Latifa Akharbach : Le digital ne doit pas être négligé pour le développement.
La présidente de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), Latifa Akharbach, a indiqué, jeudi à Rabat, que près de 78% des Marocains s’informent désormais en ligne, dont 60% via les réseaux sociaux. Elle a également souligné que 58% d’entre eux expriment des inquiétudes quant à leur capacité à distinguer le vrai du faux.
Le digital est destiné à devenir un outil stratégique pour le développement économique et social, alliant modernité numérique, intérêt général, souveraineté culturelle et soutenabilité démocratique, a déclaré jeudi à Rabat Latifa Akharbach, présidente de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA).
Lors d’une conférence organisée par l’École nationale supérieure d’administration (ENSA) sur le thème « L’espace médiatique comme espace public : Enjeux de régulation, de liberté et de protection de l’intérêt général », Mme Akharbach a évoqué les ruptures majeures causées par le digital, telles que la désintermédiation de l’accès à l’information, l’accélération du temps médiatique, l’ascension des grandes plateformes comme acteurs clés de l’espace public et la fragmentation croissante des publics.
Elle a souligné que ces changements ont favorisé la désinformation, fragilisé le journalisme professionnel et introduit de nouvelles logiques de visibilité et de légitimité dans le discours public. Elle a indiqué que ces phénomènes s’inscrivent dans un contexte de déséquilibre croissant entre vitesse et réflexion, où la réaction prime souvent sur l’analyse et où le commentaire précède fréquemment la vérification de l’information.
Par ailleurs, la présidente de la HACA a signalé une profonde transformation de l’espace public médiatique à l’ère numérique, qualifiant cette évolution de « question d’une acuité particulière », tant au niveau national qu’à l’échelle mondiale dans le cadre des débats sur la démocratie, l’information et la cohésion sociale. Elle a ajouté que cet espace « ne saurait être réduit à un simple canal de diffusion des discours, ni à un accessoire de la vie démocratique », le considérant plutôt comme une « véritable infrastructure civique essentielle ».
Mme Akharbach a également mis en garde contre l’importance des algorithmes, précisant qu’ils ne sont pas neutres, car ils hiérarchisent et valorisent les contenus selon des logiques propres, privilégiant des modèles basés sur l’émotion et le sensationnalisme, au détriment de la pensée complexe et d’un débat éclairé.
Elle a observé une transformation significative des mécanismes de légitimité dans l’espace médiatique, notant qu’ »alors que la légitimité reposait auparavant sur l’expertise et l’autorité institutionnelle, elle tend aujourd’hui à être conditionnée par la viralité et la performance algorithmique ».
En s’appuyant sur des données récentes, Mme Akharbach a fait état de près de 78 % des Marocains qui s’informent désormais en ligne, dont 60 % par le biais des réseaux sociaux, ainsi que de 58 % d’entre eux exprimant des inquiétudes quant à leur capacité à faire la distinction entre le vrai et le faux.
Elle a également affirmé que la HACA constate une conscience collective croissante de la nécessité d’adopter une approche renouvelée de la régulation dans le pays. Cette approche, a-t-elle précisé, « devrait être fondée sur une réponse systémique contre la désinformation, le renforcement des médias d’intérêt général et de l’audiovisuel public, ainsi que la promotion de la littératie médiatique et numérique ».
Mme Akharbach a salué la « trajectoire numérique ambitieuse et volontariste » du Maroc, en insistant sur la nécessité de « coupler cette agilité opérationnelle à une réflexion stratégique renouvelée », afin de garantir un équilibre entre innovation technologique, qualité de l’information et préservation des valeurs démocratiques.
De son côté, la directrice générale de l’ENSA, Nada Biaz, a fait savoir, dans une déclaration à la MAP, que cette rencontre s’inscrit dans une série de conférences visant à établir le rôle de l’École comme plateforme de débat public et d’analyse sur des enjeux d’actualité et d’importance stratégique.
Elle a affirmé que le développement des technologies de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux, donnant lieu à un flux d’informations, qu’elles soient vraies ou fausses, confirme l’importance de la régulation, du contrôle et d’une bonne gouvernance dans le domaine de la gestion de l’information et de la communication.
Le cycle de conférences « Jeud’ENSA » vise ainsi à instaurer un espace permanent de réflexion stratégique, de dialogue institutionnel et de partage d’expériences autour des grands enjeux de l’action publique, réunissant décideurs publics, responsables politiques, experts nationaux et internationaux, enseignants-chercheurs et hauts cadres de l’administration.

