Siliana : Mariem redonne vie aux traditions avec son musée maison
Mariem Ben Kacem, 37 ans, a transformé sa maison en un musée dédié à la préservation du patrimoine culturel tunisien. Elle propose également de former gratuitement des femmes à la fabrication de l’ambre et souhaite sensibiliser les élèves dans les établissements scolaires à la culture et à la mémoire collective.
Dans un coin paisible du quartier Jasmine à Siliana, une modest house ouvre une parenthèse hors du temps. Derrière ses murs se cache un petit musée où flottent les senteurs d’ambre et d’encens, et où chaque objet raconte une page de mémoire. Ici, le passé reprend vie à travers des détails soigneusement préservés, témoins d’un patrimoine que son propriétaire refuse de voir disparaître.
À l’origine de ce projet singulier se trouve Mariem Ben Kacem, 37 ans, passionnée de traditions et profondément attachée à l’héritage culturel tunisien. Animée par le désir de sauvegarder les traces de la vie d’autrefois, elle a transformé sa demeure en un véritable écrin de mémoire, ouvert sur les générations présentes et futures afin de transmettre un patrimoine menacé par l’oubli et l’uniformisation de la vie moderne.
Dès le seuil franchi, le visiteur est plongé dans l’atmosphère du « bon vieux temps ». Aux murs sont suspendus des ustensiles en cuivre patinés par les années, tandis que des matelas traditionnels brodés, des poteries en argile, des lampes anciennes, des bijoux d’époque et des meubles artisanaux occupent les différentes pièces de la maison. Chaque recoin évoque les habitudes, les coutumes et le quotidien des générations passées, offrant une immersion authentique dans l’histoire populaire tunisienne.
Mariem se distingue par une passion peu commune : collectionner les objets anciens pour préserver la mémoire des ancêtres. Sa collection rassemble une multitude de pièces patrimoniales reflétant la richesse des cultures locales et la diversité des traditions régionales. Bien plus qu’une accumulation d’objets, son musée constitue un espace vivant où le patrimoine devient un récit accessible à tous.
Dans une déclaration accordée à la journaliste de l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP), Mariem explique que cette aventure a véritablement commencé après le décès de son père, il y a un an. Elle confie avoir trouvé dans les objets traditionnels une manière de maintenir vivant le lien affectif qui l’unissait à lui. Son attachement au patrimoine s’est également nourri de son parcours universitaire en design de produits, qui lui a permis de développer un regard artistique sur les objets anciens et leur valeur culturelle.
Mais la jeune femme ne se contente pas de collectionner et d’exposer. Elle redonne aussi une nouvelle vie à certains objets du passé grâce à une approche créative mêlant tradition et modernité. Le « Kardach », ancien outil servant à carder la laine, devient ainsi un cadre décoratif, tandis que le « babour », autrefois utilisé comme lampe ou réchaud, est transformé en élégante lanterne artisanale. À travers ces créations, Mariem réinvente le patrimoine sans le dénaturer, insufflant une seconde existence à des objets oubliés.
Son ambition ne s’arrête pas là. Elle rêve de continuer à enrichir sa collection et de participer à des expositions locales, régionales et nationales afin de faire rayonner ce patrimoine auprès d’un public plus large. Pour elle, chaque pièce conservée représente une part de l’histoire familiale et nationale qu’il est essentiel de transmettre aux nouvelles générations.
Parallèlement à son activité de conservation, Mariem perpétue également l’art traditionnel de la fabrication de l’ambre. Dans son atelier improvisé, elle broie les composants de cette matière précieuse et les mélange à des essences aromatiques naturelles pour façonner des colliers et divers objets artisanaux. Elle souhaite aujourd’hui transmettre ce savoir-faire à ses enfants, à ses petits-enfants et à toutes les femmes désireuses de se lancer dans ce domaine.
Dans cette perspective, elle propose de former gratuitement des femmes à la fabrication de l’ambre, convaincue que la préservation du patrimoine passe aussi par la transmission des savoir-faire artisanaux. Elle espère également sensibiliser les élèves dans les établissements scolaires afin de renforcer le lien des jeunes avec leurs racines culturelles et leur mémoire collective.
À travers cette initiative née de la passion et de la fidélité aux traditions, Mariem Ben Kacem offre bien plus qu’un simple musée domestique. Elle fait de sa maison un refuge pour la mémoire, un pont entre les générations et un vibrant hommage à l’identité culturelle tunisienne.

