Le CMC ne minimise pas l’impact de l’accord UE-Mercosur sur l’économie marocaine.
L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur « ne constitue pas, pour le Maroc, un choc commercial frontal et uniforme », selon le Centre marocain de conjoncture (CMC). Le CMC affirme que « la menace n’est pas homogène. Elle est sélective, plus élevée dans quelques segments agricoles, plus faible dans les filières où la rapidité d’accès au marché est déterminante, et limitée dans l’industrie manufacturière ».
L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur (UE-Mercosur) « ne constitue pas, pour le Maroc, un choc commercial frontal et uniforme », affirme le Centre marocain de conjoncture (CMC), qui soutient que les structures d’exportation du Mercosur et du Maroc vers l’Union européenne se chevauchent uniquement de manière partielle.
Dans sa publication mensuelle « Maroc Conjoncture » de mars 2026 (N°388), le Centre précise que « le Mercosur ne concurrence pas directement le Maroc sur l’ensemble de ses produits à l’export ». Le rapport, intitulé « ALE UE-Mercosur. Quelles incidences pour le Maroc ? », explique qu’il n’y a pas d’équivalent direct entre les exportations bovines sud-américaines et les produits agricoles marocains, qui sont principalement composés de fruits et légumes. L’évolution des métiers mondiaux au Maroc réduit également la part des secteurs menacés par une substitution directe.
Selon le CMC, le Mercosur présente des avantages comparatifs dans la production de viande bovine, de sucre, de soja et d’autres produits agricoles à grande échelle, grâce à une agriculture compétitive en termes de coûts. De plus, le Maroc exporte vers l’Union européenne une gamme plus diverse de biens, avec une forte présence de produits industriels dans l’automobile, les équipements électriques et d’autres segments manufacturiers intégrés aux chaînes de valeur européennes.
L’agriculture d’exportation marocaine est très orientée vers l’horticulture, incluant des produits tels que les tomates, les fruits rouges, les agrumes et, dans une moindre mesure, l’huile d’olive. Toutefois, le CMC observe que l’absence de chevauchement complet ne signifie pas qu’il n’y a pas de risque. Le Centre note deux mécanismes à prendre en compte : l’érosion des préférences commerciales et la pression sur les prix.
Concernant le premier mécanisme, le CMC estime que « dès lors que l’UE accorde au Mercosur des conditions tarifaires favorables, cet avantage relatif se réduit ». Ce phénomène, bien connu, peut ne pas entraîner une chute des volumes exportés, mais augmente la pression concurrentielle et réduit la capacité à maintenir des marges confortables. En ce qui concerne le second mécanisme, l’arrivée de volumes supplémentaires sur le marché européen, même si les produits ne sont pas identiques, peut accroître le pouvoir de négociation des grands distributeurs et des importateurs. Ainsi, « le Maroc peut être affecté non pas parce qu’il fait face à un substitut parfait, mais parce qu’il évolue dans un environnement commercial devenu plus compétitif ».
Les experts de l’observatoire soulignent l’importance d’examiner les filières réellement exposées, en commençant par les agrumes, pour lesquels l’Argentine et l’Uruguay ont une capacité d’exportation significative. Le CMC considère ces pays comme des concurrents potentiels, particulièrement sur certains segments ou à des périodes spécifiques. Pour les fruits rouges, le CMC adopte une perspective nuancée, notant que « la concurrence est possible, mais atténuée par la proximité géographique du Maroc, la nature périssable du produit et des périodes de production qui ne se chevauchent pas toujours ».
En revanche, dans les filières comme la tomate fraîche, le Maroc dispose d’un avantage comparatif solide. Les exportations marocaines vers l’UE reposent sur une combinaison difficile à reproduire : l’accès rapide au marché, la capacité de livraison fréquente et la flexibilité d’ajustement à la demande européenne. L’huile d’olive pourrait subir des pressions sur les prix et une concurrence dans les segments d’entrée de gamme.
Après cette analyse, il apparaît que « la menace n’est pas homogène. Elle est sélective, plus marquée dans certains segments agricoles, plus faible dans ceux où la rapidité d’accès au marché est déterminante, et limitée dans l’industrie manufacturière », conclut l’observateur. Le Maroc reste néanmoins doté de facteurs de résilience significatifs, tels que la proximité géographique, l’intégration industrielle avec l’Europe, l’avantage logistique et la spécialisation croissante dans des segments où la réactivité est cruciale.
De plus, les effets potentiellement positifs de l’accord en matière logistique doivent être considérés. La CMC envisage que « si les échanges entre l’Amérique du Sud et l’Europe se renforcent, les routes maritimes transatlantiques pourraient voir leur importance croître. Dans ce contexte, le Maroc, en particulier Tanger Med, pourrait bénéficier d’une partie de la valeur ajoutée liée à cette augmentation des flux ».
Ainsi, bien que l’accord UE-Mercosur intensifie la concurrence sur le marché européen, en particulier dans certains segments agricoles, il ne « remet pas en cause les fondements de la compétitivité marocaine dans les secteurs où le Royaume a su établir de véritables avantages structurels ».
**Bon à savoir**
L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur est l’un des projets commerciaux les plus ambitieux des dernières décennies. Il vise à établir des liens entre deux blocs économiques majeurs : l’Union européenne, qui compte environ 450 millions d’habitants, et le Mercosur, bloc régional sud-américain qui regroupe près de 270 millions d’habitants, principalement dominé par le Brésil. L’objectif principal est de réduire considérablement les barrières tarifaires entre les deux blocs, en favorisant une libéralisation progressive des échanges de biens et en intégrant également des dispositions relatives aux services et aux investissements. L’accord met en place une libéralisation graduelle, asymétrique selon les secteurs, tout en étant suffisamment vaste pour altérer les équilibres concurrentiels.
**Les facteurs de résilience du Maroc**
Le CMC indique que le Royaume dispose de plusieurs facteurs de résilience qui atténuent les risques liés à l’accord UE-Mercosur. Le premier est la proximité géographique avec l’Europe, essentielle dans les filières agricoles fraîches et dans toutes les activités où le délai de livraison est un élément clé de la compétitivité. Cet atout devient stratégique dans un cadre où les chaînes d’approvisionnement sont davantage évaluées selon leur fiabilité, leur réactivité et leur impact environnemental. Le deuxième facteur de résilience est l’intégration industrielle croissante du Maroc dans les chaînes de valeur européennes. Le Maroc fait désormais partie de réseaux de production régionaux où les décisions d’implantation sont motivées par des logiques de complémentarité industrielle dans le cadre du nearshoring.

