Maroc

Un tournant stratégique pour l’industrie aéronautique marocaine en montée.

La réalisation de l’usine de production des trains d’atterrissage du Groupe Safran à Nouaceur représente un investissement de plus de 280 millions d’euros et permettra la création de 500 emplois hautement qualifiés. Selon Khaled Hamadé, cette unité est considérée comme l’un des plus grands centres de fabrication de systèmes d’atterrissage au monde et contribue à renforcer l’attractivité du Maroc auprès d’autres équipementiers mondiaux.


La construction de l’usine de production des trains d’atterrissage du Groupe Safran à Nouaceur représente un tournant stratégique dans l’essor de l’industrie aéronautique marocaine, a déclaré le président de l’Institut international d’études géopolitiques (IIEG), Khaled Hamadé. Situé dans la plateforme industrielle de Midparc au sein du pôle aéronautique de Nouaceur, cet investissement dépassant 280 millions d’euros illustre « la consolidation du positionnement du Maroc comme hub industriel intégré dans les chaînes de valeur mondiales à haute intensité technologique », a précisé cet expert en géostratégie à MAP-Paris.

Selon lui, cet événement dépasse largement le cadre d’un simple investissement industriel, s’inscrivant dans une reconfiguration profonde des équilibres géopolitiques mondiaux. Il a rappelé que la production de systèmes de trains d’atterrissage ne constitue pas une simple activité d’assemblage, mais représente un secteur à forte valeur ajoutée, nécessitant un haut niveau d’ingénierie, de précision et de certification internationale. Il a expliqué que cette nouvelle unité, considérée comme l’un des plus grands centres de fabrication de systèmes d’atterrissage au monde, renforcera le tissu industriel national en matière d’usinage de précision, de métallurgie avancée et de maintenance aéronautique.

Avec 500 emplois hautement qualifiés à la clé et une alimentation entièrement en énergie décarbonée, le projet réaffirme « l’alignement de la stratégie industrielle nationale sur les exigences de compétitivité durable et de transition énergétique », a-t-il ajouté. Sur le plan géostratégique, l’IIEG identifie dans ce projet la matérialisation de la doctrine du « friendshoring » : face aux tensions géopolitiques et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, les puissances occidentales relocalisent leurs productions critiques vers des partenaires jugés politiquement fiables et géographiquement proches.

Le Maroc, selon M. Hamadé, par sa stabilité et sa proximité avec l’Europe, incarne pleinement cette base arrière industrielle stratégique. Pour lui, en développant une capacité de production de trains d’atterrissage et de moteurs de nouvelle génération aux portes de l’Europe, Safran ne délocalise pas : il crée une résilience distribuée pour l’ensemble de l’industrie aéronautique occidentale.

À moyen terme, ce type d’investissement devrait accroître l’attractivité du Royaume vis-à-vis d’autres équipementiers mondiaux et renforcer la souveraineté industrielle dans des secteurs stratégiques, a affirmé M. Hamadé, jugeant que « le Maroc franchit ainsi une nouvelle étape dans son ambition de devenir une plateforme aéronautique de référence à l’échelle internationale ». En devenant un maillon incontournable de la chaîne de valeur aéronautique mondiale, le Maroc ne subit plus la mondialisation : il la façonne désormais à son avantage. Il a conclu en affirmant que « dans le nouvel ordre mondial fragmenté, le Royaume transforme sa géographie économique en capital géopolitique, s’imposant comme un acteur essentiel de la sécurité industrielle occidentale et un modèle de développement pour le continent africain ».