Crise quotidienne : Dans la poche du citoyen, dans le panier de la ménagère.
Depuis la crise de la mer Noire jusqu’à celle actuelle des carburants, la narration gouvernementale reste remarquablement constante, mobilisant un lexique du contrôle comme « situation maîtrisée » et « approvisionnement assuré ». Le discours ministériel, dominé par Leïla Benali, participe à la justifier et à la légitimer par le langage, tout en évacuant des questions centrales sur les choix politiques liés à la libéralisation.
Depuis la crise de la mer Noire jusqu’à la crise actuelle des carburants, la communication du gouvernement reste remarquablement constante. Elle adopte un ton rassurant, utilisant un vocabulaire axé sur le contrôle — « situation maîtrisée », « approvisionnement assuré », « système flexible » — tout en soulignant les avantages de la libéralisation du secteur et des mécanismes du marché.
L’analyse des interventions médiatiques de l’exécutif révèle que la parole ministérielle va au-delà de l’information. Elle s’affirme comme un instrument de gouvernement, remplissant plusieurs fonctions : légitimer les choix publics, orienter la perception des citoyens, désamorcer les critiques potentielles et projeter une image de maîtrise.
Au fil du temps, ces discours ont contribué à transformer l’espace public en une scène pour le discours gouvernemental, essentiellement centré sur les déclarations de Leïla Benali, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable. Ce discours ne se limite pas à expliquer l’action publique ; il participe à la justifier, à la rationaliser et à la légitimer.
L’un des aspects les plus notables de la communication gouvernementale sur les prix des carburants est le rôle central de la ministre de l’Énergie. Sa parole structure le récit et agit comme un validateurs de la réalité. Ce qui relève d’une position politique est présenté comme une vérité technique ou objective. Cela repose sur deux mécanismes : l’absence de contradicteur (sans voix critiques ou expertise alternative) et la technicisation du discours (utilisation de termes économiques et énergétiques qui renforcent l’autorité du locuteur). Ainsi, il existe une asymétrie discursive où le gouvernement parle, mais n’est pas véritablement questionné.
Le discours ministériel utilise de manière répétée un lexique de contrôle. Ces expressions ne sont pas neutres et participent à une stratégie visant à créer un sentiment de sécurité au milieu de l’incertitude. Cependant, cette rhétorique est en contradiction avec certains éléments factuels, comme la dépendance aux marchés internationaux et la fragilité des stocks stratégiques. On observe ici une discordance entre le discours politique et la réalité structurelle. Le discours ne nie pas les fragilités, mais les reconfigure pour éviter qu’elles ne deviennent des objets de critique.
Un autre mécanisme crucial est la transformation d’un enjeu politique en problème technique. Dans ses interventions, la ministre aborde la question des carburants à travers des indicateurs, des contraintes logistiques et des variables économiques, ce qui produit un effet de dépolitisation.
Cela évacue des questions essentielles telles que : qui décide des prix ? Quels choix politiques sous-tendent la libéralisation ? Quels intérêts sont en jeu ? Le citoyen disparaît au profit de catégories abstraites, et le débat devient technique, et donc moins contestable.
Le discours gouvernemental a tendance à imputer les tensions du secteur à des facteurs externes, comme les fluctuations des marchés internationaux, les crises géopolitiques et les perturbations logistiques. Ainsi, il y a une externalisation de la responsabilité. Les problèmes sont présentés comme provenant de l’extérieur, et l’État apparaît comme un acteur qui subit puis gère, ce qui permet de décharger partiellement la responsabilité politique interne, notamment sur des décisions cruciales comme la libéralisation du marché et la gestion des infrastructures énergétiques.
En analyse de discours, ce qui n’est pas dit est souvent aussi significatif que ce qui est exprimé. Dans ce contexte, certaines absences sont marquantes, notamment celle de la raffinerie Samir, mentionnée mais non problématisée, alors qu’elle est centrale dans la dépendance énergétique.
De plus, la question des marges des distributeurs est absente, sans analyse du rôle des acteurs privés ou de leur pouvoir sur les prix. Enfin, l’impact social est presque totalement ignoré, avec peu ou pas de réflexion sur le pouvoir d’achat, les inégalités et la précarité énergétique. Ces silences délimitent les sujets acceptables et contribuent à une gestion discursive du conflit, en évitant les débats qui pourraient politiser les questions.
Le discours de la ministre inclut aussi la notion de souveraineté énergétique, présentée comme un objectif stratégique. Cependant, cette notion semble davantage un outil de légitimation, car elle coexiste avec des éléments contradictoires, comme la dépendance aux importations et la domination des acteurs privés. Il s’agit d’une souveraineté déclarative, renforçant la crédibilité de l’action publique sans correspondre entièrement à une réalité opérationnelle.
Enfin, la communication de la ministre révèle une logique visant à stabiliser le système sans le transformer. Elle se traduit par une gestion narrative des crises, une minimisation des tensions, et un manque de vision structurelle à long terme. Le gouvernement apparaît comme un acteur régulateur du discours, dont l’objectif principal est de maintenir la confiance plutôt que de remettre en question les fondements du modèle. Ainsi, la politique énergétique se joue non seulement dans les décisions économiques, mais aussi dans la manière dont celles-ci sont présentées, justifiées et mises en scène.
Hassan Bentaleb

