectoriel, la part des exportations manufacturières de haute technologie en Tunisie reste modeste : selon l’OCDE, environ 7,7 % des exportations manufacturières sont des produits à haute intensité de R&D en 2023, bien en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (≈ 17 %) ».

**La réindustrialisation comme levier de montée en gamme**
Pour concilier montée en gamme des exportations, transition économique et durabilité, le document souligne l’importance d’une approche progressive visant une réindustrialisation durable et une transition verte et numérique à long terme.

Des réformes structurelles à court terme sont nécessaires. L’amélioration du cadre institutionnel, le renforcement de l’efficacité des marchés financiers et une flexisécurité adaptée du marché du travail sont des prérequis pour soutenir la transformation industrielle.

La Tunisie doit également adopter des choix stratégiques ciblés à moyen terme. L’orientation des investissements vers des secteurs prioritaires et des produits technologiquement plus complexes peut accélérer la montée en gamme productive.

À cet égard, le pays doit exploiter les opportunités de montée en gamme concernant ses produits ayant les niveaux de complexité les plus élevés et proches de ses capacités productives existantes. Par conséquent, il est dans l’intérêt de la Tunisie de cibler davantage les secteurs des « machines et matériel de transport », tels que les pompes à gaz/à air et les pièces non électriques des véhicules, ainsi que certains produits manufacturiers comme les matériaux en caoutchouc et les alliages d’aluminium. À l’inverse, les produits alimentaires, matières premières et biens à faible complexité offrent peu de perspectives de montée en gamme.

Enfin, le pays gagnerait à adopter une trajectoire à long terme axée sur la transition verte et numérique. La réindustrialisation doit s’inscrire dans une dynamique durable, conciliant compétitivité internationale, transformation technologique et création de richesse inclusive.