L’IA ne ferme pas la porte aux jeunes cinéastes rêvant d’Oscars.
SiJia Zheng, un Chinois de 29 ans, a réalisé « Torment », un court-métrage généré entièrement par IA en une semaine. L’Académie des Oscars a actualisé ses règles l’an dernier pour considérer l’IA comme une technologie neutre, au même titre que les effets spéciaux.
Lorsqu’il travaille sur ses courts-métrages à l’USC School of Cinematic Arts, SiJia Zheng aspire à participer aux Oscars, à l’instar de l’ancien étudiant Ryan Coogler qui a concouru cette année pour « Sinners ». Avec l’émergence de l’intelligence artificielle, il entrevoit un moyen pour réaliser son rêve. « C’est une chance pour les débutants comme moi, qui peuvent utiliser l’IA pour réaliser un film et montrer au monde entier qu’ils ont les capacités pour devenir réalisateur », déclare-t-il à l’AFP.
Ce Chinois de 29 ans a délibérément opté pour une formation en animation à cette université de Los Angeles, où George Lucas et divers talents de Pixar et DreamWorks ont forgé leur parcours, afin d’améliorer sa maîtrise de cette nouvelle technologie. Grâce à son enseignement, il a réalisé « Torment », un court-métrage sur un lycée terrorisé par un meurtrier masqué.
Primé au Festival LA Shorts, ce film a été entièrement généré par une IA en seulement une semaine. Le jeune homme s’est filmé sur fond vert et a demandé au logiciel de modifier son visage pour représenter différents personnages. La technologie lui a aussi permis de situer son intrigue dans une école asiatique et une piscine, évitant ainsi les coûts élevés des autorisations de tournage. « En tant qu’étudiant, il est impossible d’avoir autant d’argent » pour produire un film, rappelle M. Zheng.
Depuis 2023 et les grèves qui ont paralysé Hollywood, l’IA soulève des tensions entre les studios et les professionnels de l’industrie. Cependant, le jeune cinéaste ne partage pas les réserves de ses aînés, comme Guillermo del Toro, qui a récemment organisé une conférence dans son université. Le réalisateur de « Frankenstein », en lice dimanche pour l’Oscar du meilleur film, est notoirement opposé à l’IA. En octobre dernier, il affirmait encore qu’il « préférerait mourir » plutôt que d’y recourir.
M. Zheng a trouvé « incroyable » le film du Mexicain, notamment la scène d’ouverture où le monstre attaque un trois-mâts du XIXe siècle entièrement reconstitué. Toutefois, il n’a pu s’empêcher de penser qu’il pourrait obtenir un résultat « très similaire » avec l’IA, pour « beaucoup moins cher ».
Avec les progrès rapides de cette technologie, l’étudiant refuse de s’en passer. « L’IA n’est qu’un outil et les gens peuvent l’utiliser pour devenir meilleurs », considère-t-il. L’Académie des Oscars semble également d’accord. L’année dernière, elle a mis à jour ses règles pour considérer l’IA comme une technologie neutre, similaire aux effets spéciaux. Quel que soit son usage, les films restent évalués « en tenant compte du degré auquel un humain a été au cœur de l’initiative créatrice ».
À l’université de Californie du Sud (USC), des enseignants comme Debra Isaac essaient de naviguer dans cette situation complexe. Comme le reste d’Hollywood, cette professeure d’animation est choquée par le plagiat flagrant de Seedance – l’IA de la maison-mère de TikTok – capable de générer un affrontement entre Brad Pitt et Tom Cruise sans rémunération ni consentement des deux stars.
Mais selon elle, « ce n’est pas simplement: +J’ai une idée, je vais taper quelques mots, obtenir mon image ou mon animation, et c’est fini+ ». « Certains de ces outils ne soulèvent pas du tout de problématiques éthiques. Ils sont entraînés par des personnes qui utilisent leur propre travail pour les former », souligne-t-elle. C’est précisément ce qu’a fait Xindi Zhang, récemment diplômée et lauréate d’un Oscar étudiant pour son court-métrage « The Song of Drifters ».
Pour ce mini-documentaire sur la difficulté de se sentir chez soi, l’artiste de 29 ans a alimenté l’IA d’une cinquantaine de ses dessins. Cette base de données a ensuite servi d’inspiration graphique permettant à l’ordinateur de styliser plusieurs séquences initialement filmées en prise de vue réelle. Cela a permis d’accélérer la production, qui aurait autrement pris « des années », raconte-t-elle. Même avec l’aide de l’IA, elle a passé jusqu’à un mois à peaufiner certains plans.
« Lorsqu’on se plonge vraiment dans ce domaine, cela devient un artisanat », insiste la Chinoise, engagée par Amazon et Sony pour intégrer l’IA dans leur processus de production. « Combiner qualité, faible coût et rapidité est impossible, peu importe l’outil que l’on utilise. »

