Attaques au Mali : « Les djihadistes ne renoncent pas à leur domination »
Après deux jours de combats intenses, le calme est progressivement revenu ce lundi dans les rues de la capitale Bamako et dans les autres villes ciblées par les djihadistes. Les djihadistes contrôlent déjà 60 à 70 % du pays, dont presque toutes les zones rurales.

Après deux jours de combats intenses, le calme est progressivement revenu ce lundi dans les rues de Bamako et dans d’autres villes ciblées par les djihadistes. Cependant, la situation demeure extrêmement incertaine au Mali, qui s’enfonce davantage dans le chaos. Déjà en proie à une grave crise sécuritaire depuis 2012, le pays d’Afrique subsaharienne a connu ce week-end une offensive sans précédent de groupes djihadistes, alliés aux rebelles touaregs, contre des positions stratégiques de la junte malienne au pouvoir depuis 2020.
Sadio Camara, ministre de la Défense et pilier de la junte, a été tué samedi dans un attentat-suicide mené contre sa résidence à Kati, près de Bamako. La ville de Kidal, bastion de la rébellion touareg reprise en novembre 2023 par l’armée malienne, serait également repassée sous le contrôle des rebelles. Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales, évoque pour 20 Minutes les attaques de ce week-end et la situation explosive au Mali.
Avant cette offensive coordonnée par les djihadistes et les rebelles touaregs contre le pouvoir en place, quelle était la situation au Mali ?
La guerre a éclaté dans le pays en 2012, et les combats n’ont pas cessé depuis. D’un côté, l’armée malienne est soutenue par la force russe Africa Corps. De l’autre, les djihadistes du Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), affiliés à Al-Qaïda, s’allient aux séparatistes touaregs du FLA (Front de libération de l’Azawad).
Les djihadistes aspirent à prendre le pouvoir au Mali et s’en rapprochent de plus en plus. Ils contrôlent actuellement entre 60 et 70 % du pays, en englobant presque toutes les zones rurales. Ils mènent également une stratégie d’asphyxie de la capitale Bamako, frappée par des coupures d’électricité et de carburant, afin de faire monter la pression interne contre la junte. Le rapport de force est donc en leur faveur.
Ces attaques simultanées ce week-end marquent-elles un tournant ?
Oui, car les djihadistes et leurs alliés n’avaient jamais attaqué simultanément les principales villes que sont Bamako, Gao et Kidal. Ils ont aussi ciblé des figures clés du régime, en tuant notamment le ministre de la Défense, et ont pris possession de la ville de Kidal, un objectif fondamental pour eux.
Cette opération coup de poing démontre qu’ils dominent militairement la situation et dictent le rythme de la guerre, grâce à des capacités d’action très affirmées.
Le Mali va-t-il tomber aux mains des djihadistes ?
Je ne sais pas si cela se produira ni quand, mais ils en sont assurément très proches. C’est préoccupant pour le peuple malien, mais aussi pour les pays voisins du Sahel comme le Burkina Faso et le Niger. Et si cela devait arriver, personne n’interviendra. Le Mali a rompu ses liens avec la France et a renvoyé l’Union européenne et les Nations Unies. La junte malienne ne compte pas beaucoup d’alliés. Son principal soutien est la Russie, mais je doute qu’elle envoie de nouveaux effectifs. La Turquie entretient des relations positives avec le Mali, mais pas suffisamment pour intervenir. Ainsi, il est peu probable que quiconque s’oppose aux djihadistes s’ils prennent le pouvoir.

