Tunisie

Pacte pour la compétitivité des Industries Électroniques à l’horizon 2030 : La Tunisie investit dans son avenir technologique

Le pacte de compétitivité signé hier vise à porter les exportations du secteur électronique à 7 milliards de dinars et à créer 30 mille nouveaux emplois à l’horizon 2030. Il prévoit également de mobiliser entre 300 et 350 millions d’euros d’investissements directs étrangers, représentant 20% du PIB industriel, et d’atteindre un taux d’intégration nationale de 55%.

À travers un pacte de compétitivité ambitieux, le secteur des industries électroniques se fixe des objectifs clairs pour 2030 : atteindre 7 milliards de dinars d’exportations, créer 30 000 nouveaux emplois, attirer jusqu’à 350 millions d’euros d’investissements directs étrangers et développer plusieurs projets majeurs dans les semi-conducteurs, la recherche et développement et les systèmes embarqués.

La Presse — Après avoir atteint les objectifs fixés pour le secteur automobile, l’heure est maintenant venue pour l’industrie électronique de formaliser son pacte de compétitivité sectoriel.

Ce modèle de partenariat public-privé, dont l’efficacité a déjà été prouvée par le passé, se présente comme un levier stratégique pour l’un des secteurs économiques les plus prometteurs en Tunisie. Son objectif : elever le niveau, attirer des investissements étrangers de qualité, mettre en valeur le potentiel tunisien dans ce domaine et renforcer sa compétitivité. Pour la Tunisie, il s’agit d’un pari sur son avenir technologique.

Avec un réservoir de talents renommés internationalement, des champions locaux ayant réussi à s’imposer au-delà des frontières, ainsi que des leaders internationaux présents depuis plusieurs années, la Tunisie s’est bâtie une solide réputation sur le plan de la compétition mondiale dans l’industrie électronique. L’enjeu aujourd’hui est de mieux se positionner dans un environnement mondial en évolution, offrant ainsi au pays de nouvelles perspectives et d’opportunités dans ce secteur.

Mieux s’intégrer aux chaînes de valeur internationales 

Le pacte a été signé hier par la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Fatma Thabet Chiboub, le président de l’Utica, Samir Majoul, et le président du cluster électronique Elentica, Walid Ben Amor, lors d’une cérémonie rassemblant des représentants des structures publiques et privées impliquées, ainsi que des partenaires internationaux, en particulier l’ambassade d’Allemagne et l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ), qui ont fourni un soutien technique et financier.

«Notre secteur électronique est vivant et dynamique. Il regroupe près de 70 000 emplois directs, 150 entreprises et s’intègre efficacement aux chaînes de valeur internationales. Notre capital humain est reconnu, notre proximité avec les grands marchés constitue un avantage stratégique réel et notre agilité industrielle nous distingue.

Néanmoins, la compétition mondiale nous impose de monter en gamme sur tous les fronts technologiques, humains et organisationnels. Ce n’est pas une option, mais une nécessité», a défendu la ministre de l’Industrie lors de son allocution d’ouverture. En soulignant qu’il s’agit d’une étape cruciale pour l’industrie électronique tunisienne, Mme Thabet Chiboub a affirmé que l’ambition de ce pacte est de faire de la Tunisie un pays référent en électronique, axé sur la compétitivité, l’innovation et la durabilité.

«Le pacte que nous signons aujourd’hui est l’instrument concret de cette ambition. Élaboré en étroite concertation avec les structures publiques et le groupement Elentica, mandaté par l’Utica, il formalise des engagements mutuels et structurants pour accélérer la montée en gamme technologique, renforcer l’intégration locale, stimuler l’investissement et les exportations, et faire de l’innovation ainsi que des critères ESG de véritables moteurs de notre transition industrielle», a-t-elle ajouté.

Un levier de transformation du tissu productif 

En matière d’objectifs quantifiés, le pacte vise à atteindre, d’ici à 2030, des exportations du secteur de 7 milliards de dinars, à mobiliser entre 300 et 350 millions d’euros d’investissements directs étrangers, représentant 20 % du PIB industriel, à créer 30 000 nouveaux emplois et à atteindre un taux d’intégration nationale de 55 %. La recherche et développement, étant un enjeu fondamental, a également conduit les signataires à s’engager à y allouer 3 % du chiffre d’affaires du secteur.

«L’enjeu, au fond, est stratégique : renforcer notre souveraineté industrielle, capter davantage de valeur sur notre territoire national et confirmer sur la scène internationale l’image d’une Tunisie résolument tournée vers l’avenir technologique», a souligné la ministre.

Pour Samir Majoul, président de l’Utica, ce pacte, qui s’inscrit dans la stratégie nationale industrielle et d’innovation à l’horizon 2035, «constitue le référentiel stratégique à long terme pour transformer le tissu productif national». L’industrie électronique est identifiée comme un secteur prioritaire et transversal, essentiel à la souveraineté technologique, à la transition numérique et à l’intégration de la Tunisie dans les chaînes de valeur internationales. En évoquant le marché des composants électroniques, estimé à plus de 1 000 milliards de dollars d’ici 2034, avec un taux de croissance annuel moyen de 10 %, impulsé par la demande en semi-conducteurs et en électronique embarquée, Majoul a affirmé que l’objectif de ce pacte est de positionner la Tunisie comme un acteur central dans ces chaînes de valeur mondiales.

Des engagements à concrétiser  

Le pacte se décline autour de six axes principaux (renforcement de la visibilité et de l’image du secteur ; innovation et recherche et développement ; création d’emplois et développement des compétences ; simplification et adaptation du cadre réglementaire ; optimisation logistique et développement des infrastructures ; responsabilité sociétale des entreprises et critères ESG) et comprend plus de 30 mesures concrètes, avec une gouvernance distincte à deux niveaux (un comité de pilotage et des comités techniques).

«Le secteur privé investira en recherche et développement, formera des milliers de jeunes et adoptera des standards internationaux afin de renforcer la sous-traitance locale, qui constitue un levier majeur pour faire avancer l’industrie électronique», a indiqué le président d’Elentica, Walid Ben Amor. Il a ajouté : «Nous comptons sur l’État pour soutenir ces engagements en matière de simplification réglementaire, de promotion de l’innovation et d’appui international».

Au-delà des objectifs chiffrés liés à la croissance, aux exportations et à la création d’emplois, le pacte prévoit l’implantation de projets structurants à forte valeur technologique, notamment la création de deux unités de production de composants électroniques avancés, la mise en place de quatre centres de recherche et développement spécialisés, ainsi que le déploiement d’un centre national de conception de systèmes embarqués.

Ces projets, qui incluent une unité de production de semi-conducteurs, un centre de recherche en électronique automobile et une plateforme de prototypage pour l’IoT, constitueront les bases d’un écosystème d’excellence visant à propulser l’industrie électronique tunisienne parmi les acteurs technologiques incontournables sur les marchés régionaux et internationaux.