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Guerre en Iran : L’US Air Force frappe-t-elle les sites iraniens ?

L’Iran a subi de nouveaux bombardements dans la nuit de mardi à mercredi, lors desquels « les forces américaines ont utilisé avec succès plusieurs munitions à pénétration profonde de 5.000 livres [2.270 kg] contre des sites de missiles iraniens renforcés, situés le long des côtes iraniennes, près du détroit d’Ormuz », selon le Commandement central des Etats-Unis. Une étude a analysé qu’au cours des 96 premières heures du conflit, « les États-Unis [et Israël] ont utilisé quelque 5.197 munitions de 35 types différents », dont 532 bombes GBU-31, GBU-32 et GBU-38.


L’Iran a subi ces dernières heures de nouvelles frappes aériennes. Dans la nuit de mardi à mercredi, « les forces américaines ont utilisé avec succès plusieurs munitions à pénétration profonde de 5.000 livres [2.270 kg] contre des sites de missiles iraniens renforcés, situés le long des côtes iraniennes, près du détroit d’Ormuz », a déclaré sur les réseaux sociaux le Commandement central des États-Unis au Moyen-Orient.

« Les missiles de croisière antinavires iraniens déployés sur ces sites représentaient une menace pour la navigation internationale dans le détroit », a ajouté l’US Central Command. L’objectif de ce bombardement massif était clairement de détruire les capacités antinavires des Iraniens situées le long des côtes, afin de sécuriser le détroit d’Ormuz, actuellement (presque) entièrement fermé à la navigation.

Pour cette opération, l’armée américaine a notamment employé des bombes GBU-72 Advanced 5K Penetrator, alors qu’elle utilisait jusque-là, entre autres, des bombes GBU-31 de 900 kg. Sa spécificité ne réside pas seulement dans son poids, mais aussi dans ses capacités. « La GBU-72 a été développée pour neutraliser les cibles fortifiées et profondément enfouies, et est conçue pour les avions de chasse et les bombardiers », expliquait dans un communiqué l’US Air Force en 2021, à l’issue des tests de cette bombe. La létalité de la GBU-72 devrait être nettement supérieure à celle d’armes similaires plus anciennes comme la GBU-28 [bombe guidée antibunker de 2.268 kg].

Selon The War Zone, la GBU-28 serait capable de pénétrer plus de 45 mètres de terre et au moins 4,5 mètres de béton armé. Les capacités de la GBU-72 doivent donc être supérieures. Par ailleurs, de nouvelles capacités de guidage sont censées lui apporter un surcroît de précision par rapport au guidage laser de la GBU-28, permettant ainsi à l’US Air Force de réaliser ces frappes par tous les temps.

Pour les bombardements en Iran, les États-Unis déploient leurs trois bombardiers stratégiques : le B-1B Lancer, le B-2A Spirit et le B-52H Stratofortress, stationnés sur les bases de Diego Garcia (pour les B-2) – territoire britannique dans l’océan Indien – et de Fairford (pour les B-1 et B-52), base de la Royal Air Force située dans le sud de l’Angleterre. Le gouvernement britannique a en effet approuvé l’utilisation de cette dernière pour des frappes « défensives » contre des sites militaires iraniens, mais a refusé de s’impliquer dans le conflit plus large.

La 501e escadre de soutien au combat de l’US Air Force gère et soutient les opérations à la base de Fairford. Environ six B-52 et douze B-1 ont été enregistrés, effectuant quotidiennement deux ou trois séries de décollages, avec un nombre similaire d’atterrissages. La base a également enregistré plusieurs départs d’avions-cargos de l’US Air Force.

Une telle concentration d’avions de guerre attire des centaines de personnes, qu’ils soient spécialistes de l’aviation ou simples curieux. « Le B-1 est quasiment la chose la plus bruyante sur terre », a témoigné auprès de l’AFP Adrian, un passionné d’avions militaires, après le décollage du bombardier. « Je n’ai jamais entendu quelque chose d’aussi fort, même quand on est habitué aux avions de chasse. »

Cette excitation est tempérée par la conscience de la gravité de la situation au Moyen-Orient. L’US Air Force montre d’ailleurs ostensiblement au public les munitions qu’elle charge dans ses bombardiers avant leur décollage vers l’Iran, qu’il s’agisse de bombes ou de missiles.

Il est difficile d’évaluer le volume de bombes actuellement utilisées par les États-Unis. Toutefois, une étude approfondie du Foreign Policy Research Institute (FPRI) a analysé qu’au cours des 96 premières heures du conflit, « les États-Unis [et Israël] ont utilisé quelque 5.197 munitions de 35 types différents », dont 532 bombes GBU-31, GBU-32 et GBU-38. Cela fait de « Epic Fury la campagne aérienne d’ouverture la plus intensive de l’histoire moderne, surpassant largement les trois premiers jours de l’intervention en Libye », assure le FPRI.

La facture est significative : elle est estimée à « 20 milliards de dollars » sur ces quatre premiers jours, en prenant en compte les munitions utilisées et les pertes subies (notamment un radar d’alerte précoce au Qatar et trois avions de chasse F-15E Strike Eagle).

Cette utilisation intense des armements soulève la question de leur disponibilité. « Parmi les 35 types de munitions utilisés, 21 [possèdent] des stocks importants et des chaînes de production bien établies », indique cette étude. C’est le cas en particulier des bombes GBU 31, 32 et 38, dont les stocks permettraient aux États-Unis de poursuivre la guerre au même rythme durant… 865 jours. Mais « le véritable coût de la guerre se concentre sur les 14 systèmes actuellement mis à rude épreuve », ajoute le FPRI.

Les stocks américains de missiles balistiques ATACMS et PrSM [Precision Strike Missile] ont diminué d’un tiers, la production des ATACMS étant désormais à l’arrêt. Les intercepteurs THAAD des pays partenaires, qui sont déjà en faible nombre, ont également été épuisés de plus d’un tiers. Huit bombes GBU-57 Massive Ordnance Penetrator [une bombe de… 13.600 kg qui serait capable de pénétrer jusqu’à 61 mètres de profondeur avant d’exploser] ont été utilisées, soit près d’un quart des stocks restants, qui ne peuvent être livrées que par la flotte de 20 bombardiers B-2 Spirit, tandis que leur réapprovisionnement n’est pas prévu avant 2028, précise l’Institut.

La capacité de réapprovisionner ces stocks « ne s’active pas d’un claquement de doigts », ajoute cet institut, « c’est une longue chaîne qui commence par l’accès aux minéraux, aux ressources énergétiques et aux sous-traitants, et se termine par des chaînes de production ».

En conclusion, « la coalition peut continuer à frapper car les ressources sont abondantes en bombes », mais « la contrainte stratégique réside dans les intercepteurs qui assurent la sécurité des bases, et les armes à longue portée qui menacent les lanceurs ennemis ». Le facteur décisif de la guerre moderne réside donc « moins dans la capacité de frappe que dans la capacité de rechargement de l’industrie de défense ».