Alex Saab, allié de Maduro, remis par le Venezuela aux États-Unis.
Alex Saab, ministre sous Nicolas Maduro, a été capturé le 3 janvier sur ordre de Donald Trump et a été expulsé vers les Etats-Unis. Il avait été inculpé en juillet 2019 à Miami pour avoir transféré 350 millions de dollars hors du Venezuela sur des comptes étrangers.
Il était jusqu’en début d’année l’homme clé du pouvoir au Venezuela. Cependant, la capture du président déchu Nicolas Maduro, le 3 janvier sur ordre de Donald Trump, a conduit à la chute d’Alex Saab. En tant que ministre sous Maduro, ce Colombien d’origine libanaise a été mis à l’écart par la présidente par intérim Delcy Rodriguez. Isolé, il ne peut plus compter sur la protection de l’ancien dirigeant de Caracas dont il était proche.
Pour ses détracteurs, Alex Saab était l’homme de paille affairiste de Maduro. Ses soutiens le considéraient au contraire comme un serviteur dévoué du chavisme et un intermédiaire ingénieux, des qualités qui lui avaient valu la nationalité vénézuélienne et un passeport diplomatique. 20 Minutes vous présente cet homme controversé, expulsé samedi vers les États-Unis.
Quel est son parcours ?
Fils d’un entrepreneur libanais à Barranquilla, en Colombie, Alex Saab, 54 ans, a commencé par vendre des porte-clés avant de se lancer avec succès dans le secteur textile. « Guidé par son esprit d’entrepreneur cosmopolite, il cherche à dépasser les frontières » et se rend au Venezuela, attiré par « le secteur de la construction », raconte sur YouTube la série « Alex Saab, agent anti-blocus », une version très officielle de sa vie.
Selon cette série, il obtient son premier contrat au Venezuela en 2011. Sur les images, on découvre l’homme d’affaires dans la trentaine, arborant une queue-de-cheval, signant au Palais présidentiel de Miraflores une « alliance stratégique » pour des « kits de constructions pour des logements sociaux ». À l’époque, le président est Hugo Chavez et Nicolas Maduro est ministre des Affaires étrangères.
« J’ai proposé un système italien de construction. Après un an de travail et de porte-à-porte, on a réussi à entrer et ouvrir une usine », raconte Alex Saab au journal El Tiempo en 2017.
Quel a été son rôle sous le régime de Maduro ?
Sous la présidence de Maduro, Alex Saab connaît une ascension rapide, devenant un « ministre plénipotentiaire de l’ombre », selon Roberto Deniz, journaliste d’Armando.info. Selon sa chaîne YouTube, après « d’importants » succès commerciaux, Alex Saab se convertit en 2018 en « un fonctionnaire public » envoyé « en mission » pour acquérir en Russie et en Iran – deux alliés majeurs du Venezuela – des « aliments, des médicaments et des produits pour les raffineries ».
Alex Saab est également l’un des architectes de la spectaculaire et paradoxale « route iranienne », qui a permis à l’Iran d’approvisionner en carburant un Venezuela, riche en réserves pétrolières, mais durement frappé par les sanctions américaines.
Soupçonné par les États-Unis d’être à l’origine d’un vaste réseau permettant à Nicolas Maduro et aux membres de son gouvernement de détourner de l’aide alimentaire, Alex Saab a été inculpé en juillet 2019 à Miami. Avec son associé Alvaro Pulido, il était accusé d’avoir transféré 350 millions de dollars hors du Venezuela sur des comptes étrangers, encourant ainsi vingt ans de prison.
Comment s’était passée sa précédente arrestation à la demande des États-Unis ?
En juin 2020, Alex Saab a été interpellé lors d’une escale technique de son jet privé au Cap-Vert, puis extradé aux États-Unis après 16 mois de bataille diplomatique et judiciaire. Caracas avait réclamé sa libération, faisant placarder à travers le Venezuela des messages tels que « Liberté pour le diplomate Alex Saab » et créant le hashtag #FreeAlexSaab sur les réseaux sociaux.
« Jamais le chavisme ne s’était autant démené pour quelqu’un. Qu’est-ce qui explique qu’on remue ciel et terre pour lui ? », s’interrogeait alors Roberto Deniz. « Il est évident qu’il y a beaucoup de peur. Il peut révéler des choses sur les montages, la circulation des fonds, les surcoûts… C’était la cheville ouvrière des affaires du régime Maduro avec les pays alliés », ajoutait-il.
Il a finalement été échangé contre des prisonniers américains en décembre 2023. Son retour au Venezuela le même mois, après près de trois ans de détention aux États-Unis, avait été retransmis en direct à la télévision publique et célébré comme une victoire diplomatique. Il risque désormais un nouveau séjour dans le système carcéral américain, à l’instar de son ancien allié Maduro.

