Maroc

Le décryptage instructif du Premier secrétaire sur l’USFP.

Driss Lachguar, Premier secrétaire de l’USFP, a déclaré : «Nous sommes d’une génération qui croit que la patrie passe avant tout», lors de son intervention sur Radio MFM. Il a également mis en garde contre le risque d’une dérive vers une domination partisane excessive, affirmant que «le plus dangereux pour l’entité nationale et ses institutions, c’est le nihilisme — surtout lorsqu’il transite par les médias publics».


Il y a des moments dans la vie politique d’un pays où les mots prennent une importance particulière, se transformant en actes politiques. La prestation de Driss Lachguar, Premier secrétaire de l’USFP, sur Radio MFM, dans l’émission « Décryptage », en est un exemple. Lors de ces plus de deux heures de débat, Driss Lachguar a présenté une leçon politique alliant profondeur d’analyse, courage intellectuel et sens des responsabilités.

Durant cette discussion dense, Driss Lachguar est resté fidèle à sa ligne : celle d’un homme de gauche qui croit en l’État, défend les institutions sans flatterie, critique le gouvernement sans destruction, et propose des alternatives là où d’autres se contentent de dénoncer. Ce n’est pas une posture, mais une philosophie politique enracinée dans des décennies d’engagement de l’USFP, que le Premier secrétaire incarne avec conviction.

Une opposition qui se réinvente

La question centrale qui se pose à ceux qui suivent la politique marocaine est : qu’est-ce que cela signifie d’être dans l’opposition en 2026, dans un royaume engagé dans des transformations majeures ? Driss Lachguar a répondu en posant les bases d’une nouvelle conception du rôle de l’opposition.

« Nous sommes d’une génération qui croit que la patrie passe avant tout », a affirmé le Premier secrétaire, soulignant que l’USFP rejette le confort de l’opposition systématique, refusant de s’opposer à tout par pure tactique. Il assume ses responsabilités depuis l’opposition avec les mêmes exigences que s’il était au gouvernement.

L’opposition, redéfinie par Driss Lachguar, n’est plus celle du refus systématique, mais une « opposition propositionnelle » qui exige autant que le pouvoir gouvernemental. Proposer des solutions chiffrées sur des questions comme la cherté de la vie ou la crise du logement, voilà ce que signifie pour lui la responsabilité politique.

Cette approche, qui requiert courage et rigueur, se distingue de la facilité démagogique souvent observée. L’opposition doit être aussi informée que le ministre interpellé, aussi précise que le technocrate défié, et aussi crédible que l’expert convoqué. Lachguar a clairement indiqué que l’USFP choisit ce chemin exigeant.

La Constitution de 2011 : entre l’esprit et la lettre

Un point marquant de l’émission fut la discussion sur la Constitution de 2011, où Driss Lachguar a évoqué le risque du « réductionnisme constitutionnel ». Avec une connaissance approfondie de ce sujet, il a mis en garde contre la tentation de réduire la Constitution à sa dimension technique, négligeant sa philosophie fondatrice.

La Constitution de 2011 n’est pas qu’un document juridique, c’est le résultat d’un long processus de luttes et de sacrifices. Elle a établi des principes fondamentaux — séparation des pouvoirs, indépendance des institutions, responsabilité et reddition des comptes — qui ne doivent pas être sacrifiés à la commodité politique ou à l’efficacité à court terme.

Pour Lachguar, le défi réside dans l’application fidèle de la Constitution, respectant l’esprit qui l’anime. « Ce n’est pas la lettre qui compte, c’est l’âme », a-t-il noté, rappelant que chaque disposition doit être honorée dans les faits, pas seulement dans les discours.

Il n’y a pas de pire pour une nation que le nihilisme

Dans un moment fort de l’émission, Driss Lachguar a souligné un danger grave : la transformation des médias publics en caisse de résonance d’un discours nihiliste. Pour lui, cet usage du service public, financé par le contribuable, pour véhiculer des discours sapant la confiance dans les institutions, est inacceptable. « Le plus dangereux pour l’entité nationale et ses institutions, c’est le nihilisme — surtout lorsqu’il passe par les médias publics », a-t-il déclaré.

