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« Les limites du retrait des soldats américains d’Allemagne »

Le déploiement américain en Allemagne a diminué depuis la fin de la Guerre froide, passant de 200.000 soldats dans les années 1990 à plus de 35.000 actuellement. Selon le « National Defense Authorization Act » adopté cette année, il n’est pas possible de réduire les effectifs des troupes américaines en Europe en dessous de 76.000 soldats sans une évaluation approfondie.


« Une décision sera prise très prochainement ». Sur son réseau Truth Social, le président américain Donald Trump laisse planer le doute : va-t-il réduire les « effectifs militaires américains » en Allemagne, comme il l’a suggéré mercredi ? Cette menace, qui ressemble à une sanction, fait suite à des commentaires acérés du chancelier allemand Friedrich Merz, qui a notamment souligné un manque de stratégie des États-Unis en Iran.

Bien que les deux pays aient depuis évoqué un apaisement des tensions et des relations qualifiées de « bonnes et inchangées », cet échange met en lumière l’électricité persistante entre Berlin et Washington sur les questions de défense. Ce n’est pas la première fois que cela se produit. « Ils ont déjà retiré des soldats, notamment pendant le premier mandat de Donald Trump », indique Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux.

Historique, le déploiement américain a diminué. Depuis la fin de la Guerre froide, la présence militaire américaine en Allemagne a chuté de 200 000 soldats dans les années 1990 à plus de 35 000 aujourd’hui, selon le service de recherche du Congrès. « Il y a deux types de présence américaine : des unités de combat qui participent à la défense de l’espace européen, et de très gros dispositifs américains qui servent à la projection de la puissance et du commandement des États-Unis », précise Stéphane Audrand.

Ces bases sont donc cruciales pour le déploiement de troupes et de moyens militaires au Moyen-Orient, ayant été utilisées lors de la première Guerre du Golfe en 1991. Par exemple, la base de Ramstein, dans l’ouest de l’Allemagne, est l’une des plus grandes de l’US Air Force. « Pour les États-Unis, l’Allemagne fonctionne comme un grand porte-avions terrestre permettant toutes sortes d’opérations », souligne Johanna Möhring, chercheuse associée à l’Université de Bonn. « Il y a un vrai intérêt stratégique pour les Américains de garder une présence en Allemagne ».

« Les mains du président Trump sont liées », ajoute Johanna Möhring, en citant le « National Defense Authorization Act » adopté par le Congrès américain cette année. « La loi exclut toute réduction des effectifs des troupes américaines en Europe, qui comptent actuellement 85 000 soldats, en dessous de 76 000 soldats sans une évaluation approfondie indiquant qu’un tel retrait a été convenu avec les alliés et qu’il ne compromet pas la sécurité des États-Unis et de l’Europe », rappelle-t-elle. Le prochain rapport américain sur sa présence militaire à l’étranger devrait néanmoins s’orienter vers une réduction des effectifs pour se concentrer sur l’Asie, selon la chercheuse.

« Clairement, ils ont besoin de leurs bases européennes », abonde Stéphane Audrand. Néanmoins, les États-Unis pourraient choisir de se concentrer sur d’autres pays comme la Pologne, ce qui ne réjouirait pas Berlin, sous parapluie américain. « L’Allemagne mise encore tout sur les États-Unis pour sa stratégie de défense », note le consultant. « À chaque fois que les Américains adoptent cette attitude, la stratégie de Berlin se trouve fragilisée ».

Guillaume Ancel, ancien officier et auteur du blog Ne pas subir, déplore une « menace grave » de Donald Trump. « Ce n’est pas une question de 10 000 soldats en plus ou en moins sur une base militaire », analyse-t-il. « Cela fait partie d’une volonté plus large de quitter la défense de l’Europe ». Selon lui, les cibles sont claires : derrière l’Allemagne, c’est l’Otan et les pays européens que remet en cause le président américain. « Et c’est un excellent signal envoyé à Vladimir Poutine », critique l’ancien officier.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le président américain n’a pas hésité à critiquer ses alliés, agacé par leur manque de soutien, notamment pour sécuriser le détroit d’Ormuz. Plus largement, Trump multiplie les déclarations sur son désir de quitter l’alliance nord-atlantique. « Les discussions sur le partage du fardeau sont aussi anciennes que l’Alliance », fait remarquer Johanna Möhring. Elle ajoute : « Ce qui est nouveau, et qui avait déjà commencé sous la première présidence Trump, c’est l’insistance sur le transfert du fardeau de défense vers les alliés européens ».

« La vision de Donald Trump est celle d’une diplomatie transactionnelle : il souhaite un maximum de relations bilatérales entre les États-Unis et des pays plus faibles. Or, l’Europe est un groupe de pays unis qui lui dit non », analyse Stéphane Audrand. Pour imposer son schéma vertical, « il mélange tout : droits de douane, défense, partenariat stratégique… », énumère-t-il. En attendant, l’Europe, et surtout l’Allemagne, « font le dos rond ».