Tunisie

Blocage du détroit d’Ormuz : Risques économiques et secteurs impactés

La fermeture de la navigation maritime à travers le détroit d’Ormuz par l’Iran a touché en premier lieu les hydrocarbures, le pétrole brut, et raffiné et des produits chimiques et dérivés, ainsi que le trafic des conteneurs. Les Nations unies ont lancé un groupe de travail sur la question du détroit d’Ormuz pour donner des solutions et mécanismes techniques spécifiques afin de répondre aux besoins humanitaires dans cette zone.

Sur le plan juridique, la situation reste complexe même si la crise est terminée. Les conséquences seront visibles à moyen terme, en particulier dans les secteurs stratégiques. Les domaines du pétrole, du gaz et des engrais chimiques se trouvent au cœur des impacts, mais l’agriculture et d’autres secteurs seront également affectés. Selon les prévisions de la Cnuced, les pays en développement seront les plus touchés par la hausse des prix des hydrocarbures.

La Presse —Le conflit en cours au Moyen-Orient a provoqué, entre autres, un blocage de la navigation dans le détroit d’Ormuz, touchant tous types de navires y compris commerciaux. Cette situation a eu des répercussions sur plusieurs secteurs stratégiques au niveau mondial.

Des marchés mondiaux tels que ceux des hydrocarbures, du pétrole et du gaz, ainsi que des produits dérivés utilisés dans des secteurs comme les engrais chimiques, ont été perturbés. Les prix du pétrole ont particulièrement flambé, atteignant même 115 et 118 dollars américains, ce qui compromet toutes les prévisions et les budgets.

Les variations des prix du pétrole et du gaz se maintiendront tant que cette crise ne sera pas résolue. Au-delà des impacts immédiats, cette crise aura des répercussions sur les prix de certains produits, y compris les engrais chimiques, ainsi que sur le pétrole et le gaz, à moyen terme, puisque plusieurs chaînes de production ont été affectées, les stocks de matières premières ont été chamboulés et des pénuries sont même signalées.

Selon Faycel Lassoued, expert en navigation maritime internationale, la fermeture de la navigation dans le détroit d’Ormuz par l’Iran a principalement touché les hydrocarbures, le pétrole brut et raffiné, ainsi que les produits chimiques et dérivés, sans oublier le trafic des conteneurs. En effet, les statistiques des Nations unies pour 2024 indiquent un transit de 14,3 millions de barils de pétrole brut par jour par le détroit, dont 84 % sont destinés à la région asiatique, en plus de quantités significatives de gaz naturel liquéfié, représentant plus de 20 % des exportations mondiales.

Lors d’une journée d’étude sur les risques relatifs à la navigation maritime internationale au détroit d’Ormuz, organisée par la faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, Lassoued a précisé que cette fermeture a également touché les engrais chimiques, dont un tiers de la production mondiale provient de cette région.

«De nombreuses activités seront affectées par ce blocus, y compris l’agriculture. De plus, d’autres gaz utilisés dans l’industrie seront également impactés, perturbant l’activité industrielle à travers le monde», a-t-il explicité. Il a également mentionné la hausse des prix des hydrocarbures et du fuel pour le transport maritime, ainsi que l’augmentation des primes d’assurance en raison des risques liés à la sécurité de la navigation. Selon lui, et d’après les prévisions de la Cnuced, les pays en développement seront les plus touchés par l’augmentation des prix des hydrocarbures.

Bab El Manden, deuxième point dans la crise

L’OMI a œuvré tout au long de cette période pour trouver des solutions techniques relatives aux questions maritimes internationales, en particulier concernant la navigation dans le détroit d’Ormuz, malgré les réactions iraniennes aux recommandations du Conseil de sécurité des Nations unies, a déclaré Lassoued. Ce dernier a également souligné que la navigation maritime a été perturbée à Bab El Mandeb, une zone critique pour le pétrole saoudien.