Entre diagnostic et alternative

Le professeur Mehdi Fakir a abordé le problème de la « surdose de diagnostic » dans le discours des partis d’opposition, en particulier de l’USFP. Pourquoi disséquer les problèmes de la société sans offrir de solutions ? Lachguar a réagi avec sérénité, défendant que l’USFP possède des programmes précis sur les grands dossiers nationaux, et a même signalé que certaines politiques publiques actuelles s’inspirent de leurs propositions antérieures.

Il a affirmé que cette crédibilité ne doit pas être considérée comme un dû, mais comme une démonstration concrète. L’USFP vise à influencer le présent et bâtir l’avenir, sans renier son passé mais sans s’y enliser.

Le temps des intérêts, la fin des illusions

Abdelhamid Jmahri a permis à Driss Lachguar de développer sa vision du Maroc dans le monde post-Covid. Pour lui, la pandémie a révélé une radicalisation des relations internationales et le retour des intérêts nationaux comme boussole diplomatique. Il a salué la politique étrangère de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, notant que les réussites dans le dossier de l’intégrité territoriale résultent d’une stratégie cohérente.

Lachguar a mentionné le travail spécifique de l’USFP pour corriger les positions erronées en faveur du séparatisme à l’international, soulignant des efforts constants sur les scènes africaines, arabes et européennes. Concernant le conflit au Moyen-Orient, il a réaffirmé l’attachement de l’USFP au droit international, plaidant pour la solution à deux États tout en rejetant les extrémismes.

Les alliances politiques : pragmatisme sans abandon de soi

La question des alliances est délicate pour les partis d’opposition. Lachguar a souligné que les alliances de l’USFP doivent être basées sur des convergences idéologiques, pas sur des calculs électoraux. Il a évoqué des affinités avec le Parti de l’Istiqlal et d’autres formations sociales-démocrates tout en insistant sur la nécessité d’un projet commun et non d’un simple effort de nombre.

Ce pragmatisme, ancré dans des valeurs, est une caractéristique de l’USFP. Lachguar a clairement indiqué que l’USFP est prêt à s’allier, mais sans compromettre ses valeurs.

La démocratie ne se protège pas avec des mots, elle se défend avec des actes

Driss Lachguar a averti sur les risques d’hégémonisme en politique, soulignant que la démocratie n’est pas acquise et que concentrer trop de pouvoir constitue une menace.

Un gouvernement sous surveillance critique

Malgré son refus de la démagogie, Lachguar a critiqué avec précision le gouvernement actuel. Selon lui, la création d’emplois est inférieure aux promesses, et la gestion du soutien public a révélé des failles ayant alimenté la frustration.

Il a abordé la question de l’heure légale avec une exigence d’étude sérieuse et indépendante, rejetant les demandes impulsives tant des partisans du statu quo que de ceux qui exigent un changement immédiat.

Lachguar a mis en garde contre le risque d’une domination excessive d’un parti, rappelant que la majorité gouvernementale ne doit pas se confondre avec la légitimité politique.

Contre le nihilisme, pour la démocratie vivante

Driss Lachguar défend les institutions, arguant que les discours de défiance érodent la confiance. Il fait la différence entre critique constructive et dénigrement stérile. Selon lui, le Maroc a accumulé un précieux capital institutionnel qu’il faut préserver.

L’heure légale : l’expertise contre la surenchère

Sur le dossier de l’heure légale, Lachguar plaide pour une étude rigoureuse et indépendante avant toute décision. Il rejette les discours populistes et les esquives gouvernementales, insistant sur l’importance de baser les décisions sur des faits.

La régionalisation avancée : un chantier à la hauteur des ambitions

Driss Lachguar a évoqué l’importance de la régionalisation avancée, reconnaissant les orientations royales et soulignant la contribution de l’USFP à ce chantier, visant un développement territorial intégré.

Un leader qui dure parce qu’il pense

Au terme de cette riche émission, la cohérence de Lachguar entre valeurs et positions se démarque. Il conclut en appelant à « frapper à la porte de l’avenir », affirmant que l’USFP est déterminé à contribuer à l’écriture d’un nouveau récit pour le Maroc.

L’opposition, selon Lachguar, est un engagement exigeant en service de la nation, visant un Maroc plus juste, plus fort et plus libre.