Julie Kretzschmar : La culture ne contribue pas à créer le dialogue politique.
Julie Kretzschmar, commissaire générale de la Saison Méditerranée 2026, a souligné que la programmation valorise des créateurs marocains et franco-marocains dans des dialogues avec d’autres scènes méditerranéennes. La Saison aborde cinq grandes thématiques partagées : les utopies spéculatives, les identités plurielles, les spiritualités contemporaines, l’histoire collective des migrations, et la construction des récits.
Julie Kretzschmar, commissaire générale de la Saison Méditerranée 2026, a accordé cet entretien à Libé pour discuter de cette Saison et de sa programmation, qui met en avant des créateurs marocains et franco-marocains en dialogue avec d’autres scènes méditerranéennes.
Libé : Le Maroc fera partie des moments marquants de la Saison Méditerranée 2026. Quelles en sont les raisons et comment cette programmation va-t-elle promouvoir la diversité des cultures méditerranéennes ?
Julie Kretzschmar : Ce choix repose sur la richesse des liens entre nos deux pays, qu’ils soient issus des diasporas, des échanges artistiques, des collaborations universitaires ou des initiatives économiques. Ce n’est pas une Saison focalisée sur un seul pays et sa scène de manière traditionnelle. Elle favorise les interactions entre artistes, penseurs et collectifs, souvent liés par des parcours transnationaux. La programmation met ainsi en avant des créateurs marocains et franco-marocains dans des échanges avec d’autres scènes méditerranéennes.
Cette approche incarne l’idée fondamentale de la Saison : parler de «une Méditerranée ou des Méditerranées», c’est reconnaître la pluralité des récits, des langues et des appartenances, et faire de cette diversité une richesse partagée. Il ne s’agit pas seulement de célébrer un patrimoine commun, mais de réfléchir ensemble sur les défis contemporains à travers cinq grandes thématiques : les utopies spéculatives, les identités plurielles, les spiritualités contemporaines, l’histoire collective des migrations et enfin, la construction des récits.
Cependant, il est important de rappeler que le partenariat qui unit la France et le Maroc est qualifié de «partenariat d’exception», et cela près d’un an après la visite d’État du président de la République française au Maroc, sur invitation de Sa Majesté Mohammed VI. Le Maroc bénéficie également du statut de «partenaire avancé» de l’Union européenne et est actif dans sa diplomatie en Afrique.
«À l’aune des enjeux contemporains qui façonnent la Méditerranée, la culture ouvre un espace de dialogue et d’imaginaire commun.» Au-delà de la Saison, de nombreuses initiatives mettent en avant ces liens en 2026 : l’artiste franco-marocaine Yto Barrada représentera la France à la prochaine Biennale de Venise ; Rabat a été désigné capitale mondiale du livre par l’UNESCO et le Maroc a convié la France au SIEL (Salon international de l’édition et du livre), alors que l’année précédente, le pays était l’invité d’honneur de la quatrième édition du Festival du livre de Paris.
À votre avis, la culture et le dialogue interculturel peuvent-ils jouer un rôle essentiel dans la revitalisation du dialogue politique dans le bassin méditerranéen, aujourd’hui fragilisé ?
La culture ne remplace pas le dialogue politique, mais elle contribue à créer les conditions nécessaires. Elle constitue une des bases les plus durables. Face aux enjeux contemporains qui influencent la Méditerranée, la culture offre un espace de dialogue et d’imaginaire commun.
C’est pourquoi cette Saison aspire à être un temps de création généreux et polyphonique, un espace de coopération qui soutient des histoires collectives provenant des sociétés civiles, soulevant ainsi des questionnements essentiels.
Dans cette Saison Méditerranée, vous insistez sur le dialogue interculturel.
Le dialogue interculturel favorise la coopération. C’est l’un des messages clés de cette Saison. Nous avons été attentifs aux contextes, aux temporalités et aux récits locaux. Nous avons acquis la confiance nécessaire durant le temps de la rencontre et avons tenté de déconstruire les asymétries. Cette coopération a permis de reconstruire des relations, de partager des connaissances, de réfléchir sur les divergences et de clarifier des traductions.
En mettant en avant les récits des diasporas, les mémoires migratoires et les identités plurielles, la Saison contribue également à déconstruire les représentations figées. Elle permet de redonner vie à des imaginaires, des utopies spéculatives, et c’est souvent à partir de ces imaginaires que la confiance peut se reconstruire.
Entretien réalisé par Youssef Lahlali.

