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Charles III à Washington : Les États-Unis auraient-ils parlé français sans Britanniques ?

Le roi Charles III a suggéré que les Américains parleraient français si les Britanniques n’avaient pas colonisé l’Amérique du Nord. Actuellement, il ne reste que quelques poches francophones aux États-Unis, principalement en Louisiane, dans le Maine, en Floride, en Californie et dans l’État de New York.

Peut-on imaginer l’Oncle Sam s’exprimant en français et s’adressant aux futurs recrues avec un « Je te veux pour l’armée américaine » dans la langue de Molière ? Pour le roi Charles III, cette idée linguistique n’est pas si absurde. Elle aurait même pu se réaliser sans l’interférence de son peuple. Dans un discours subtil et plein d’humour prononcé mardi à la Maison Blanche, le souverain britannique a laissé entendre que les Américains parleraient français si les Britanniques n’avaient pas colonisé aussi l’Amérique du Nord.

Le roi Charles III a osé l'humour avec Donald Trump mardi soir lors d'une dîner d'Etat à la Maison Blanche.
Le roi Charles III a osé l’humour avec Donald Trump mardi soir lors d’un dîner d’État à la Maison Blanche.  - AARON SCHWARTZ / AFP / CANVA

C’était un commentaire humoristique concernant le président Trump après ses déclarations faites en janvier lors du sommet de Davos. « Vous avez récemment déclaré, M. le président, que sans les États-Unis, les pays européens parleraient allemand. Oserais-je dire que sans nous, vous parleriez français », a-t-il déclaré avec malice, provoquant le rire de l’auditoire. Mais derrière cette plaisanterie, le roi Charles III évoque-t-il une réalité ? Les États-Unis parleraient-ils français sans les Britanniques ?

L’Amérique a été en grande partie française

« On est quand même très loin de la réalité, » affirme Cécile Coquet-Mokoko, professeure de civilisation américaine à l’université de Versailles-Saint-Quentin. Avant de devenir les États-Unis, l’Amérique a en effet eu une empreinte française. Du XVIe siècle au XVIIIe siècle, la France a établi un vaste empire colonial en Amérique du Nord. Appelé la Nouvelle-France, il englobait une grande partie du Canada actuel, ainsi qu’environ un tiers des États-Unis, s’étendant de la région des Grands Lacs jusqu’aux côtes du Golfe du Mexique, y compris la Louisiane.

Cependant, à l’exception de La Nouvelle-Orléans et de quelques zones dans le Michigan et l’Illinois, cette présence française est restée relativement discrète. « Il n’y avait pas une stratégie de colonisation du peuplement, souligne Cécile Coquet-Mokoko. La France a envoyé de nombreux militaires et missionnaires catholiques pour établir des forts et des postes militaires, ce qui explique pourquoi nous retrouvons encore aujourd’hui des noms français. Mais en dehors de ces forts, les nations amérindiennes parlaient leur propre langue. Il n’y avait donc pas de populations entières qui parlaient français, c’est complètement faux. »

Il reste encore quelques rares poches francophones

À l’issue de la guerre de Sept ans (1756 à 1763), la France a vu son influence diminuer considérablement après sa défaite face à l’armée britannique en Amérique du Nord. Par le traité de Paris en 1763, elle a été contrainte de céder presque tous ses territoires américains à la puissance rivale. Après diverses négociations, la France a finalement récupéré la Louisiane, avant de la céder définitivement en 1803 aux États-Unis. En ce qui concerne les Britanniques, les États-Unis leur ont déclaré la guerre en 1812, lassés que l’ancienne puissance coloniale empiète sur leur souveraineté. « Il n’y a donc pas eu d’intervention des Britanniques pour sauver les États-Unis d’une éventuelle invasion française », confirme la professeure de civilisation américaine.

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Dans un pays où l’anglais est largement prédominant, mais également l’espagnol, il reste aujourd’hui quelques zones où le français résiste, principalement en Louisiane, dans le Maine, en Floride, en Californie, et dans l’État de New York. « Le français est une langue très minoritaire et en grande perte de vitesse aux États-Unis, note Cécile Coquet-Mokoko. Mais cela est aussi dû au fait que les Américains ne voient pas vraiment l’intérêt d’apprendre une langue étrangère puisque tout le monde fait l’effort de parler la leur. » En d’autres termes, il n’est pas près de voir l’Oncle Sam s’exprimer en français.