Tunisie

Jusqu’à 4 000 euros pour rentrer : colère des Tunisiens à l’étranger

Hassan Laribi, président de la Fédération Tunisienne des Travailleurs à l’Étranger (FTTE), a déclaré le 13 avril 2026 que pour une famille de cinq personnes, le coût du transport pour un séjour estival ordinaire est entre 3 500 et 4 000 euros. La FTTE ne demande pas la gratuité des billets mais plaide pour des réductions ciblées en faveur des retraités, des familles et des profils les plus défavorisés.


À l’approche de la saison estivale, les Tunisiens vivant à l’étranger se confrontent à un coût de retour devenu insupportable. Lors de son intervention à la Radio nationale le 13 avril 2026, Hassan Laribi, président de la Fédération Tunisienne des Travailleurs à l’Étranger (FTTE), a demandé à l’État de reprendre son rôle de régulateur, de consulter réellement la diaspora avant d’adopter des lois en son nom, et de reconnaître que le lien entre les nouvelles générations et la Tunisie est en jeu.

Hassan Laribi a mis l’accent sur le coût des billets. Pour une famille de cinq personnes, comprenant deux parents, trois enfants et un véhicule, le seul coût de transport varie entre 3 500 et 4 000 euros, que ce soit avec la Compagnie Tunisienne de Navigation ou Tunisair. En ajoutant les dépenses sur place, estimées à 20 ou 30 millions de millimes, un foyer doit mobiliser l’équivalent de deux mois de salaire pour des vacances estivales ordinaires. Il a conclu que, pour la grande majorité des Tunisiens vivant à l’étranger, rentrer en famille est désormais devenu impossible.

Le responsable associatif a souligné une dimension qu’il estime encore plus préoccupante que l’aspect financier. Les Tunisiens de la première génération font toujours l’effort de revenir par attachement à leurs racines, à leur famille et à leur pays. En revanche, leurs enfants, nés et élevés en Europe, grandissent dans une culture différente, avec des frontières ouvertes vers le monde entier et de nombreuses destinations concurrentes. Si l’État ne crée pas les conditions pour leur retour, ces jeunes n’auront aucune raison de rester en contact avec la Tunisie, ce qui entraînera la rupture d’un lien national, culturel et économique à long terme.

Hassan Laribi a précisé que la FTTE ne demande pas la gratuité des billets et reconnaît les contraintes économiques rencontrées tant par les pays d’accueil que par la Tunisie. Ce qu’elle réclame, ce sont des réductions ciblées en faveur des retraités, des familles et des profils les plus défavorisés, des dispositifs que des responsables de l’État seraient parfaitement en mesure de mettre en place.

Face à des promesses d’aide restées lettres mortes, la FTTE a choisi de s’adresser directement au chef de l’État, dont les recommandations publiques concernant le retour estival des Tunisiens résidant à l’étranger constituaient, selon Laribi, un signal positif devant être traduit par des actions concrètes. Le président de la Fédération a rappelé que son organisation utilise uniquement des voies officielles et légales pour faire entendre la voix des Tunisiens de l’étranger.

Il a également élargi le débat au-delà des prix, mentionnant les retards des vols et des traversées ainsi que la qualité insuffisante des services. Il a plaidé pour que les Tunisiens résidant à l’étranger soient reconnus comme un pilier de l’économie nationale grâce aux transferts de fonds qu’ils effectuent. Cette réalité devrait, selon lui, fonder une nouvelle relation entre l’État tunisien et sa diaspora, dans laquelle l’État rétablirait pleinement son rôle de régulateur, tant sur les prix que sur l’ensemble du secteur des services.

Concernant les mesures préférentielles annoncées en février 2026 pour les Tunisiens vivant à l’étranger, Hassan Laribi a répondu honnêtement. Il a affirmé qu’aucune décision ne pouvait être prise au nom des Tunisiens de l’étranger par des responsables vivant en Tunisie, qui ne connaissent pas leur réalité quotidienne. Il a ajouté qu’il serait tout aussi illégitime pour un Tunisien résidant à l’étranger de décider des affaires internes tunisiennes sans en subir les conséquences. Les décisions relatives à la diaspora doivent être co-construites avec ses représentants.

Le président de la FTTE a replacé la situation dans un contexte international : la crise économique mondiale, les séquelles de la pandémie et l’inflation ont affecté le pouvoir d’achat dans tous les pays d’accueil. À cela s’ajoutent la réduction des remboursements de soins de santé et une perte générale de mobilité. Ces contraintes cumulées justifient, selon lui, une intervention ferme de l’État tunisien en faveur de sa communauté à l’étranger.