En effet, «une augmentation de l’insécurité dans d’autres détroits, à commencer par Bab El Mandeb, est l’une de nos options», a déclaré une source militaire iranienne à l’agence de presse Tasnim le 21 mars. Le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné, le 11 mars, les actions entreprises par l’Iran visant à bloquer partiellement ou totalement le détroit d’Ormuz et celles menaçant la sécurité maritime à Bab El Mandeb.

Le Conseil a demandé à l’Iran de cesser toutes ses opérations militaires ayant conduit à ce blocage et à l’arrêt de la navigation libre dans cette région. Il a aussi affirmé qu’il suivra la situation de près.

Le 22 mars, malgré l’annonce selon laquelle l’Iran permettrait aux navires ne provenant pas des États-Unis et de l’entité sioniste, et n’ayant pas d’intérêts commerciaux avec eux, des organisations suivant la situation ont rapporté le maintien du blocus iranien au détroit d’Ormuz.

De son côté, le professeur Montassar Ben Salem a évoqué les efforts du Conseil de sécurité de l’ONU, notamment la résolution 2817 de 2026 condamnant la fermeture du détroit. Il a également indiqué que 40 États ont, avant-hier par visioconférence, condamné cette fermeture et ont exploré des solutions envisageant des sanctions pour faire pression sur l’Iran. Une situation qui est encore loin d’être résolue sur le plan juridique, a-t-il souligné.

Situation humanitaire difficile des marins bloqués

Les incidents et la situation de blocage dans la mer d’Arabie, la mer d’Oman et le Golfe, en particulier à l’intérieur et à proximité du détroit d’Ormuz, ont suscité des réactions parmi les professionnels du secteur des transports maritimes, ainsi que plusieurs pays, organisations, et notamment l’ONU et l’Organisation maritime internationale (OMI).

Les Nations unies ont formé un groupe de travail sur la question du détroit d’Ormuz. Cette nouvelle équipe, récemment mise en place par le secrétaire général de l’ONU, vise à apporter des solutions et des mécanismes techniques spécifiques pour répondre aux besoins humanitaires dans cette région. L’équipe inclut, entre autres, des représentants de la Cnuced, de la Chambre de commerce internationale, ainsi que d’autres organismes, dont l’OMI.

Les organisations observant la situation, y compris l’OMI, rapportent que plus de 20 000 marins sont actuellement bloqués dans le Golfe Persique, à bord de navires exposés à divers risques et en proie à une forte pression mentale. L’OMI, par la voix de son secrétaire général, Arsenio Dominguez, a qualifié cette situation d’inacceptable et a souligné qu’elle ne devait en aucun cas perdurer. Dominguez a appelé toutes les parties prenantes et acteurs concernés à «prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection des marins, leurs droits et leur bien-être, ainsi que la liberté de navigation, conformément au droit international».

Les marins ne doivent pas être pris pour cibles, a déclaré le secrétaire général de l’OMI après le rapport de décès de marins signalés au Moyen-Orient le 6 mars. Quatre marins avaient été déclarés morts et trois autres blessés.

Risque de famine

Les équipages des navires bloqués dans le Golfe en raison du blocus au détroit d’Ormuz commencent à ressentir des inquiétudes et doivent rationner l’eau et la nourriture à leur disposition. Avec la pénurie d’eau potable, certains commencent à faire bouillir de l’eau pour boire, comme l’a déclaré un marin indien à l’AFP.

Cette situation suscite des inquiétudes quant à la santé des équipages, à l’instar des propos d’un capitaine d’un navire bloqué près du Qatar, à proximité de la grande usine de gaz naturel liquéfié de Ras Laffan, qui a été touché jeudi par une attaque iranienne. «Si le port ferme complètement, il sera impossible de débarquer l’équipage. C’est donc un sujet d’inquiétude», a affirmé le capitaine indien qui a requis l’anonymat.