Guerre au Moyen-Orient : Inflation importée en Tunisie à risque d’aggravation.
La Tunisie est importatrice nette d’énergie et subit la volatilité des marchés en raison de son exposition aux secousses systémiques liées au conflit entre les États-Unis et l’Iran. L’analyste financier Bassem Ennaïfer a souligné que « le prix du baril de Brent avoisine actuellement les 79 dollars », ce qui est nettement supérieur au prix de référence de 69,3 dollars retenu dans la loi de finances 2026.

Alors que la reconfiguration mondiale s’amplifie en raison du conflit entre les États-Unis et l’Iran, la Tunisie se retrouve vulnérable face aux turbulences systémiques. En tant qu’importatrice nette d’énergie, elle subit naturellement les fluctuations des marchés.
Une hausse durable des prix des hydrocarbures entraîne une pression accrue sur la balance commerciale, des tensions sur les finances publiques et la nécessité d’arbitrages budgétaires complexes.
La Presse — La situation économique mondiale pourrait se détériorer à cause de l’augmentation des coûts liés à l’énergie, au transport maritime, aux primes d’assurance et aux disruptions des chaînes d’approvisionnement.
Ces facteurs pourraient impacter l’économie tunisienne, qui doit agir proactivement dans ses relations économiques tout en restant vigilante, car elle pourrait se retrouver confrontée à une inflation importée.
Fluctuation des prix et impacts éventuels
L’inflation serait, en effet, à la fois directe et indirecte. Directement, l’augmentation des prix des carburants se répercute sur les coûts de transport et sur les prix à la pompe. Indirectement, l’énergie est un intrant commun à l’industrie, à l’agriculture et aux services. Une hausse persistante des coûts logistiques affectera progressivement l’indice des prix à la consommation.
Si les prix restaient au-dessus de 90 dollars pendant plusieurs mois, un risque d’inflation, cumulant ses effets sur le pouvoir d’achat des ménages, apparaîtrait. L’analyste financier Bassem Ennaïfer a averti, lors d’une intervention sur une radio privée, des conséquences immédiates de l’augmentation récente des prix du pétrole sur les finances publiques tunisiennes, dans un contexte géopolitique de tensions croissantes entre l’Iran et les États-Unis au Moyen-Orient.
Il a précisé que le prix du baril de Brent est actuellement d’environ 79 dollars, un niveau nettement supérieur au prix de référence établi dans la loi de finances 2026, qui est une moyenne annuelle de 69,3 dollars.
Il a rappelé que le coût énergétique est calculé sur la base d’une moyenne annuelle, signifiant qu’une augmentation durable des prix dans les mois à venir aurait un impact direct sur le budget de l’État.
Concrètement, chaque hausse d’un dollar du prix du baril par rapport aux prévisions budgétaires entraîne un surcoût estimé à 164 millions de dinars pour la compensation des carburants.
Il a aussi ajouté que « l’impact dépasse toutefois le simple cadre des équilibres financiers, puisque la hausse des prix des hydrocarbures affecte également les coûts de production dans divers secteurs, notamment ceux dépendants des matières plastiques issues du pétrole.
De plus, les carburants jouent un rôle central dans le transport et la distribution. La Tunisie reste très dépendante des importations d’énergie provenant de pays qui ne mettent pas en œuvre de politiques de soutien aux prix ».
Ainsi, toute élévation des prix internationaux se traduit mécaniquement par une hausse des coûts internes, générant de nouvelles pressions inflationnistes.
Mise en place de politiques préventives
Le ralentissement du trafic en mer Rouge et au canal de Suez, ainsi que les menaces sur le détroit d’Ormuz, qui pourraient allonger les délais de livraison et augmenter les coûts logistiques, représentent des facteurs qui se répercutent sur les prix des matières premières et des produits manufacturés importés par la Tunisie.
La fermeture du détroit d’Ormuz pourrait causer un choc majeur sur la production et les exportations mondiales, entraînant une augmentation du prix du baril jusqu’à 100 dollars.
Dans ce contexte, « la Tunisie serait confrontée à un risque accru d’élargissement du déficit de compensation et d’alourdissement de la facture énergétique, ce qui intensifierait la pression sur le budget de l’État et réduirait sa capacité à stabiliser les prix intérieurs sans recourir à des mesures exceptionnelles ».
L’analyste financier a plaidé pour l’adoption de politiques préventives, notamment au moyen de mécanismes de couverture contre la volatilité des prix et de diversification des sources d’approvisionnement énergétique.
En conclusion, dans des périodes d’incertitude, les pays se distinguent par leur capacité à anticiper plutôt qu’à subir. Le monde semble entrer dans une période de turbulence durable.
La question ne se limite pas à la durée de la confrontation, mais à l’impact des trajectoires structurelles qu’elle imposera aux États.
À cet égard, la Tunisie possède un atout rare dans son environnement régional… la stabilité. Reste à en faire, avec lucidité, un levier stratégique dans un ordre mondial en pleine transformation.

